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Hommage à Germaine Tillion



Une force. Une noblesse. Une sagesse. L'humanité dans ce qu'elle a de meilleur : Germaine Tillion, une conscience du 20e siècle.

Article de Ouest-France:

« Il existe, dans toutes les cultures, une lumière interne qu'il faut avant tout percevoir : la lampe secrète de mes amis de l'Aurès s'appelait l'honneur ! (1) »

C'est ce qu'écrivait Germaine Tillion qui vient de mourir à l'âge de 100 ans. Sa vie a donc couvert le XXe siècle dans son ensemble. Elle en a connu cette stabilité trop courte qui succéda à la Première Guerre mondiale. Elle lui permit de s'enfoncer paisiblement dans les Aurès qui, vingt ans plus tard, allaient devenir le lieu d'âpres combats entre ses amis algériens et ses compatriotes français. Ce fut, pour elle, le déchirement qui succédait à une autre déchirure, celle de la défaite de 1940 et de l'Occupation. Patriote, elle résista, dès le premier jour, et cela la conduisit au bord de la mort, puis de l'abjection à Ravensbrück, où elle fut déportée. Là, elle côtoya d'autres femmes, héroïques comme elle, Geneviève Anthonioz de Gaulle, Yvonne Pagniez... et aussi cette communiste allemande réfugiée à Moscou et livrée aux nazis par les Soviétiques devenus leurs alliés. C'est cette femme qui alerta Germaine Tillion sur l'existence du système concentrationnaire soviétique, le goulag.

Pas étonnant que, la paix revenue, Germaine Tillion et David Rousset se soient rencontrés pour enquêter sur les conditions de détention dans le monde, en Espagne sous Franco, en Algérie lors du dramatique conflit qui divisa de nouveau les Français.

Germaine Tillion s'efforça alors, dans un premier temps, de rapprocher Algériens et Français, en créant les centres sociaux destinés à diffuser l'enseignement, l'hygiène, parmi les populations les plus pauvres. Hélas, la presse algérienne l'attaqua brutalement, s'efforçant de faire comprendre son action comme une collaboration avec les rebelles du Front national de libération (FLN). L'Organisation de l'armée secrète (OAS) alla jusqu'à assassiner six des responsables de ces centres.

Apprendre à vivre ensemble

Malgré cela, Germaine Tillion s'efforça de lutter pour la paix en convainquant les Algériens de cesser de poser des bombes et les Français de guillotiner ou de fusiller les rebelles...

La violence n'a pas d'oreilles. Les appels de Germaine Tillion restèrent vains. Mais, par ses amis, elle savait ce qui se passait dans les djebels ou dans certaines villas d'Alger : des pratiques nazies, des tortures analogues à celles qu'elle avait constatées elle-même sous l'Occupation. Alors, elle se dressa à nouveau, comme le firent des Jacques de Bollardière, Paul Teitgen et beaucoup d'autres inconnus. Elle comme eux, eux comme elle, ne pouvaient tolérer ces méthodes contraires aux droits de l'homme, bafouant la dignité de la personne humaine. Elle en souffrit profondément, car c'était l'exact contraire de ce qu'elle avait voulu bâtir au cours de sa vie dans son engagement personnel : la reconnaissance et l'amitié entre les peuples. Elle ne pouvait supporter que cela soit nié, détruit, car l'ethnologie qu'elle pratiquait, devait, à ses yeux, conduire à apprendre à vivre ensemble à travers l'écoute et la courtoisie.

Elle prit des positions courageuses tout au long de cette guerre d'Algérie et servit ainsi de référence, de repère, à ceux qui menaient humblement et obscurément le même combat.

« Toute ma vie, j'ai voulu comprendre la nature humaine, le monde dans lequel je vivais », dit-elle. A-t-elle été finalement déçue par cette nature humaine qui la passionnait, « ce mélange inévitable du Bien et du Mal, de l'héroïsme et de la violence, des signes de sclérose et des germes de renouvellement » (2) ?Nous ne savons pas, mais ce que nous savons, c'est qu'elle n'a pas cessé de mener le bon combat, celui de l'honneur qu'elle avait découvert chez ses amis de l'Aurès, celui de la dignité de chaque homme.

(1) Exposition « Germaine Tillion », à voir aux Champs Libres, à Rennes, jusqu'au 4 mai.
(2) Le Monde, Claude Dagens, 19 avril 2004.
François Régis Hutin


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