"La science prétend aujourd'hui que l'univers est vide et muet. Je ne crois pas que l'univers soit muet, je crois plutôt que la science est dure d'oreille. L'oeil qui scrute, qui analyse, qui dissèque, doit être réconcilié avec l'oeil qui vénère et qui contemple. Il nous faut apprendre maintenant à vivre en pratiquant à la fois la science et la poésie. Il nous faut apprendre à garder les deux yeux ouverts en même temps."Hubert REEVES (Il y eut un matin )
Image by ~eamfos Poetry
Les deux yeux ouverts en même temps
Le soir nous amène son vent triste et sa détresse.
Les nuages transportent les plaintes de la vallée,
Mais aucune de leurs mélancolies ne nous blesse.
Nous avons pour nous la clémence de l'Eternité.
D'âme à âme, de peau à peau, la douce vie se déploie.
Elle pose sur nous son voile d'amour et son silence.
A nu, le corps contre le coeur, toi contre moi...
Le temps se suspend pour écouter nos espérances.
Nos âmes s'enlacent et embrassent toute la Lumière :
La raison du rayon de soleil et le rêve du rayon de lune.
Ils veillent sur nos esprits et nous auréolent de l'Ether.
Là-haut, l'infinité, la liberté et la beauté ne font qu'une.
Image : Luis Royo - Moonlight
Toi contre moi
L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles ;
Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,
Se mêle à la ferveur de notre être exalté.
Ceux qui vivent d'amour vivent d'éternité.
Il n'importe que leur raison adhère ou raille
Et leur tende, debout, sur ses hautes murailles,
Au long des quais et des havres ses flambeaux clairs ;
Eux, sont les voyageurs d'au delà de la mer.
Ils regardent le jour luire de plage en plage,
Très loin, plus loin que l'océan et ses flots noirs ;
La fixe certitude et le tremblant espoir
Pour leurs regards ardents ont le même visage.
Heureux et clairs, ils croient, avec avidité ;
Leur âme est la profonde et soudaine clarté
Dont ils brûlent le front des plus hautains problèmes ;
Et pour savoir le monde, ils ne scrutent qu'eux-mêmes.
Ils vont, par des chemins lointains, choisis par eux,
Vivant des vérités que renferment leurs yeux
Simples et nus, profonds et doux comme l'aurore ;
Et pour eux seuls, les paradis chantent encore.
Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,
Se mêle à la ferveur de notre être exalté.
Ceux qui vivent d'amour vivent d'éternité.
Il n'importe que leur raison adhère ou raille
Et leur tende, debout, sur ses hautes murailles,
Au long des quais et des havres ses flambeaux clairs ;
Eux, sont les voyageurs d'au delà de la mer.
Ils regardent le jour luire de plage en plage,
Très loin, plus loin que l'océan et ses flots noirs ;
La fixe certitude et le tremblant espoir
Pour leurs regards ardents ont le même visage.
Heureux et clairs, ils croient, avec avidité ;
Leur âme est la profonde et soudaine clarté
Dont ils brûlent le front des plus hautains problèmes ;
Et pour savoir le monde, ils ne scrutent qu'eux-mêmes.
Ils vont, par des chemins lointains, choisis par eux,
Vivant des vérités que renferment leurs yeux
Simples et nus, profonds et doux comme l'aurore ;
Et pour eux seuls, les paradis chantent encore.
The Mountain from TSO Photography on Vimeo.
L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles
Vivre en soi, ce n'est rien ;
il faut vivre en autrui.
A qui puis-je être utile
et agréable, aujourd'hui ?
Voilà, chaque matin,
ce qu'il faudrait se dire.
Et, le soir, quand des cieux
la clarté se retire,
heureux à qui son coeur
tout bas a répondu :
"Ce jour qui va finir,
je ne l'ai pas perdu.
Grâce à mes soins, j'ai vu,
sur une face humaine,
la trace d'un plaisir
ou l'oubli d'une peine".
Anonyme
La Bonté
La relation entre la lumière et l'apparition de toute vie
"La vie est transparente, chaude et tourbillonne au hasard, comme une douce lumière. Et tout change constamment ...
La vie elle-même s'allume et puis commence à éclairer une vie nouvelle. Une masse d'innombrables germes de lumière se change subitement en un flot, devenant alors une partie des palpitations de la vie au travers des âges.
Que la vie tisse, ce moment présent."
