Eternité
Nous sommes là, à la lumière d'une vie offerte.
De l'aube au crépuscule de nos destins,
Quel vent nous emportera, quel souffle nous animera ?
Dans le tourbillon du monde, quel sera notre chemin ?
Le jour se lève pour nos coeurs,
Chaque jour comme le premier matin du monde.
Nos rires de l'enfance, nos audaces de la jeunesse,
Tout demeure intact au fond de nous.
Aurons-nous toujours la trève et le refuge sous le bleu de l'azur ?
Nos âmes se retrouvent au coeur de la nature.
Autour de nous, les fleurs, les champs et la terre
Offrent leur clémence, l'éclat et ce bonheur si éphémère.
Les clameurs et les troubles du monde s'imposent à moi,
Mais toujours tu es là, près de moi, avec moi.
Tu es la constance et la foi qu'il me faudra pour tous les combats.
Tu es le calme et la paix que mon âme toujours cherchera.

L'ordre du monde accable les vies mais les lois de la Terre, elles seules nous gouvernent.
Elles scellent nos naissances hors des clans, hors des rangs.
A la face du Divin, nous sommes amis, frères, compagnons, alliés.
Sous le Ciel, nous ne sommes que des vivants, mais unis, liés.
Et toi, qui suis mes pas, qui marche avec moi,
Tu me laisses à mes désirs et mes choix,
Sans entraver ma voie, sans imposer ta voix.
Règne et demeure infiniment juste entre nous le droit d'être soi.

Devant la splendeur des collines et des plaines
Que nous aimons tant et qui nous donnent tant,
Reste avec moi sur ces routes, toutes tracées d'avance,
Reste avec moi face aux tempêtes qui au loin grondent !
Les royaumes et les empires sur l'autel de leur toute-puissance
Réclament la soumission et le sacrifice de leurs jeunesses.
Leurs palais et leurs fastes ne sont plus que le vaste théâtre
Des viles errances et des mornes solitudes.
L'opulence joue la comédie des sourires et des plaisirs,
L'orgie rit sur les labeurs, leur sang et leurs sueurs.
Tandis que l'innocence et la décence ne se reflètent plus sur les glaces,
Les devoirs et les froides lois se sont figés dans les marbres.
L'éclat des roses cueillies dans les jardins persiste,
Dans la douceur des rayons du soleil brillant pour elles.
Mais la lumière du jour reste en surface et ne pénètre plus
Ni l'intérieur des palais, ni le tréfond des âmes perdues.
La destinée nous ramènait parfois à notre océan de quiétude.
Mais pour fuir le néant, je me raccrocheais à tout ce à quoi j'appartenais.
Et mon coeur cherchait éperdument ce qui pouvait combler
Tantôt mon désir si oppressant, tantôt ma vie si frêle.
Et les premières bourrasques à nos portes sont venues.
La colère du peuple montait, et mon coeur chavirait
autant que les tumultes, autant que mon monde qui vacillait.
Mais ta paix et ta patience suivaient leur immuable cours.
Déjà les voix du Ciel descendaient à nouveau sur la Terre.
Les humbles clamaient leurs droits et le Royaume qu'ils méritaient :
Liberté, Egalité et Fraternité seront leur suprême credo.
Ils n'imploraient plus la justice, ils criaient leur fureur, la hurlaient.
Et moi, je courais contre tous les vents et armait mon bras plus âprement.
Je m'égarais, croyant que l'amour me fermait sa voie.
Je renonçais à la tendresse et jurais de faire taire en moi toute faiblesse.
Loin de notre commune existence, le trouble et le chagrin m'entraînaient.
Alors, dans ton désarroi et ton désir fou, tu faisais éclater la vérité.
Depuis toujours, tu m'aimes et m'adores. A moi, tu voues toute ta vie. Sans fin. Corps et âme.
Rien ne m'a plus ébranlée que cette nuit-là, où tu me faisais voir telle que je suis.
Mais j'ai pleuré sur mes pertes et j'ai quitté tout ce qui me reliaient à elles.
Toi, tu ne contestes pas ce que t'ordonne le destin,
De garder en toi à la fois le coeur d'un soldat et d'un saint.
Toi qui, d'une main porte l'épée et de l'autre soutient la colombe,
Jamais tu ne t'inclines, jamais tu ne renonces.

