Fut-il en nous une seule tendresse,
Une pensée, une joie, une promesse,
Que nous n'ayons semée au-devant de nos pas ?

Fut-il une prière en secret entendue,
Dont nous n'ayons serré les mains tendues
Avec douceur sur notre sein ?

Fut-il un seul appel, un seul dessein,
Un voeu tranquille ou violent
Dont nous n'ayons accéléré l'élan ?

Et, nous aimant ainsi,
Nos coeurs s'en sont allés, tels des apôtres,
Vers les doux coeurs timides et transis
Des autres,
Ils les ont conviés, par la pensée,
A se sentir aux nôtres fiancés,
A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,
Comme un peuple de fleurs aime la même branche,
Qui le suspend et le baigne dans le soleil ;
Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,
S'est mise à célébrer tout ce qui aime,
Magnifiant l'amour pour l'amour même,
Et à chérir, divinement, d'un désir fou,
Le monde entier qui se résume en nous.


Émile VERHAEREN   











Crédit Photos : Rachel Weisz (Hypatie) - Extraits du film  Agora.

Fut-il en nous une seule tendresse





Les bouddhistes semblent toujours voir la vie "en or". Matthieu Ricard, proche du dalaï-lama, commente pour nous le visage serein d'un bouddha khmer, afin de nous guider sur le chemin de cette paix intérieure. 

Docteur en génétique cellulaire, Matthieu Ricard a rompu avec sa carrière de scientifique en 1972. Depuis cette date, installé en Inde et au Népal, il s'est entièrement consacré à l'étude du bouddhisme tibétain. Moine, interprète français personnel du dalaï-lama, il a publié notamment "Le Moine et le Philosophe" (Nil, 1999), livre de dialogue avec son père Jean-François Revel, et "Plaidoyer pour le bonheur" (Pocket, 2004). 

Il y a de nombreuses façons de faire l'expérience du monde. Voir la vie en or, c'est essentiellement se rendre compte que tous les êtres, y compris nous-même, ont en eux un extraordinaire potentiel de transformation intérieure et d'action. Voir la vie en gris, c'est penser que celle-ci est vouée à l'échec et au malheur, que l'on ne peut rien en faire de bon, pas plus que l'on ne peut sculpter un morceau de bois pourri. 

Le pessimisme reflète une vulnérabilité fondamentale à la souffrance, qui peut aller jusqu'au dégoût de vivre -- le sentiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue parce que l'on est dans l'impossibilité de lui trouver un sens. 

L'optimisme authentique permet d'utiliser chaque instant qui passe pour se transformer soi-même afin de mieux transformer le monde, pour apprécier le moment présent et jouir de la paix intérieure, au lieu de perdre son temps à ruminer le passé et à redouter l'avenir. Comme l'écrivait Alain (in "Propos sur le bonheur", Folio Gallimard, 1985) : « Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait de son bois au feu, au lieu de pleurer sur des cendres ! » 




Les yeux de la connaissance :

Le Bouddha ne ferme pas les yeux sur le monde, mais tourne son regard vers l'intérieur pour mieux le comprendre. Il est comme le poisson d'or qui nage les yeux grands ouverts dans l'océan du samsara, le monde de l'ignorance conditionné par la souffrance. 

Ce sont les yeux de la connaissance et de la compassion. Le Bouddha est en adéquation avec la réalité, car il perçoit la nature ultime des choses : l'interdépendance des phénomènes et la non-existence d'un moi autonome. Il reconnaît le potentiel d'éveil présent en chacun même lorsqu'il est dissimulé derrière les nuages de la confusion mentale et des émotions perturbatrices. 






Le sourire de l'amour altruiste :

Le sourire de Bouddha est l'expression d'un amour altruiste sans limites, fondé sur une juste connaissance de la nature des choses. Ce sourire reflète une bienveillance inconditionnelle, née du souhait que tous les êtres, sans exception, trouvent le bonheur et les causes du bonheur -- sagesse, liberté intérieure et compassion --, et soient libérés de la souffrance et de ses causes profondes : l'ignorance et les toxines mentales -- haine, désir obsessionnel, arrogance, jalousie. Nous sommes loin d'un optimisme béat qui peindrait en rose la triste réalité d'un monde mauvais. 