Les rayonnements cosmiques déversent éternellement sur la face
de la Terre un puissant courant de forces, qui prête un
caractère complètement nouveau et particulier aux parties de la planète
qui confinent à l'espace
cosmique.
La structure de la biosphère reçoit par suite de ces
rayonnements cosmiques, des propriétés nouvelles,
singulières, inconnues pour la matière terrestre. La face de la Terre
qui lui correspond dans le milieu cosmique y révèle un tableau
nouveau de la surface terrestre, surface transformée par les
forces cosmiques.
La matière de la
biosphère pénétrée de l'énergie communiquée, devient active
: elle amasse et distribue dans la biosphère l'énergie reçue sous forme
de rayonnements, et finit par transformer en énergie fibre,
capable d'effectuer du travail dans le milieu terrestre. (...)
Ces forces transforment la face de la Terre ; dns une large mesure
elles la moulent. Cette face n'est pas seulement le reflet
de notre planète, la manifestation de sa matière et de son énergie :
elle est en même temps une création des forces extérieures
du Cosmos.
Wladimir
Vernadsky- La biosphère, 1926.
Vidéo : Daihei Shibata
Musique : Claude Debussy - Clair de Lune
The Light of Life
Discours prononcé par André Malraux à l'occasion
de la Conférence des Pays Francophones à Niamey
le 17
février 1969
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Je dois d'abord transmettre les sentiments amicaux du
Général de Gaulle à tous ceux qui participent à une
entreprise à laquelle il attache une haute signification.
Nos collègues vont vous entretenir des problèmes
essentiels du monde francophone: et, en particulier, selon les perspectives
suggérées par Messieurs les Présidents du
Sénégal et de la Tunisie, de l'organisation de ce monde. En un
temps où les empires morts ont fait place à de vastes
républiques de l'esprit, qu'il me soit permis de me limiter aux valeurs
que nous défendons ensemble dans ce domaine, aux réponses que la
culture française d'hier, la culture francophone de demain, apportent
aux questions décisives que nous pose à tous la civilisation
d'aujourd'hui.
Jamais l'humanité, même lors de la chute de Rome, n'a
subi en une seule génération une si profonde métamorphose.
Dans le domaine de l'esprit comme dans tant d'autres, nous sommes en face d'une
nouvelle civilisation. Non seulement nouvelle en face de celle du XIXème
siècle, mais encore en face de toutes celles qui l'ont
précédée. C'étaient les grandes civilisations
agraires, et les Conseillers des pharaons ou d'Alexandre étaient presque
les mêmes que ceux de Napoléon. Mais si Napoléon eût
pu parler assez facilement avec Ramsès des moyens de gouvernement, il
aurait grand mal à en parler avec le président Nixon, Staline, le
Général de Gaulle ou Mao-Tsé-Tung.
Dans ce domaine de l'esprit, la première caractéristique
de notre époque c'est évidemment la diffusion des oeuvres. Mais
de façon plus complexe qu'il ne semble. Parce que les disques, les
photos d'oeuvres d'art, les traductions, le cinéma, la
télévision, apportent la présence concrète de la
première culture mondiale. L'humanité prend à la fois
conscience des invincibles frontières qui la morcelaient, de
l'impossible dialogue, par exemple, entre la civilisation aztèque et
celle de la Chine ancienne - et des sentiments profonds qui nous unissent. Dans
l'une des versions d'Anna Karénine, un metteur en scène
américain, qui faisait jouer par une actrice suédoise, Garbo, le
personnage illustre conçu par un romancier russe, a fait pleurer les
foules de tous les continents. Chaplin a fait rire l'Afrique comme il avait
fait rire les Etats-Unis.
Prenons garde que ce n'est pas d'une juxtaposition des connaissances
que nous sommes les premiers héritiers. Les statues africaines ou celles
des hautes époques, qui entrent à côté des statues
grecques dans nos musées et dans nos albums, ne sont pas des statues
grecques de plus. Il ne s'agit pas de rivalité. La statue africaine
n'est pas meilleure ou moins bonne : elle est autre. Elle met en question notre
notion même de l'art, comme l'entrée en scène presque
simultanée de toutes les cultures met en cause notre civilisation. La
métamorphose apporte sa propre création. Qu'auraient eu à
se dire Saint-Paul et Platon ? Des injures ? Pour que leur dialogue devint
possible, il fallait que naquit Montaigne.
Nous sommes chargés de l'héritage du monde, mais il
prendra la forme que nous lui donnerons.
