ƒ Le sourire | Carnet de vie

Le sourire


La joie est l'émotion de base du bonheur, elle se manifeste par un fort sentiment de satisfaction d'ordre spirituel. Les sourires qui illuminent nos visages trahissent ce sentiment profond de bonheur intense.  
C'est cette joie simple du quotidien que Matthieu Ricard, moine bouddhiste, interprète français du Dalaï-lama depuis 1989 et photographe, partage avec nous aujourd'hui au travers de 108 (nombre sacré pour les bouddhistes) portraits de tibétains – hommes, femmes, enfants, vieillards - rencontrés au cours de ses nombreux voyages dans l'Himalaya et de maîtres bouddhistes  dont le sourire reflète la paix intérieure.
Dans son texte d'introduction, Matthieu Ricard décrit la typologie des sourires établie par son ami Paul Ekman, éminent spécialiste des expressions faciales, et donne une résonance scientifique à ce panorama de sourires.  Selon lui, les sourires sont beaucoup plus complexes que les gens ne le réalisent. Il en existe de toutes sortes, et chacun diffère par son apparence et le message qu’il exprime. Mais le vrai sourire, celui qui exprime la joie, la bienveillance, l’ouverture à l’autre, passe par les yeux !
Outre une étude forte  intéressante de la panoplie des sourires et de leur interprétation, ces magnifiques photos sont un hymne à la joie de vivre,  et nous redonnent espoir et confiance en la nature humaine, en nous rappelant qu’elle a le potentiel d’altruisme.


Le sourire du Bouddha célèbre la victoire sereine sur l’ignorance, la haine, le désir, l’arrogance et la jalousie. Mais il y a aussi le sourire d’un être aimé, le sourire de celui qui aime, le sourire d’une mère, le sourire d’un enfant — « Pour connaître ta mère, enfant, commence à lire dans le livre de son sourire », écrivait Virgile —, le sourire de celui qui contemple une œuvre accomplie, le sourire libre de tout regret, le sourire de la générosité et de la bonté libre d’ostentation, le sourire de celui qui a pleinement donné de lui-même, le sourire de celui qui accepte d’être le perdant dans un conflit plutôt que perdre le respect de lui-même, le sourire de la paix intérieure…
Le sourire permet de dissoudre les barrières qui nous séparent de l’autre et témoigne de la prise de conscience de notre humanité commune. Ecartant la méfiance, il accepte la vulnérabilité associée à l’acte de confiance en l’autre et transforme cette vulnérabilité en force parce que la confiance permet d’œuvrer ensemble plutôt que de peiner seul.
J’ai entendu un aveugle dire : « Lorsque je souris avec mes lèvres, je sens bien la contraction musculaire mais je n’ai pas vraiment le sentiment de sourire, même si mon expression n’est pas forcée. Sourire sans voir le visage de l’autre qui s’illumine d’un sourire en réponse au mien revient pour moi à envoyer une lettre morte. Car ce qui importe dans le sourire, ce sont les sourires qui se répondent. En revanche, je peux sourire avec la voix, et entendre le sourire de l’autre. » 

(...)
Il est des sourires de toutes sortes : certains expriment la joie, le contentement, la bonté ou la paix intérieure. Tandis que d’autres marquent le cynisme, le mépris ou la satisfaction malsaine d’avoir commis un acte nuisible.
Le sourire est associé à des émotions variées. Ainsi dispose-t-on de toute une gamme très nuancée qui inclut : l’amusement (du léger sourire au rire aux larmes), le contentement (satisfaction plus calme), l’excitation (devant une nouveauté ou un défi), le soulagement (après la dissipation d’émotions telles que la peur, l’inquiétude et la surprise), l’émerveillement (devant ce qui frappe d’étonnement et d’admiration, ou dépasse notre entendement), l’extase (qui nous transporte hors de nous-mêmes), l’exultation (d’avoir réussi une tâche difficile, accompli un exploit), la fierté radieuse (lorsque nos enfants reçoivent une distinction exceptionnelle), l’élévation (lorsqu’on est le témoin d’actes de grande bonté, de générosité et de compassion), la gratitude (l’appréciation d’un acte altruiste dont on est le bénéficiaire) et la jubilation malveillante (lorsqu’on se délecte de la souffrance d’autrui, en se vengeant par exemple). A ces exemples, on peut encore ajouter l’allégresse, le délice, l’enchantement, etc.
Cette énumération, fondée sur les travaux de Paul Ekman, l’un des plus éminents spécialistes des émotions, répertorie des émotions qui, possédant une composante de joie, amènent, pour la plupart, un sourire sur le visage et se révèlent par une expression et un ton de voix particuliers.
Néanmoins, pour que la joie dure et mûrisse en plénitude, pour qu’elle soit, comme l’écrivait Corneille, un « épanouissement du cœur » , elle doit être associée à d’autres composantes du bonheur véritable : la sagesse, la bienveillance et l’émancipation du joug des émotions négatives. Que la malveillance ou la jalousie fassent irruption et la joie s’éteint soudainement. Que s’insinuent l’attachement, l’égoïsme ou l’orgueil, et elle étouffe lentement. 

Extraits de “108 Sourires”, par Matthieu Ricard paru aux Editions La Martinière 

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