Notre optimisme éclairé procède d'une attitude ouverte et créatrice qui permet d'embrasser spontanément l'univers et les êtres au lieu de se retrancher derrière le sentiment de l'importance de soi. 



L'esprit de la plénitude :

L'instinct nous dit que la conscience se trouve dans notre cœur. La science nous dit qu'elle a son siège dans le cerveau. Le bouddhisme, lui, la décrit comme un phénomène interdépendant avec le cerveau, le corps et l'environnement. Quoi qu'il en soit, nos événements mentaux et nos émotions sont en corrélation avec l'activation, l'inhibition ou la synchronisation de diverses régions du cerveau. La méditation consiste à se familiariser avec une nouvelle façon d'être et d'agir liée à l'entraînement de l'esprit. 

Sur le plan physique, les effets durables de cet entraînement sont permis par la malléabilité du cerveau sous l'influence d'un enrichissement intérieur qui s'ajoute à celui fourni par notre perception de l'extérieur. Cet entraînement de l'esprit change notre interprétation du monde et notre façon de vivre les émotions. Il permet un épanouissement optimal, un état acquis de plénitude sous-jacent à chaque instant de l'existence et qui perdure à travers les inévitables aléas la jalonnant.

Voir la vie "en or"


La joie est l'émotion de base du bonheur, elle se manifeste par un fort sentiment de satisfaction d'ordre spirituel. Les sourires qui illuminent nos visages trahissent ce sentiment profond de bonheur intense.  
C'est cette joie simple du quotidien que Matthieu Ricard, moine bouddhiste, interprète français du Dalaï-lama depuis 1989 et photographe, partage avec nous aujourd'hui au travers de 108 (nombre sacré pour les bouddhistes) portraits de tibétains – hommes, femmes, enfants, vieillards - rencontrés au cours de ses nombreux voyages dans l'Himalaya et de maîtres bouddhistes  dont le sourire reflète la paix intérieure.
Dans son texte d'introduction, Matthieu Ricard décrit la typologie des sourires établie par son ami Paul Ekman, éminent spécialiste des expressions faciales, et donne une résonance scientifique à ce panorama de sourires.  Selon lui, les sourires sont beaucoup plus complexes que les gens ne le réalisent. Il en existe de toutes sortes, et chacun diffère par son apparence et le message qu’il exprime. Mais le vrai sourire, celui qui exprime la joie, la bienveillance, l’ouverture à l’autre, passe par les yeux !
Outre une étude forte  intéressante de la panoplie des sourires et de leur interprétation, ces magnifiques photos sont un hymne à la joie de vivre,  et nous redonnent espoir et confiance en la nature humaine, en nous rappelant qu’elle a le potentiel d’altruisme.


Le sourire du Bouddha célèbre la victoire sereine sur l’ignorance, la haine, le désir, l’arrogance et la jalousie. Mais il y a aussi le sourire d’un être aimé, le sourire de celui qui aime, le sourire d’une mère, le sourire d’un enfant — « Pour connaître ta mère, enfant, commence à lire dans le livre de son sourire », écrivait Virgile —, le sourire de celui qui contemple une œuvre accomplie, le sourire libre de tout regret, le sourire de la générosité et de la bonté libre d’ostentation, le sourire de celui qui a pleinement donné de lui-même, le sourire de celui qui accepte d’être le perdant dans un conflit plutôt que perdre le respect de lui-même, le sourire de la paix intérieure…
Le sourire permet de dissoudre les barrières qui nous séparent de l’autre et témoigne de la prise de conscience de notre humanité commune. Ecartant la méfiance, il accepte la vulnérabilité associée à l’acte de confiance en l’autre et transforme cette vulnérabilité en force parce que la confiance permet d’œuvrer ensemble plutôt que de peiner seul.
J’ai entendu un aveugle dire : « Lorsque je souris avec mes lèvres, je sens bien la contraction musculaire mais je n’ai pas vraiment le sentiment de sourire, même si mon expression n’est pas forcée. Sourire sans voir le visage de l’autre qui s’illumine d’un sourire en réponse au mien revient pour moi à envoyer une lettre morte. Car ce qui importe dans le sourire, ce sont les sourires qui se répondent. En revanche, je peux sourire avec la voix, et entendre le sourire de l’autre. » 