C'est ici qu'entrent en jeu les grandes cultures nationales. Car, en
même temps que notre siècle découvre la culture mondiale,
il découvre, à sa grande surprise, le renforcement des nations.
Par les grandes voix alternées de Marx et de Victor Hugo, le
XIXème siècle avait proclamé la venue de l'Internationale
politique. Peu après, Nietzsche annonçait : «Le
XXème siècle sera celui des guerres nationales ... »
Partout les nations naissent ou renaissent. C'est Nietzsche qui a gagné.
Mais prenons garde que les nations, dans notre siècle, ne sont plus ce
qu'elles furent jadis. Le fait national est l'un des plus importants de notre
temps, mais il n'est plus la base du nationalisme, il est, avant tout, un
problème. Pour en prendre pleinement conscience, il suffit de comparer
la Chine des empereurs et la Chine de Mao-Tsé-Toung, l'empire des tsars
et la Russie soviétique. Peut-être suffit-il de penser à
Prague...
Notre propre problème n'est donc nullement dans l'opposition
des cultures nationales, mais dans l'esprit particulier que nos cultures
nationales peuvent donner à la culture mondiale. Nous sommes de culture
française, et entendons le rester parce que nous avons découvert
la faiblesse de l'abstraction en ces matières. Quand nos communistes
voulaient n'être pas Français, ils ne devenaient pas
internationaux mais Russes ou Chinois.
Ce qui tient d'abord à la fonction nouvelle de la culture.
Toutes les civilisations qui ont précédé la nôtre
ont été des cultures religieuses, à l'exception de
quelques siècles d'Occident. Pour les masses, les valeurs essentielles,
le caractère exemplaire de l'homme, étaient données par la
foi. Pour la chrétienté entière, le type exemplaire de
l'homme médiéval a été le chevalier. Pour le
Moyen-Age, le lieu de la culture, ce n'était pas la bibliothèque,
c'était l'Eglise.
La Renaissance a changé tout cela. Pour un nombre d'hommes
assez restreint, elle a inventé une antiquité exemplaire. Pour la
Toscane de Laurent le Magnifique, l'antique ne fut pas, comme pour nous, une
civilisation parmi d'autres, l'objet d'une interrogation : l'antiquité,
c'était Plutarque ; le monde de Périclès, d'Alexandre et
de César, où Néron glissait comme une ombre.
C'était le monde des penseurs ressuscités pour transmettre une
des plus nobles images de l'homme. Le mot culture prit alors le sens que nous
lui donnons encore. La Renaissance ne fut nullement anti-chrétienne :
son objet, ce fut d'unir Socrate et Bernard de Clairvaux, le sage et le saint,
le héros et le chevalier. Ce qu'elle attendait du passé qu'elle
ressusciterait, au temps où la chrétienté perdait sa
puissance de cathédrale, c'était la défense de ses propres
valeurs.
Nous aussi. Mais de façon plus dramatique, parce que nos
valeurs sont beaucoup plus menacées.
Elles le sont d'abord parce que notre civilisation est une
civilisation agnostique. Pour la première fois, le cosmos et l'homme
sont irréductiblement dissociés. Nous connaissons mieux que tous
nos prédécesseurs les lois de l'univers ; mais à l'univers
d'Einstein, l'homme n'est pas nécessaire, sauf pour le concevoir. Notre
univers pourrait très bien se passer de l'homme. Nous le connaissons
mieux qu'on ne l'a connu avant nous ; mais quelle relation
établissons-nous entre les lois de la matière et la
découverte de l'inconscient ?
Voici donc, pour la première fois, une civilisation que ses
rêves orientent ou possèdent, et qui n'ordonne pas ses
rêves. On a beaucoup dit que la machine excluait les rêves, ce que
tout contredit. Car la civilisation des machines est aussi celle des machines
à rêves, et jamais l'homme ne fut à ce point
assiégé par ses songes, admirables ou défigurés.
Mais jamais une pareille soumission à l'infantilisme, n'aura
proposé, à tous les hommes de la terre, un peuple de rêves
qui ne signifie rien au-dessus de quinze ans. Les rêves n'ont pas
d'âge ? Ils peuvent appartenir à une enfance qui est le pôle
secret de la vie, ou à une enfance qui en reste le balbutiement. Pour la
première fois, les rêves ont leurs usines, et pour la
première fois l'humanité oscille entre l'assouvissement de son
pire infantilisme, et la Tempête de Shakespeare.
