'' Devant le trône de la Liberté, 
Les arbres se réjouissent 
de la brise folâtre 
et goûtent aux rais du soleil 
et aux rayons de la lune.


Dans les oreilles de la Liberté 
ces oiseaux murmurent 
et ils volètent autour de la Liberté près des ruisseaux. 


Dans le ciel de la Liberté
ces fleurs exhalent leur parfum 
Et devant les yeux de la Liberté 
elles sourient quand vient le jour."




Khalil Gibran - DES ESPRITS REBELLES

La Liberté





"Or la loi de l'âme est radicale: si je ne suis pas proche de moi, je ne le serai de personne et personne ne pourra, impunément m'approcher !
Car l 'autre reçoit, aussitôt, et même si je crois l'aimer, le reflet radioactif de ma haine de moi - même.
L'amour de soi
L'amour de soi, qui est le fondement de l'amour est une expérience  bouleversante, ontologique et mystique.
Il ne s'agit pas de l'amour porté à cette personnalité que j'ai réussi à construire.
C'est une grande sympathie que j'éprouve pour elle, tout au plus.
Non l'amour s'ancre ailleurs. Il s'ancre, d'abord dans la stupéfaction d'être vivant et étrangement dans l'expérience du corps.

Je vous invite à l'instant à frôler cette qualité.
Laissez-vous saisir de la stupeur d'être dans un corps, d'être un corps.
Accordez-vous, un instant, de peser de tout votre poids, sans la moindre esquive, de sentir la densité de la matière qui vous constitue, sa concentration, sa secrète dilatation après chaque inspir.
A peine j'entre, entière, dans cette sensation qu'une incroyable qualité de présence m'envahit.
Surtout ne me croyez pas.
Continuez, seulement, de laisser respirer ce qui respire, de sentir le poids de votre corps,
Jusqu'à ce que vous ayez rejoint ce qui vous habite.

Il n'y a  que le saisissement qui livre passage à l'essentiel. (...)

Cette part de moi qui n’a ni qualité, ni propriété, ni attribut, qui échappe à toute catégorie, qui ne connaît ni peur ni jugement, c’est la substance de notre vraie nature.


Cette puissance, infiniment supérieure à  l'homme et qui mystère vertigineux , n'est agissante sur terre qu'à travers l'homme qui l'accueille ou le corps qui l'incarne, cette puissance ou mieux cette présence ineffable  et fragile, c'est l'amour qui nous fonde. "

Christiane singer








L'amour qui nous fonde


"L'amour ne tire pas vers le bas, dans le trou des peurs de l'ego, ce petit coin de l'être, étroit et lugubre.
L'amour embrasse.
L'amour prend le large, dans l'océan.

L'amour  sous le douce lune qui flirte avec la magie des nuits.


L'amour accroche les  rêves aux étoiles pour lesquelles rien n'est impossible.


L'amour va vers ce ciel qui  cotoie l'infini.

L'amour monte sur les sommets qui ne craignent ni la chute, ni le vertige."


Auteur anonyme


Infini



"Supposons maintenant un homme entièrement absorbé par l’immense giration cosmique, et se mouvant en elle dans l’infini. Celui-là ne dépendra plus de rien. Il sera parfaitement libre, dans ce sens que sa personne et son action seront unies à la personne et à l’action du grand Tout. Aussi dit-on très justement : le surhomme n’a plus de soi propre ; l’homme transcendant n’a plus d’action propre ; le Sage n’a plus même un nom propre. Car il est un avec le Tout".


Œuvre de Zhuang Zi, Ch. I

Le Sage


La résistance à la féminisation provient principalement d’hommes qui prônent la théorie du neutre et la distinction entre titre et fonction.
Mot d’origine latine, neutre désigne un mot sans genre : ni féminin, ni masculin. Je ne connais aucun terme dans ma langue dont on puisse dire qu’il appartient à cette tierce classe. Invention récente, issue de fortes têtes notoirement hostiles à la féminité, la théorie dite du neutre prétend que le masculin joue, en langue française, le rôle de ce neutre dont elle est privée. Neutre alors n’est pas pris dans le sens usuel, mais à son inverse : bivalent, il vaut ici pour les deux genres et peut ainsi prendre à loisir la place et la fonction du féminin.
À ma connaissance, cette théorie n’apparaît dans aucune grammaire ni quelque traité de linguistique. Enfant, je ne l’ai point apprise ni, devenu adulte et, partant, plus savant, rencontrée quelque part.
Bien documentée au contraire par grammairiens et linguistes, aussi ancienne et vénérable que la science hellénistique, il existe, en français, une sorte d’équivalent à ce prétendu neutre. Terme d’origine grecque, en effet, signifiant « commun », épicène désigne les deux genres en même temps ;il inverse plutôt le vrai neutre ou remplace son contresens. Une femme ou un homme disent équivalemment je, tu, toi, moi, nous et vous, pronoms épicènes, comme le sont les articles au pluriel des ou les. De même les prénoms Camille, Claude ou Dominique. Substantifs, maintenant : si vous ignorez le sexe du nouveau-né chez votre voisine, vous lui demandez : comment va votre enfant ? Le voilà plus tard adulte, devenu fonctionnaire, géographe ou cinéaste, entouré de collègues. Êtes-vous Corse ou Basque, Moscovite, Malgache ou Canaque ?
Dans un premier compte, les mots en question se présentent rarement, croit-on. Non, car de nombreux substantifs se réfèrent aux animaux, vivants sexués. Sauf ceux que nous élevons ou chassons, proches donc de nous et que nous déclinons en vache et taureau, porc et truie, sanglier ou laie… sans compter le tigre et la tigresse, nous disons communément une pie mâle ou un hérisson femelle. Dans le second cas, le masculin, en effet, désigne aussi un être féminin, mais dans le premier, le féminin désigne un mâle. Dans ce cas, il faudrait dire que le féminin joue le rôle de neutre et, d’une certaine manière, l’emporte sur le masculin. Voici le score équilibré !
La notion d’épicène peut donc calmer dix conflits picrocholins, idéologiques pour la plupart. Irénique ou pacifiste… deux adjectifs épicènes… notre dictionnaire équivaut alors et depuis toujours à un traité d’armistice.
Ladite théorie du neutre n’a pas cinquante ans ; toujours vivace, l’épicénat, si j’ose ainsi dire, approche les deux millénaires et s’applique à maintes langues, dont la nôtre.
Nouvel argument : il existerait des verbes neutres : il neige, il grêle. Au début du xxe siècle, Lucien Tesnière, linguiste français, classait parmi les zérovalents ces verbes climatiques, parce que leur sujet ne se réfère à aucun principe actif. Plutôt attentif au genre, je préfèrerais les nommer monovalents, puisque l’on ne dit ni ne dira jamais : elle gèle ou elle pleut.
Zérovalent, neutre signifie sans genre ; monovalent, pour qualifier les verbes, s’applique à un seul genre ; épicène enfin aux deux. Zéro, un, deux, tout est clair.
À cet inventaire sommaire, j’ajouterais volontiers l’invention d’une classe entière de mots épicènes : les termes en -eur sont, indifféremment, masculins ou féminins – une saveur, un honneur – mais on pourrait dire épicène leur ensemble comme tel, alors bivalent.
D’où le branle intéressant du féminin pour les masculins de cette classe ; au moins quatre degrés de liberté : actrice, prieure, glaneuse, demanderesse… Cette hésitation vient de ce que l’on n’en a pas vraiment besoin. Une expérience quasi décisive le confirme : lorsque les femmes arrivèrent peu à peu et rares dans la profession médicale, le terme doctoresse pointa dans l’usage. À mesure que leur nombre crût, il perdit de son importance et le mot docteur revient désormais souvent. Aucun inconvénient de dire et d’écrire docteur à Béatrice Dupont. Chère professeur, les mots en –eur sont aussi féminins.