(...)
Il est des sourires de toutes sortes : certains expriment la joie, le contentement, la bonté ou la paix intérieure. Tandis que d’autres marquent le cynisme, le mépris ou la satisfaction malsaine d’avoir commis un acte nuisible.
Le sourire est associé à des émotions variées. Ainsi dispose-t-on de toute une gamme très nuancée qui inclut : l’amusement (du léger sourire au rire aux larmes), le contentement (satisfaction plus calme), l’excitation (devant une nouveauté ou un défi), le soulagement (après la dissipation d’émotions telles que la peur, l’inquiétude et la surprise), l’émerveillement (devant ce qui frappe d’étonnement et d’admiration, ou dépasse notre entendement), l’extase (qui nous transporte hors de nous-mêmes), l’exultation (d’avoir réussi une tâche difficile, accompli un exploit), la fierté radieuse (lorsque nos enfants reçoivent une distinction exceptionnelle), l’élévation (lorsqu’on est le témoin d’actes de grande bonté, de générosité et de compassion), la gratitude (l’appréciation d’un acte altruiste dont on est le bénéficiaire) et la jubilation malveillante (lorsqu’on se délecte de la souffrance d’autrui, en se vengeant par exemple). A ces exemples, on peut encore ajouter l’allégresse, le délice, l’enchantement, etc.
Cette énumération, fondée sur les travaux de Paul Ekman, l’un des plus éminents spécialistes des émotions, répertorie des émotions qui, possédant une composante de joie, amènent, pour la plupart, un sourire sur le visage et se révèlent par une expression et un ton de voix particuliers.
Néanmoins, pour que la joie dure et mûrisse en plénitude, pour qu’elle soit, comme l’écrivait Corneille, un « épanouissement du cœur » , elle doit être associée à d’autres composantes du bonheur véritable : la sagesse, la bienveillance et l’émancipation du joug des émotions négatives. Que la malveillance ou la jalousie fassent irruption et la joie s’éteint soudainement. Que s’insinuent l’attachement, l’égoïsme ou l’orgueil, et elle étouffe lentement. 

Extraits de “108 Sourires”, par Matthieu Ricard paru aux Editions La Martinière 

Le sourire





Nous parcourons du regard les innombrables millions d'années passées et nous voyons le « Vouloir vivre » lutter avec force pour sortir de la vase laissée par la marée.
Lutter de forme en forme et de pouvoir en pouvoir.
Ramper puis marcher avec confiance sur la terre ferme.
Lutter de génération en génération pour la conquête de l'air, s'enfoncer dans l'obscurité des profondeurs.
Nous le voyons se retourner contre lui-même, poussé par la rage et la faim, et de nouveau reprendre forme, une forme de plus en plus élaborée, de plus en plus semblable a nous.
Poursuivant implacablement son projet inouï jusqu'à ce que son être batte enfin dans notre cerveau et dans nos artères...





Il est possible de croire que tout ce passé n'est que le commencement d'un commencement, et que tout ce qui est et a été n'est que le premier reflet de l'aube.

Il est possible de croire que tout ce que l'esprit humain a jamais accompli n'est que le rêve qui précède l'éveil.

De notre lignée, des esprits vont surgir qui nous regarderons dans notre petitesse, afin de nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-même.

Un jour viendra, un jour dans l'infinie succession des jours ou des êtres encore latents dans nos pensées et cachés dans nos flancs se dresseront sur cette terre comme on se dresse sur un piédestal.

Ils riront et tiendront leurs mains parmi les étoiles...

H. G. Wells







Crédit Photos : François Rousseau

Le « Vouloir vivre »


La plus belle chose que nous puissions éprouver, c'est le côté mystérieux de la vie.
(Albert Einstein)




Si c'est la vie

National Geographic - David Lazar
«Douce est la terre, douce est la poussière du monde
Je l'ai mise dans mon coeur.
Cette grande oraison,
Précepte de ma vie.
Jour après jour, j'ai reçu les dons de la vérité.
Et leur grande douceur n'a pas de fin. 
 »






Philosophe, romancier, poète et peintre, moraliste et éducateur, Rabindranath Tagore est sans conteste l'une des plus hautes et des plus nobles figures de notre temps.

« Celui qui veut la liberté pour lui-même, a-t-il déclaré, et qui craint que son voisin ne soit libre n'est pas digne de la liberté. »


Le Prix Nobel fut décerné à Tagore en 1913. Aux Etats- Unis, au Japon, Rabindranath lança, en 1916, de vibrants appels à la paix. Il sentait que seule une coopération entre tous les intellectuels pourrait ramener la paix dans le monde.