Chaque civilisation a connu ses démons et ses anges. Mais ses
démons n'étaient pas nécessairement milliardaires et
producteurs de fictions. Tôt ou tard, l'usine de rêves vit de ses
moyens les plus efficaces, qui sont le sexe et le sang. Et une seule voix est
aussi puissante que celle des instincts fondamentaux : celle de la survivance,
que l'on appelait jadis l'immortalité.
Pourquoi ? Nous l'ignorons, mais nous le constatons. Devant le Cid,
devant Macbeth, devant Antigone, nous découvrons que ce qui s'oppose au
plus agissant langage des instincts, ce sont les paroles et les formes qui ont
triomphé des siècles. L'oeuvre la plus puissamment basse ne
prévaut pas contre l'écho de ce que la petite princesse
thébaine disait au pied de l'Acropole : «Je ne suis pas venue sur
la terre pour partager la haine, mais pour partager l'amour».
Notre culture commune, c'est ce que nous choisissons pour permettre
à notre civilisation de lutter contre ces usines de rêves ; ce qui
permet de fonder l'Homme lorsqu'il n'est plus fondé sur Dieu. Ainsi, sa
fonction, dans notre civilisation, apparaît-elle clairement. Et avec
elle, l'absurdité du problème qui se pose depuis cinquante ans,
celui de la rivalité des cultures vivantes. Il est sans
intérêt de chercher si nous devons préférer la
culture française à l'anglaise, l'américaine, l'allemande
ou la russe. Parce que nous pouvons connaître - nous devons
connaître - d'autres cultures que la nôtre ; mais nous ne les
connaissons pas de la même façon. Le colonel Lawrence disait par
expérience que tout homme qui appartenait réellement à
deux cultures (dans son cas, l'anglaise et l'arabe) perdait son âme. Pour
atteindre la culture mondiale - ce qui veut dire aujourd'hui, pour opposer aux
puissances obscures les puissances d'immortalité -chaque homme se fonde
sur une culture, et c'est la sienne. Mais pas sur elle seule.
Nous avons vu les grandes nations, l'une après l'autre, donner
aux grandes religions leur forme particulière, le catholicisme devenir
gallican, le bouddhisme indien devenir japonais. Encore le christianisme est-il
devenu d'abord romain; et chacune des grandes civilisations occidentales
est-elle devenue grecque, à sa manière, Pour maintes nations, la
culture française est en train de jouer le rôle médiateur
que joua jadis la culture grecque.
Ici se présente l'une des plus saisissante aventures de
l'esprit que notre siècle ait connues, celle de l'entrée des
cultures africaines dans la civilisation universelle. Avec sa sculpture, sa
danse et sa musique, l'Afrique a pris conscience de ses propres valeurs. On
sait désormais que les Ancêtres ne sont pas des fétiches.
Et il se trouve que ces valeurs fondamentales proclamées comme celles de
la Négritude sont exprimées principalement par des Africains de
culture française. Nous assistons à une puissante symbiose
afro-latine. L'indépendance politique retrouvée, je la crois
viable, pour les mêmes raisons qui rendront viable la symbiose
gallo-romaine. La Gaulé s'est accordée à Rome un temps
où Rome était devenue universaliste. Il y a des peuples qui ne
sont jamais plus grands que lorsqu'ils se replient sur eux-mêmes;
l'Angleterre de Drake et de la bataille de Londres. Et il y en a d'autres qui
ne sont grands que lorsqu'ils le sont pour tous les hommes. Sur toutes les
routes de l'Orient, il y a des tombes de chevaliers fran- çais ; sur
toutes les routes de la Révolution, il y a des tombes de soldats
français. Et sans doute est-ce à cause de la Révolution
française que notre culture exprime mieux que d'autres les valeurs
profanes qui ont succédé aux valeurs chrétiennes - ce
qu'un Africain, et non un Européen, a nommé «l'appel de
l'homme à l'homme, les grands besoins élémentaires de
justice, de fraternité et d'amour». Peut-être est-ce en
liaison avec les Etats-Unis que l'Afrique a exprimé le plus puissamment,
par la musique, l'émotion de son malheur ; mais c'est certainement
à travers la culture française qu'elle exprime le plus
puissamment sa liberté.
Car une culture n'est pas seulement un ensemble de connaissances mais
aussi un héritage particulier de la noblesse du monde.
