Heureux le moment où nous serons assis dans le palais
Toi et moi,
Avec deux formes et deux visages, mais une seule âme
Toi et moi.
Les couleurs du bosquet et les voix des oiseaux
conféreront l’immortalité
Au moment où nous entrerons dans le jardin
Toi et moi.
Les étoiles du ciel viendront nous regarder 
Nous leur montrerons la lune elle-même
Toi et moi.

Toi et moi,
Libérés de nous-mêmes, serons unis dans l’extase,
Joyeux et sans vaines paroles
Toi et moi.
Les oiseaux du ciel au brillant plumage
Auront le coeur dévoré d’envie 
Dans ce lieu où nous serons si gaiement
Toi et moi 
Mais la grande merveille
C’est que toi et moi, blottis dans le même nid,
Nous nous trouvons en cet instant
L’un en Iraq, et l’autre en Khorastant
Toi et moi

Rûmi


Source : A corps, à coeur

Shalom - Salam



La perfection (perfectio) est le caractère de ce qui est complètement achevé : ce qui ne manque de rien. Traditionnellement, Dieu est considéré comme parfait tandis que les choses de ce monde sont dites imparfaites.
Dès la première partie de l'Ethique, Spinoza montre l'inconséquence qu'il y a à poser à la fois la perfection de Dieu et l'imperfection du monde. Dans l'appendice de cette partie, Spinoza étudie le préjugé qui est à la base de cette idée : le finalisme. Seul un être imparfait peut avoir à poursuivre des fins, Dieu étant parfait, rien de ce qui existe dans la nature ne peut être imparfait. En d'autres termes, en raison du déterminisme naturel, rien ne peut être autrement qu'il n'est à un moment donné, rien ne manque réellement de quoique ce soit. On n'éprouve de manque qu'en raison d'une connaissance inadéquate du réel.
Aussi, la sixième définition du De Mens affirme conséquemment : "Par réalité et par perfection, j'entends la même chose". La perfection est ainsi l'absence de négation, l'affirmation d'une essence donnée dans la nature. La perfection revêt ainsi un caractère objectif, elle ne relève pas de l'idéal d'un désir accompli. Alors que le bien se rapporte au désir, ce qui nous est certainement utile[1], la perfection caractérise ce dont l'essence existe nécessairement, soit en raison de soi-même, soit en raison d'une cause extérieure. Le cercle par exemple est parfait en ce son essence découle nécessairement de la totalité de la nature : ne pouvant être autrement qu'il n'est, ni plus ni moins, son essence ne contient aucune négation qui serait constitutive de son être.
L'imperfection n'existe donc pas. En revanche, il y a des degrés de perfection : un cercle est moins parfait qu'une sphère, son essence possède moins de propriétés que la sphère. Mais il n'est pas pour autant imparfait à l'égard de la sphère ; considéré en lui-même, il est une expression de la nature telle qu'il ne peut y en avoir de plus grande ou de meilleure.
Ainsi, un être peut voir sa perfection ou puissance augmentée : il se perfectionne. S'il en a conscience, il en éprouvera de la joie. Il peut aussi voir cette perfection diminuée et en éprouver de la tristesse. Il n'y a pas ici passage du négatif au positif ou inversement, mais passage d'une positivité donnée à une positivité plus grande ou inversement.
La portée éthique essentielle de cette thèse est alors qu'il n'y a pas pour l'homme à s'attrister des limites de sa puissance : "demander pour quelle raison Dieu n'a pas donné [à l'homme] une volonté plus parfaite est aussi absurde que demander pourquoi il n’a pas accordé au cercle toutes les propriétés de la sphère"[2]. La béatitude que vise l'éthique est ainsi la possession ou connaissance de la nécessité de notre perfection[3], c'est-à-dire la puissance même de nous perfectionner et d'être affecté en général (et non une quelconque immobilité ou immuabilité qui ne peut caractériser notre nature). Nous connaissons cette perfection en tant que nous aimons intellectuellement Dieu, c'est-à-dire lorsque nous éprouvons la joie de connaître notre réalité individuelle et finie dans son unité avec la réalité totale et infinie.
La préface de la quatrième partie de l’Éthique examine plus en détail pourquoi les hommes croient que bien des choses sont imparfaites. Le sage n'est donc pas celui qui "réalise" une perfection qui serait une sorte de finalité idéale contenue dans son essence, mais celui qui connaît sa perfection telle qu'elle existe de toute éternité.



source : Spinoza et Nous





Crédit Photo : (serenitysgarden) Lumiere by *NestR

La Perfection


Une présence qui nous surpasse toujours.