Il disait : « Chaque homme de ce temps doit se préparer à l'aube d'un nouvel âge où il découvrira son âme dans l'unité spirituelle de l'humanité entière. »



Le rebelle et le précurseur


Tagore croyait et tout homme qui a réfléchi le croit avec lui que l'éducation constitue la base même de la société, que les maîtres à penser d'aujourd'hui décident du destin de la société de demain et de l'avenir. Comment les hommes sont-ils instruits, de quel idéal sont-ils imprégnés ; quelle forme de caractère développe-t-on en eux, quelle connaissance leur octroie-t-on ; quelles sont les disciplines qui leur sont imposées ; de quelle manière forme-t-on leur esprit toutes choses qui, en fin de compte, modèlent la destinée de l'homme.
L'idéal de Tagore en matière d'éducation était à la fois révolutionnaire et traditionnel. Il eut la sagesse de comprendre que seules réussissent les révolutions qui s'appuient sur les acquisitions du passé. Une révolution qui fait table rase du passé, une révolution qui rejette et nie la tradition finit par être vaincue. Les révolutions ne sont victorieuses que si elles découvrent à nouveau les valeurs du passé et les remodèlent pour les adapter aux besoins nouveaux d'une époque.
Tagore fut un éducateur révolutionnaire à la fols en théorie et en pratique. Son expérience personnelle - il avait échappé de très bonne heure à l'enseignement conventionnel - lui avait donné la conviction que la routine scolaire, en particulier le fait d'infliger aux enfants des livres et des sujets d'étude qui ne les intéressent pas, entrave plus qu'elle n'aide le développement de leur esprit. Il comprit que les enfants ne pouvaient s'épanouir de cette manière. Sa propre expérience encore lui avait appris qu'une éducation sans lien avec la vie sociale et les traditions culturelles, et pis encore, coupée de tout contact avec la nature, devenait pour l'enfant un tourment et une agonie.
Pour Tagore, l'éducation devait permettre à l'enfant de se développer dans l'ensemble des forces de la nature. Il pensait que la grandeur de la terre ou l'infini du ciel, la paix du soir ou l'élan du matin, la beauté des étoiles ou le rayonnement du soleil influaient sur la personnalité de l'enfant. Peu à peu, les éléments devenaient une part de son être, si bien qu'ils formaient les harmonies de sa nature profonde, exactement comme existent les harmonies du cosmos. Tagore n'ignorait certes pas que la vie est pleine de discordances et de heurts, mais il pensait que les discordances et les heurts mineurs trouvaient toujours un apaisement au sein d'une harmonie plus essentielle. Nous devions chercher à atteindre la même harmonie dans nos facultés. Tagore enseignait que l'intelligence peut être développée comme la sensibilité et la volonté, et que tous les aspects de la personnalité peuvent s'épanouir dans les actes les plus divers.
Il ne croyait pas à des méthodes d'éducation étroites et figées. Sa conception de l'éducation s'exprimait hardiment en termes humains. Dans son système, l'art avait sa place près des mathématiques et des sciences. Il croyait, et il a tenté de mettre ses idées en application dans son école, que tous les aspects de la personnalité de l'enfant doivent être développés harmonieusement. Il a été l'un des tous premiers pédagogues modernes à prôner l'activité principe majeur de l'éducation. 


(...)


omkali.deviantart.com


En classe comme au village, morale et beauté ne font qu'un    

Tagore croyait que toute personne recèle une semence de divinité. Tout homme a en lui une promesse de perfection ; il faut seulement qu'il sache développer ses ressources. Santiniketan a justifié tous les espoirs de Tagore, et fait la preuve que si l'appréhension pédagogique est juste et sensible, il n'est pas de cimes que l'individu ne puisse atteindre. Et ce n'est que parce que nous ne savons pas identifier nos possibilités, parce que nous laissons notre personnalité s'altérer au nom de considérations futiles, que les êtres humains ne s'améliorent pas. Socrate ou Kalidasa, Ibn Khaldoun ou Rabindranath Tagore, certes, sont des personnages exceptionnels, mais tout homme peut devenir précieux pour la communauté dont il participe et à laquelle il peut donner autant qu'il reçoit. 

(...)