Et c'est, avant tout, une volonté. J'ai écrit jadis : la
culture ne s'hérite pas, elle se conquiert. Ce qui doit nous unir, c'est
l'objet de cette conquête.
Nous ne voulons pas plus d'un héritage français que d'un
héritage américain ou russe ; mais nous voulons que la culture
française retrouve, en nous tous, ce qui fit sa grandeur passée,
la confiance en tous les hommes qu'elle a marqués par sa longue
traînée d'espoir révolutionnaire, de tombeaux et de
cathédrales. Il y a dix ans que j'ai proclamé, au nom de mon
pays, devant l'Acropole illuminée pour la première fois : «
La culture ne connaît pas de nations mineures, elle ne connaît que
des nations fraternelles.»
Seule, la culture francophone ne propose pas à l'Afrique de se
soumettre à l'Occident en y perdant son âme; pour elle seule, la
vieille Afrique de la sculpture et de la danse n'est pas une
préhistoire; elle seule lui propose d'entrer dans le monde moderne en
lui intégrant les plus hautes valeurs africaines. Nous seuls disons
à l'Afrique, dont le génie fut le génie de
l'émotion, que pour créer son avenir, et entrer avec lui dans la
civilisation universelle, l'Afrique doit se réclamer de son
passé. Nous attendons tous de la France l'universalité, parce
que, depuis deux cents ans, elle seule s'en réclame.
Messieurs, en ce temps où l'héritage universel se
présente à nos mains périssables, il m'advient de penser
à ce que sera peut-être notre culture dans la mémoire des
hommes, lorsque la France sera morte ; lorsque, «au lieu où fut
Florence, au lieu où fut Paris - s'inclineront les joncs murmurants et
penchés ... » Alors, peut-être trouvera-t-on quelque part
une inscription semblable aux inscriptions antiques, qui dira seulement :
«En ce lieu naquit, un jour, pour la France et pour l'Europe, puis pour
la France, l'Afrique et le monde, la culture de la fraternité
».
La Culture de la Fraternité
Dès la fin de l'été, une centaine de millions de papillons monarques
venus du Canada migrent vers les forêts de l'État du Michoacán au
Mexique, où ils hiverneront jusqu'en mars. Pesant moins d'un
demi-gramme, le monarque vole jusqu'à 100 kilomètres par jour. Au total,
en deux mois, il aura ainsi parcouru quelque 5000 kilomètres : c'est la
migration annuelle la plus longue jamais observée chez un insecte.
Unique au monde, elle constitue une véritable énigme de la nature pour
les scientifiques. Comment les papillons retrouvent-ils le sanctuaire de
leurs ancêtres ? Comment résistent-ils aux nombreux obstacles qui se
dressent sur leur route ? Au Mexique, l'arrivée des papillons est très
attendue, notamment parce qu'elle détermine le jour de la célébration
des morts. À cette occasion, des représentations diverses des mariposas
monarcas recouvrent l'ensemble des villages alentour, et les fêtes et
veillées religieuses se succèdent, attirant de nombreux touristes.
Aujourd'hui, la migration du monarque est en péril au Mexique à cause de
la disparition des forêts de pins oyamels, mais aussi aux États-Unis,
où l'agriculture industrielle et la pollution par les insecticides
éliminent l'asclépiade, plante dont ils se nourrissent durant leur
périple.
A voir :
POLLEN
Notre vie sur terre dépend d’une histoire d’amour étonnante entre les fleurs et les abeilles, les papillons, les oiseaux et les chauves-souris, qui leur permettent de se reproduire. Les fleurs ne se contentent pas d’être belles et délicates : leurs couleurs éclatantes et leur parfum exotique sont stratégiques… Ils attirent les pollinisateurs et les enivrent de désir. Ces animaux participent à une danse de la séduction complexe dont dépend un tiers de nos récoltes, une danse sans laquelle nous ne pourrions survivre. Pollen de Louie Schwartzberg présente les héros inconnus de la chaîne alimentaire mondiale. Leurs mondes fantastiques sont pleins d’histoires, de drames et de beauté. Mais ils sont de plus en plus menacés, et leur disparition pourrait aussi entraîner la nôtre.
Article intégral : CDurable.info
La grande migration des papillons monarques
Au confluent des voies d’Orient et de la voie christique, François Cheng effectue un cheminement très personnel vers la vie ouverte, vers l’Ouvert. Ses mots pétris de poésie soutiendront notre propre cheminement.