L’habitude me rend aveugle et indifférent à l’égard de toutes les choses extraordinaires qui remplissent le monde, de la lumière, du mouvement de ma propre existence, et de vous qui m’adressez la parole et qui tout à coup venez au-devant de moi : mais sans elle, je ne verrais partout que des objets d’épouvante ou des présences miraculeuses. L’enfant sait bien que ce sont les objets les plus familiers qui, quand il les fixe pendant un moment en oubliant tout à coup leur usage, lui apportent le plus d’étonnement. Et l’art le p lus parfait est celui qui nous les montre dans une sorte de révélation, comme si nous les voyions pour la première fois. Ainsi sans l’habitude, la réalité s’offrirait à nous d’une manière si directe et si vive que nous n’en supporterions pas la vue. Nous demandons à l’habitude une sorte de sécurité.
Or toutes les entreprises de l’esprit visent non pas, comme on le dit, à l’acquérir, mais à la rompre, afin de découvrir le spectacle fabuleux qu’elle recouvre et qu’elle dissimule toujours. Ainsi les hommes ont bien tort de mépriser l’humble objet qu’ils ont sous les yeux, de faire des rêves stériles d’avenir, d’imaginer au -delà de la mort un monde qui comblerait enfin leur attente. Tout le réel leur est donné, mais il est difficile d’en obtenir une image pure. Ce n’est pas en dépassant l’apparence, comme on le dit toujours, qu’on parviendra à saisir la vérité ; car nous avons toujours besoin d’une vérité qui apparaisse, et les plus grands esprits nous rendent apparent ce qui jusque-là nous avait échappé et que l’habitude tout à l’heure ensevelira. Ni derrière le monde, ni au -delà de la mort, il n’existe une autre réalité que celle que nous contemplons aujourd’hui, mais les uns la repoussent pour courir après les chimères ; les autres trouvent en elle, selon leur puissance d’amour, toutes les joies de la terre et toutes celles du paradis.

LOUIS LAVELLE — L’erreur de Narcisse

Tranquillité d'âme


En chacun de nous il y a des éléments masculins et féminins. Ou ils existent dans un état d’équilibre parfait, ou bien dans un état de déséquilibre. Quand existe cet équilibre complet entre le principe masculin et le principe féminin, alors l’organisme physique ne tombe jamais vraiment malade ; il peut y avoir maladie superficielle, mais profondément il n’y a alors pas de maladie propre à détruire l’organisme. C’est probablement cela que les Anciens ont recherché. Ils ont identifié la chose avec le mercure et le mica, mâle et femelle, et par la méditation, l’étude, et peut-être par certaines médications, ils ont cherché à créer cette harmonie parfaite. On peut très bien voir en soi-même l’action de ces deux principes se poursuivre. 
Quand l’un ou l’autre devient exagéré, le déséquilibre engendre la maladie ; non point des maux superficiels, mais la maladie dans les tréfonds de l’organisme. Personnellement, j’ai remarqué en moi-même, dans différentes situations et sous différents climats, avec certaines personnes qui sont naturellement agressives et violentes que l’élément féminin est plus prononcé. Et cette prépondérance, un autre l’utilise alors pour s’affirmer. Et par contre, s’il y a trop de féminité ambiante, l’élément masculin ne devient pas agressif, mais se retire sans manifester aucune résistance.
Le masculin, en général, est l’élément agressif, violent, dominateur ; le féminin est l’élément calme, lequel, prenant l’apparence de la soumission, est exploité par l’autre. Mais cette soumission, qui est en général considérée comme une qualité féminine, est en réalité une douceur qui, petit à petit, conquiert le principe opposé.





Quand les deux principes sont en harmonie complète, la qualité de chacun d’eux subit un changement. Il n’est plus masculin ou féminin. Il est quelque chose d’entièrement différent, en regard de ce qui est caractérisé habituellement par ces termes. Le masculin et le féminin, en tant que positif et négatif, sont de par leur nature même dualistes, alors que l’équilibre complet, une harmonie entre les deux, comporte une qualité différente.
Puis-je le dire… c’est comme celle de la terre où toutes choses vivent sans pourtant lui appartenir. J’ai vu cela survenir très souvent. Quand l’esprit tout entier se retire du physique et de l’environnement, il semble se tenir très loin, non pas dans le temps et dans l’espace, mais dans un état que rien ne peut toucher. Cet état n’est pas une abstraction ni un recul, mais c’est un état intérieur, absolu, de « non-être ».
Quand naît cette parfaite harmonie, elle comporte sa propre vitalité, parce qu’elle est sans conflit. Elle ne détruit pas l’autre. Ainsi, le conflit n’existe pas seulement à l’extérieur, mais encore à l’intérieur, et quand ce conflit prend fin complètement, il y a une mutation qui n’est pas touchée par le temps. 


- Krishnamurti, « Tradition et Révolution », Ed. Sotck, 1978, Paris.