Tel est l'Idéal que défendait Tagore : harmonie de l'enseignement, harmonie de tous les aspects de la personnalité, la sensibilité, l'intelligence et la volonté devant aboutir à l'harmonie de l'homme et de la nature. Aujourd'hui, les idées de Tagore sont devenues familières aux éducateurs du monde entier. Il m'est arrivé de penser que si Tagore s'était borné à exprimer son idéal de formation humaine et à l'appliquer à Santiniketan, on lui aurait cependant rendu hommage comme à l'un des plus grands philosophes de l'éducation que le monde ait connus au cours des cent dernières années.


Tagore se méfiait des oeillères du conformisme. Il s'est toujours élevé contre ce qu'il appelait Achalayatan, une institution pétrifiée, des habitudes de routines, des certitudes mortes. Les écoles qui n'assuraient pas le libre veloppement de l'esprit étaient pour lui des prisons, sans rayonnement aucun. Il s'est insurgé contre les contraintes et il était convaincu que ce n'est que grâce au changement, grâce au mouvement en avant que les valeurs spirituelles pourraient persister. Chaque pays, chaque communauté a sa culture propre, ses besoins particuliers. Chaque âge, chaque période a ses propres exigences II jugeait que nos programmes doivent changer avec les époques, elles-mêmes changeantes. Les valeurs sont éternelles, mais l'expression qu'elles reçoivent dans les institutions, les traditions et les usages doit changer si nous voulons rester fidèles à leur signification essentielle. Il disait volontiers que c'était l'esprit qui commandait et non la lettre, et que nous devions respecter l'esprit mobile et vivant et non une enveloppe formelle. 

(...)

India by ~demi2004



Une offrande aux génération nouvelles 


En dehors de son expérience personnelle et de l'exemple de son père Devendranath qui connaissait parfaitement le mysticisme persan, c'est l'influence des Upanlshads qui a marqué de son empreinte sa vision poétique, son amour de la nature, sa recherche de la vérité et de l'humanité ; pour lui toutes ces choses ne sont que les signes caractéristiques de l'Infini.
Cette quête de l'Infini telle qu'elle est révélée dans les Upanlshads : « Bhûmaiva Sukham Analpe sukham asti » Le bonheur est dans l'Infini, non dans le fini devint la devise de sa philosophie poétique. On est étonné de découvrir que même le patriotisme de Tagore est en contradiction avec la pensée commune, et cela évidemment sous l'influence des Upanlshads. Son prédécesseur Bahklmchandra disait : « N'oubliez pas que l'amour de vos concitoyens est au-dessus de toute religion. » Rabindranath chantait :


« Elevez le trône de votre nation
Mais rappelez-vous qu'il n'est pas plus haut que la vérité

Si vous aimez réellement votre pays, 
Vous devez vous élever áu-dessus de lui
Et ne pas placer le pays au-dessus de l'humanité.  »







Texte intégral  Courrier de l'UNESCO : Tagore, haute figure de notre temps

Crédit Photo : Rock Fort India (National Geographic - David Lazar © )


Namaste India by ~omkali omkali.deviantart.com
India by ~demi2004 demi2004.deviantart.com

Rabindranath Tagore, une voix universelle

Amor Causa

I

Aimez bien vos amours ; aimez l'amour qui rêve
Une rose à la lèvre et des fleurs dans les yeux ;
C'est lui que vous cherchez quand votre avril se lève,
Lui dont reste un parfum quand vos ans se font vieux.

A Family Figure


Aimez l'amour qui joue au soleil des peintures,
Sous l'azur de la Grèce, autour de ses autels,
Et qui déroule au ciel la tresse et les ceintures,
Ou qui vide un carquois sur des coeurs immortels.





Aimez l'amour qui parle avec la lenteur basse
Des Ave Maria chuchotés sous l'arceau ;
C'est lui que vous priez quand votre tête est lasse,
Lui dont la voix vous rend le rythme du berceau.

Sorrow


Aimez l'amour que Dieu souffla sur notre fange,
Aimez l'amour aveugle, allumant son flambeau,
Aimez l'amour rêvé qui ressemble à notre ange,
Aimez l'amour promis aux cendres du tombeau !

Aimez l'antique amour du règne de Saturne,
Aimez le dieu charmant, aimez le dieu caché,
Qui suspendait, ainsi qu'un papillon nocturne,
Un baiser invisible aux lèvres de Psyché !


