ƒ Cinq méditations sur la Beauté - François Cheng | Carnet de vie

Cinq méditations sur la Beauté - François Cheng


Que signifie l’affirmation de Dostoïevski, dans Les Frères Karamazov, selon laquelle « la beauté sauvera le monde » ? De quelle beauté s’agit-il et de quel monde ? En ces temps de misère présente, de violences aveugles, de catastrophes naturelles, parler de la beauté paraît incongru voire provocateur. Pourtant à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Une tâche urgente et permanente est de dévisager ces mystères qui constituent les deux extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal, et de l’autre, la beauté... Ce qui est en jeu c’est l’avenir de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de la liberté humaine.
(François Cheng)



Tout jeune enfant, François Cheng a été fasciné par la splendeur du Mont Lu (« vraie beauté » en chinois) aux cimes dissimulées par des voiles de brume, un des plus beaux endroits de Chine.

Ce sentiment que la beauté existe lui sera ensuite confirmé par la beauté du corps humain et plus précisément celle du corps féminin :

« La vue des épaules nues, des jambes nues, dans la lumière de l'été, quel choc ! »
Poète et peintre lui-même, Cheng approfondira ses visions esthétiques par l'étude de la calligraphie chinoise qui « recrée merveilleusement la nature du mont Lu » et par la découverte de la peinture occidentale (Botticelli, Le Titien, Ingres...) qui « représente si charnellement et si idéalement le corps nu des femmes ».


Dans ses "méditations" (nées de conférences prononcées en public, - car «il lui fallait des visages» -, puis retravaillées par l'écriture), Cheng s'interroge d'abord si, selon la tradition platonicienne, c'est au vrai, à la Vérité qu'il faut réserver la première place, au lieu de mettre comme lui en avant le bien ou la Bonté.
Il justifie ainsi sa position : on pourrait imaginer un univers fonctionnel qui ne serait que vrai, sans l'idée de beauté; ce serait-là «un ordre de robots», tel un centre de concentration, et non un ordre de vie.
Pour qu'il y ait vie, il faut un différenciation des éléments et la singularité de chaque être. L'unicité des êtres, «un don inouï qui transforme chaque être en présence et tend vers la plénitude de son éclat», ouvre l'accès à la Beauté.

Pour Cheng, la beauté est l'expression de la bonté. Pour percevoir la beauté, pour «sentir le souffle du monde», il faut «faire le vide en soi, ne penser à rien, ne pas être endormi, mais accueillir les choses et les êtres tels qu'ils surviennent».
Il faut également se méfier des «fausses beautés» (publicité, propagande, illusion); la vraie beauté est désintéressée et fondée sur la bonté. Le «beau geste» est une grâce, un don du principe de vie, le désir et l'élan vers l'autre. Si tout visage de haine est laid («laideur d'âme - beauté du diable»), tout visage en sa bonté est beau.
«La bonté porte garant de la qualité de la beauté;


la bonté irradie la beauté et la rend désirable»

En se référant à Bergson, Cheng inscrit la beauté dans la durée : nous subissons la tyrannie du temps qui s'écoule, mais par la conscience, la mémoire, les imaginaires, nous vivons dans la durée et par là nous sommes déjà dans l'éternité.
Il cite le «Cantique de la rose» de Claudel : la rose est un être périssable, mais son parfum est éternel; c'est «la transmutation de la rose en onde, dans la sphère infini».
Une expérience de beauté en un instant donné rappelle d'autres expériences de beauté précédemment vécues et en appelle d'autres à venir.
Ces expériences nous ouvrent l'accès à un paradis perdu et on prend conscience que la beauté peut être un don durable.

Dans la troisième méditation, Chang se penche sur la beauté énigmatique de Mona Lisa qui recueille l'admiration universelle.
Il aimerait entendre sa voix, partie intégrante de la beauté d'une femme, car «par la voix, la femme exprime ses sensations, mais aussi ses nostalgies, ses rêves, et cette part indicible qui cherche néanmoins à se dire; le désir de dire se confond avec le désir de beauté»
Il admire son visage transfiguré par la grâce et il est frappé par le mystère de son regard : «les yeux sont la fenêtre de l'âme. La beauté du regard vient d'une lumière qui sourd de la profondeur de l'être».
«La Joconde regarde quelque chose en vous, mais qui est derrière vous. Elle regarde l'enfant que vous avez été, comme une mère regarde son enfant» (Bruno Mathon, critique d'art)

Cate Blanchett



La beauté est-elle objective ou faut-il qu'un regard la capte pour qu'elle existe ? Pour Cheng, tant qu'elle n'est pas vue, elle est «en pure perte» :
«La beauté du monde est un appel et l'homme, être de langage, y répond de toute son âme. Tout se passe comme si l'univers, se pensant, attendait l'homme pour être dit. C'est donc lorsqu'elle est captée par le regard que la beauté prend tout son sens»
L'écrivain, dans son enthousiasme, va même plus loin en estimant que l'Univers, qui a été capable d'engendrer des êtres doués de regard, a dû lui-même posséder un regard : si l'Univers s'est crée, il a dû «se voir» créer et a fini par «se dire » : «c'est beau», sinon l'homme ne pourrait le dire...

Ainsi que l'a chanté le poète John Keats : «La beauté est cause de joie pour toujours». Dans ses riches méditations, François Cheng essaie de trouver des réponses, en reliant subtilement l'Orient et l'Occident, la peinture et la poésie, aux grands problèmes philosophiques et métaphysiques de l'homme : le temps et la durée, la beauté et la bonté, le sens de la vie, la sagesse et le mal.
Ses réflexions nous poussent vers une conscience plus réelle de notre existence, plus nécessaire que jamais :
«Ce qui est en jeu n'est rien moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté»
D.G. (e-Littérature)

Ecoutez : Cinq méditations sur la beauté de François Cheng : rencontre avec « un maître en humanité »

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