Masculin-Féminin



« L’Amour est l’unique liberté qui existe dans ce monde parce qu’il élève l’âme à un rang suprême, où ni les codes des êtres humains, ni leurs coutumes ne peuvent l’atteindre, où ni les lois ni les ordres de la Nature ne peuvent le gouverner. »

Khalil GIBRAN

L’Amour est l’unique liberté




"L’être humain a peur. Nous sommes dans un imbroglio composé d’éléments qui génèrent de l’insécurité. Nous avons peur de la maladie, du chômage, de la solitude, de la mort… Nous passons notre temps à instaurer de la sécurité dans nos vies. De ce fait, nous sommes extrêmement fragiles. 
Nous nous considérons souvent comme immortels, alors que ce sentiment d’insécurité et de peur ne dit que l’immaturité dans laquelle nous sommes plongés. N’étant pas éclairés par l’intelligence fondamentale de la vie, nous agissons dans le monde tout en étant dans la plus profonde des obscurités, voire dans l’obscurantisme ! 
La pulsion de la vie, au contraire, ne craint pas la peur. Elle veut vivre ! Cette pulsion n’existe pas seulement en dehors de nous, dans la nature, mais s’exprime également dans notre nature, au plus profond de nous-mêmes. 
C’est pour cela qu’il n’y a rien de plus puissant que l’acte sexuel ! La vie se manifeste en nous afin que nous puissions la perpétuer. Elle veut vivre à travers nous, et nous n’en sommes pas conscients." 


Pierre Rabhi



Pulsion de vie

"Rien n’est solitaire, tout est solidaire. L’homme est solidaire avec la planète, la planète est solidaire avec le soleil, le soleil est solidaire avec l’étoile, l’étoile est solidaire avec la nébuleuse, la nébuleuse, groupe stellaire, est solidaire avec l’infini. Ôtez un terme de cette formule, le polynôme se désorganise, l’équation chancelle, la création n’a plus de sens dans le cosmos et la démocratie n’a plus de sens sur la terre. Donc, solidarité de tout avec tout, et de chacun avec chaque chose. La solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique est de même nature que le rayon solaire."
VICTOR HUGO



Source : Regard Voir

Tout est solidarité


Je suis venu dire un seul mot, et je le dirai. Mais si la mort me rappelle avant que je le prononce, alors c'est l'avenir qui le dira. Car demain ne laissera aucun secret enfoui dans le livre de l'éternité.

Je suis venu afin de vivre dans la gloire de l'amour et la lumière de la beauté. Me voici vivant, et les gens sont incapables de m'ôter la vie. S'ils me crèvent les yeux, j'éprouverai de la joie en écoutant les chants de l'amour et les mélodies de la beauté. Et s'ils me bouchent les oreilles, j'éprouverai du plaisir en touchant l'éther où se mêlent les soupirs des amoureux avec la fragrance de la beauté. Et enfin s'ils me bâillonnent, je vivrai avec mon âme, car l'âme est la fille de l'amour et de la beauté.

Je suis venu afin d'être pour tous et avec tout le monde. Et ce qu'aujourd'hui j'accomplis dans la solitude, demain la multitude s'en fera l'écho. Ce que dit aujourd'hui ma langue toute seule, sera dit demain par des milliers de langues.


Khalil Gibran

Je suis venu dire un seul mot


La gratitude, clef de la philocalie (Amour de ce qui est beau).
Qu’est-ce qui peut nous rendre « sensible ›› à la beauté, à la grâce, à la Présence qui se donne à travers toute vérité, toute vie, toute bonté ?
la gratitude… la louange…

https://www.flickr.com/photos/nikaa/6266590220/in/photostream
La gratitude rend la grâce possible,

elle est notre ouverture à l’Ouvert 
on pourrait dire ainsi qu’elle précède la grâce, dire merci avant de recevoir est l’un des secrets du Bienheureux dès qu’on a dit merci, tout ce qui nous arrive est merci, miséricorde, grâce et don.


Celui qui ne dit jamais merci, ne reçoit jamais rien, car ce merci est l’acte même de la réception, la possibilité d’une réceptivité, d’un accueil, l’ouverture par laquelle le ciel enveloppe la terre, l’ouverture par laquelle les dieux peuvent entrer.

Celui qui ne dit jamais merci, garde fermées les portes de la perception, comme celles de l’affectivité et de la connaissance.

L’enfer dans lequel nous nous enfermons consciemment est celui de notre ingratitude. Être incapable de gratitude ou de louange c’est perdre toute joie d’être et de vivre. Nous mourons de ne pas savoir dire merci, dire merci à notre épreuve, c’est en faire une occasion de croissance, de dépassement ; dire merci à notre mort, c’est en faire une délivrance ou un passage vers une vie plus vaste.
La gratitude met le cœur et le souffle « au large ›› (sens du mot salut iescha en hébreu), elle est la clef qui nous ouvre à la beauté de toutes réalités visibles et invisibles, c’est elle qui nous permet « d’entrer ›› en philocalie.

Jean Yves Leloup.

La gratitude

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