I Tremble For Your Love

Car c'est lui dont la terre appelle encore la flamme,
Lui dont la caravane humaine allait rêvant,
Et qui, triste d'errer, cherchant toujours une âme,
Gémissait dans la lyre et pleurait dans le vent.

Il revient ; le voici : son aurore éternelle
A frémi comme un monde au ventre de la nuit,
C'est le commencement des rumeurs de son aile ;
Il veille sur le sage, et la vierge le suit.

Le songe que le jour dissipe au coeur des femmes,
C'est ce Dieu. Le soupir qui traverse les bois,
C'est ce Dieu. C'est ce Dieu qui tord les oriflammes
Sur les mâts des vaisseaux et des faîtes des toits.


Safety First


Il palpite toujours sous les tentes de toile,
Au fond de tous les cris et de tous les secrets ;
C'est lui que les lions contemplent dans l'étoile ;
L'oiseau le chante au loup qui le hurle aux forêts.

La source le pleurait, car il sera la mousse,
Et l'arbre le nommait, car il sera le fruit,
Et l'aube l'attendait, lui, l'épouvante douce
Qui fera reculer toute ombre et toute nuit.
 
Love is Our Nature

Le voici qui retourne à nous, son règne est proche,
Aimez l'amour, riez ! Aimez l'amour, chantez !
Et que l'écho des bois s'éveille dans la roche,
Amour dans les déserts, amour dans les cités !

Amour sur l'Océan, amour sur les collines !
Amour dans les grands lys qui montent des vallons !
Amour dans la parole et les brises câlines !
Amour dans la prière et sur les violons !

Why We Love Nature

Amour dans tous les coeurs et sur toutes les lèvres !
Amour dans tous les bras, amour dans tous les doigts !
Amour dans tous les seins et dans toutes les fièvres !
Amour dans tous les yeux et dans toutes les voix !


Same Game



Amour dans chaque ville : ouvrez-vous, citadelles !
Amour dans les chantiers : travailleurs, à genoux !
Amour dans les couvents : anges, battez des ailes !
Amour dans les prisons : murs noirs, écroulez-vous !

II

Mais adorez l'Amour terrible qui demeure
Dans l'éblouissement des futures Sions,
Et dont la plaie, ouverte encor, saigne à toute heure
Sur la croix, dont les bras s'ouvrent aux nations.


One




Germain NOUVEAU


Source : A Corps à Coeur




Crédits Photos : François Rousseau - Sigpras - Julie Fine Art - Cylonka - Marc Hoppe - Livyer Betancourt - Tentery

L'Amour de l'Amour

Créer de la beauté en soi, autour de soi et dans le monde, c'est prendre soin de l'Être.


Jean-Yves Leloup

Nous n'allons pas guérir la personne, nous allons simplement créer les dispositions les plus favorables pour que puisse opérer ce qui est sain(t) en elle.

Un bon thérapeute ne regarde pas "seulement" la maladie, mais aussi tout ce qui est en bonne santé chez un malade. L'expression « prendre soin de l'Etre », chez les thérapeutes d'Alexandrie, peut sembler paradoxale. Elle revient à dire : «soigner Dieu dans l'autre». Soigner Dieu ?... Qu'est-ce que cela peut bien signifier ?

Soigner Dieu dans l'autre, c'est croire et expérimenter que l'autre va guérir à partir du point de santé qui est en lui. Quand on parle de la nature de bouddha en nous, il s'agit de ce quelque chose en nous qui n'est pas malade, déjà éveillé, non né, non conditionné.
Nous sommes déjà sauvés, déjà guéris, en bonne santé, mais nous ne le savons pas, nous n'en faisons pas l'expérience. L'expérience du salut (soteria), c'est l’esprit saint en nous.

Ce n'est pas le médecin qui guérit, mais la nature. Le thérapeute, quel qu'il soit, met la personne qui souffre dans les conditions qui permettront à la nature de la soulager.
C'est l'Etre qui guérit de l'intérieur. Cela suppose de la part du thérapeute, ou de celui qui est sur un chemin spirituel - celui qui travaille au bien-être de tous les vivants - de savoir que le bien-être est déjà là, ce n'est donc pas lui qui l'apporte.