Second débat. Qu’il faille distinguer entre le titre et la fonction, partage qui donne à celles qui s’élèvent dans l’échelle sociale un titre au masculin, cela fait rire aux larmes, puisque, en forme de ballon de rugby, ledit principe s’annule vers les hautes dignités : reine, papesse, impératrice… ainsi qu’au voisinage du peuple : infirmière, factrice… alors que, gonflé en son ventre mou, il faudrait lui obéir en disant : Madame le Secrétaire perpétuel ou Madame le Professeur d’Oncologie… Comment ne pas deviner, sous ces préceptes pseudo- grammaticaux, les idéologies au nom desquelles combattent des pugnaces, gourmands de combats. Les affrontements alimentent les idéologies et nourrissent, en retour, les conflits. Pour entrer en science, il faut quitter ce cercle enchanté ; certes cela ne suffit pas, mais reste nécessaire.
Car cette bataille rappelle plaisamment les vieux mythes où les mâles volent aux femmes même la fonction, éminemment maternelle, d’engendrement : Jupiter accouche d’Athéna par la cuisse ; par la côte, Adam donne naissance à Ève… Entre la féminisation et ce type de rapt, choisissez ! Grâce à la reine dont j’admire la couronne et à l’institutrice qui m’a tout appris, j’ai choisi. Je dis donc à ma Perpétuelle Madame la secrétaire – encore un mot épicène – et la Professeur.
Oublions donc neutre et titres.

Mythe de nouveau. Reine des Amazones, Hippolyte, à cheval avec ses compagnes d’armes, rencontre Thésée, le héros labyrinthique, pour tenter de signer un traité et que s’apaise enfin la guerre entre les sexes. Étincelante de magnificence, une toile de Carpaccio m’enseigna l’évènement. J’appris alors de lui que la seule règle reste, en toutes occasions, de respecter la splendeur, là celle de l’image, ici celle de la langue et, en dessous d’elle, sa musique ; tendez l’oreille à tout féminin nouveau, riez des cacophonies, suivez l’harmonie.

Au conflit pérenne dont souffrent les femmes et les hommes depuis le commencement du monde, l’on peut, à loisir, préférer l’amour et, pour le déclarer, la grammaire et la beauté."



Le 11 mars 2019
Michel SERRES
bloc-notes du mois de mars 2019

Zéro, un et deux



"Ce qu’il me faut, c’est le pissenlit au printemps. 
Le jaune vif qui évoque la renaissance plutôt que la destruction. 
La promesse que la vie continue, en dépit de nos pertes. 
Qu’elle peut même être douce à nouveau. 
Peeta est le seul à pouvoir m’offrir ça." 

Katniss - Hunger Games , Mocking Jay

Le pissenlit




Si le froid
mord jusqu'à la moelle,
il est une lumière
qui ne connaît pas l'hiver,
une chaleur
où se construit l'ardeur,
une promesse
où chante la tendresse.
Nous sommes
ce que nous abritons
et consentons
à partager
au large
de l'amour,
jour après jour.

F. Carrillo, "Vers l'inépuisable"






Au large de l'amour



"Les branches des arbres et leurs racines cherchent aussi l'infini, les lions dans leur course, deux adolescents qui se boivent. Accepter d'être ce que l'on est, se livrer au poème c'est comme se laisser aller aux gesticulations enfantines, retrouver la vérité du corps par-dessus les refoulements qui font d'un homme un mort vivant, parce que le corps est le seul point de contact avec l'absolu."

Jean Sulivan, in  "Joie errante"

Photo : Tantra Garden

Le corps

S'engager

DEFENDRE PRESERVER PROTEGER

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