Tandis que je laissais s'éloigner le passé, je cherchais ma liberté.
La voie m'ouvrait autant un jour nouveau qu'un sort inconnu :
Comment retourver le chemin et la possession de nos vies ?
Comment retrouver en soi et autour de soi, la grâce et l'harmonie ?
Sans trêve, je domine le péril et ne crains en rien la fatalité que m'impose le fer,
Mais jamais je n'accepterai l'anneau que me soumettrait l'étiquette,
Que ce soient les convenances, que ce soient les bienséances.
Règne à présent en moi, le désir d'apprendre et de défendre le simple bonheur.
En conscience, j'accepte dans cette nouvelle voie ses épreuves et ses défis.
En dépit de tout, pour la première fois s'efface en moi la mélancolie.
Sans attache, j'accueille avec gratitude cette condition qui m'est attribuée.
Je consens à cette vie et saisis à présent plus profondément son sens et sa beauté.
J'engageais la pleine résolution de me consacrer seule
A la conquête de ma liberté et de mon pouvoir sur mes choix.
Sous ma nouvelle bâtisse, quels rayons vont percer les murs ?
Quelles flammes vont illuminer les failles pour combler le cœur ?
Que ce monde est confus et cruel ! Il nous jette dans ses méandres
Et nous disperse par ses vents contraires, tous s'agitant en même temps.
Veiller sur l'enfant nous souriant et croire à son beau rêve de nous aimer tous en frères.
Livrer bataille contre tout ce à quoi on croyait et se soumettre à la voix de son cœur.

Je n'avais pu me l'avouer à moi-même, cette certitude qui allait m'envahir.
Dans la détresse et la terreur de te perdre, mon coeur criait la réalité.
Je t'aime, plus que tout au monde. Et je ne savais comment étreindre cette vérité.
Cet amour absolu pour toi, grandissait-il en moi ou était-il de tout temps là ?
Je laissais le devoir dicter mes sentiments, comme il ordonnait ma vie.
Servir, obéir, commander, combattre, je ne savais faire que cela.
Mais avec toi, le goût de la vie emplit mes jours et mes nuits.
Je savoure irrésistiblement chaque saveur et sa douceur infinie.
L'Assemblée des trois Ordres s'ouvrait, mais sans pitié acculait le faible.
La noire misère des basses campagnes poussait sa clameur
Jusqu'au trône, jusqu'à l'autel, mais aucun n'écoutait la fatale colère.
Les privilèges se déployaient et frappaient de leur implacable tyrannie.
L'aveugle suprématie nous précipitait vers la guerre.
Rien ne conciliait les courants et l'orgueil attisait le fiel.
Mon camp, mon sang s'exécutait pour me faire payer le prix de ma révolte.
Toi qui pardonne tout, toi qui absout tout, tu me sauvais par ton sacrifice.
Je sais qu'il n'y a qu'une merveille de tout l'infini,
Que sans elle, plus rien n'existe, aucun dieu, aucun univers.
Elle est la seule force qui anime les jours, chasse les ténèbres.
Elle est lumière et feu, espérance et puissance. Et je m'y soumets.
Plus que la masculinité et sa force,
Se libéreront en moi la joie et le désir de vivre
Je donnerai, comme je recevrai la passion et l'amour.
Je donnerai, comme je recevrai la quiétude et la jouissance.
Plus que la féminité et sa grâce,
S'épanouiront en moi la tendresse et la douceur.
Je donnerai, comme je recevrai la confiance et le courage.
Je donnerai, comme je recevrai le bonheur et la constance.

Sous les constellations impérieuses et éblouissantes,
A notre voyage se révélait la splendeur rêvée, son omniprésence.
Autour de nous, une nuée de vives lueurs ondoyait et dansait,
Comme descendue de la voûte lointaine, si proche qu'elle semblait être le Ciel.
Dans la nuit, elle s'unissait à l'étincelante rivière et à la frémissante forêt.
Ensemble, nous nous étions réfugiés dans leur sanctuaire, à l'abri du temps.
Dans tes bras, je m'abandonne. Dans la lumière évanescente, je m'éveille.
J'embrasse enfin la vie, ses brises, ses promesses, sa plénitude éternelle.
Mon cœur à présent n'appelle que l'amour, ton amour.
Sans toi, je ne suis que cette nuit sans étoile,
De pleurs et de peines, sans rêve, sans idéal.
Je ne désire qu'être avec toi, où que tu sois.
Mon aimé, mon amour, tu es mon ciel, tu es ma terre,
L'étoile vers notre éden, le soleil sur notre avenir.
Tu éclaires et irradies notre univers, mon tout,
La passion dans mon âme, la vie dans ma chair.
Qu'importe le monde qui arrive, qu'importe les univers qui passeront,
A jamais, à chaque parcelle du temps, je te chercherai.
Pour toujours, dans chaque réalité à venir, je te choisis.
Tu es mon éternité, mon âme, ma vie.
Inspirations dont est également issu le poème :

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