Nous devons nous le répéter chaque fois que nous soignons quelqu'un : nous n'allons pas guérir la personne, nous allons simplement créer les dispositions les plus favorables pour que puisse opérer ce qui est sain en elle.
Ce n’est pas nous qui allons apporter ce qu'il y a de plus précieux, car cela se trouve déjà dans la personne. Il y a au milieu de nous quelqu'un que nous ne connaissons pas ; il y a au cœur de nous une dimension de vie, de plénitude, de paix, que nous n'avons jamais goûtée.

Cette considération nous permet de soigner les autres sans désespérer, car le désespoir nous guette sur ce chemin. Quand on voit toutes les souffrances du monde, on se dit qu'on n'y arrivera jamais ! Il faut pourtant croire que la santé sera la plus forte, que le bonheur aura le dernier mot ; mais cela suppose une certaine expérience de l'Éveil ou de la libération (soteria) chez celui qui accompagne une personne qui souffre.

Dans la tradition chrétienne, on parle de l'esprit du Christ, de la nature du Christ, de l'être du Christ : «Là où je suis, je veux que vous soyez aussi ... Tout ce que vous faites aux plus petits d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites.»
C'est parfaitement clair : quand on fait quelque chose à quelqu'un, on ne le fait pas seulement à ce quelqu'un qui est là, on le fait aussi au Christ qui est en lui, qui est son "Je Suis" essentiel.
Tout être, quel qu'il soit, est porteur de la nature du Christ, de la nature divine. Dans tout être il y a cette Présence de ce qui est libre, de ce qui est sauvé ; on peut alors agir sans être désespéré : quand on fait quelque chose de l'extérieur, cela "coopère" aussi de l'intérieur.

D'où l'importance de la prière dans tous les actes que l'on pose, appeler chez l'autre la Présence, le réveil de son Esprit, parce que c'est de l'intérieur qu'il peut être guéri. Face à certaines maladies mentales difficiles, douloureuses, on sait qu'on ne peut rien de l'extérieur ; tout ce qui est dit ou fait risque au contraire de conforter le délire. Mais on peut appeler à l'intérieur de celui qu'on accompagne, l'Être qui sait le guérir et le sauver : cette forme de prière s’appelle l’intercession.

Jean Yves Leloup - La montagne dans l'océan - Editions Albin Michel




Le mot thérapeutès en grec, signifie d’abord soigner, prendre soin. Le Thérapeute ne guérit pas, il soigne. C’est la nature qui guérit, c’est la Vie qui guérit. Le rôle du Thérapeute est de créer, ou de permettre les meilleures conditions pour que la guérison puisse advenir. Le Thérapeute ne guérit pas mais il crée le lieu, le milieu, l’atmosphère, les conditions favorables pour que la guérison ait lieu. Le Médecin, au sens majuscule du terme, c’est la Nature, et le Thérapeute est là pour collaborer avec elle. Le Thérapeute ne guérit pas, « il prend soin ».

Le Thérapeute prend aussi soin de l’Être en nous, c’est-à-dire de ce qui en nous n’est pas malade.
C’est un point intéressant. Soigner quelqu’un ce n’est pas seulement prendre soin de sa maladie, mais aussi prendre soin de sa santé, de ce qui va bien en lui. Car c’est en s’appuyant sur ce qui va bien qu’il va pouvoir guérir. Prendre soin de l’Être, du divin en nous, va peut-être rétablir l’équilibre dans un corps désaccordé, désordonné, qui a perdu son axe et son enracinement profond.
Le Thérapeute prend soin de la santé. Seul ce qui est sain en nous peut nous guérir. En tout être il y a une oasis, un espace de paix, de silence et de sérénité. C’est à partir de cette dimension spirituelle de l’être humain plus profonde que sa dimension psychique et corporelle plus ou moins perturbée, que les anciens Thérapeutes « opéraient », afin d’amener dans ce corps et ce psychisme un écho de cette « paix inconditionnée » – signe serein de la Présence.


Remarque : Il est intéressant de faire le lien ici entre l'expression grecque "soteria", que Jean-Yves Leloup traduit parfois par "l'expérience du salut" et parfois par "éveil" ou "libération", et le mot japonais "satori", qui signifie en fait la même chose !


Prendre soin de l'être - Jean-Yves Leloup
Source Reikido



Les Thérapeutes d'Alexandrie - Jean-Yves LELOUP :





Le bien-être est déjà là

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