« Il faut sauver les beautés offertes et nous serons sauvés par elles. Pour cela, il nous faut, à l’instar des artistes, nous mettre dans une posture d’accueil, ou alors, à l’instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d’attente attentive, une ouverture faite d’empathie d’où nous serons en état de ne plus négliger, de ne plus gaspiller, mais de repérer ce qui advient
d’inattendu et d’inespéré. »
"L’Homme est le cœur battant et l’œil éveillé de l’Univers vivant et non un être déraciné éternellement solitaire qui dévisage l’univers de l’extérieur, si nous sommes capables de penser l’Univers c’est que l’Univers pense en nous, peut-être notre destin fait-il parti d’un destin plus grand que nous, alors l’Univers prend sens et nous avec lui."
"La beauté a le don de provoquer en nous les ressentis les plus forts et les plus immédiats, des ressentis aussi bien charnels qu'émotionnels. Imprégné des sensations nées de ces ressentis, notre être se sent attiré par la présence de la beauté et d'instinct va vers elle. Ce faisant, il s'oriente vers une direction. Or, dès que notre existence prend une direction, elle prend sens. Et lorsque cette direction ouvre sur un état d'harmonie et de communion, autrement dit un état d'amour, ce qui est le cas de la beauté, notre existence atteint sa plus haute signification, parce que c'est alors qu'elle fait signe à la vraie vie, et la vraie vie, à son tour lui fait signe.
Le beau des artistes
Ce sont eux qui font profession de dévisager la beauté, et ce n’est pas une chose légère et facile, mais une exigence extrême. Les vraies œuvres d’art sont les plus hautes réalisations de l’esprit humain. Mais la vision profonde de l’artiste ne peut être atteinte qu’en ayant maîtrisé les données sensibles du monde extérieur et les ressources du monde intérieur. Il ne s’agit pas de figurer, mais de transfigurer – une parcelle de l’univers vivant se trouve révélée par l’âme humaine au service de quelque chose de grand"
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"Oeil ouvert et coeur battant" de François Cheng
Comment envisager et dévisager la beauté
Desclée de Brouwer
Extraits d'une conférence de François Cheng
A lire :
Une leçon de beauté sans maquillage
(Tout le monde parle d’art et plus personne de beauté.)
Sources :
Voies de l'orient
Sédiments
Monde en poésie
Images :
Ultimate II by *Jungshan
Serenityby `SaTaNiA
Ellie's Visionby *z-design
Oeil ouvert et coeur battant (Envisager et dévisager la beauté) - François Cheng
Je suis de ceux qui pense que la science est d’une grande beauté. Un scientifique dans son laboratoire est non seulement un technicien : il est aussi un enfant placé devant des phénomènes naturels qui l’impressionne comme des contes de fées. Nous ne devrions pas laisser croire que tout progrès scientifique peut être réduit à des mécanismes, des machines, des rouages, quand bien même de telles mécanismes ont eux aussi leur beauté. Je ne crois pas non plus que l’esprit d’aventure risque de disparaître dans notre monde. Si je vois quelque chose de vital autour de moi, c’est précisément cet esprit d’aventure, qui semble qui me paraît indéracinable et s’apparente à la curiosité. Sans la curiosité de l’esprit, que serions-nous ? Telle est bien la beauté et la noblesse de la science : désir sans fin de repousser les frontières du savoir, de traquer les secrets de la matière et de la vie sans idée préconçue des conséquences éventuelles.Marie Curie
"Plus de 100 ans se sont écoulés depuis que Marie Curie a forgé ce mot alors inconnu : radioactivité. En ouvrant les portes de l'infiniment petit, la radioactivité a bouleversé notre perception de la matière et de l'univers"
De sa naissance à Varsovie en 1867 jusqu'à son entrée au Panthéon en 1995, la vie et l'oeuvre de Marie Curie ont valeur de légende scientifique. Arrivée à Paris en 1891, Maria Sklodowska s'inscrit à la Sorbonne où ses brillants résultats ne tardent pas à la faire remarquer. Pierre Curie, qui affirmait que "les femmes de génie sont rares", tombe sous son charme et la convainc de poursuivre ses travaux en France. En 1903, leurs découvertes communes sur les radiations sont récompensées par l'obtention du prix Nobel de physique (partagé avec Henri Becquerel). Le couple sort de l'anonymat, mais la fatalité les rattrape : en 1906, Pierre meurt dans un accident de la circulation. Anéantie par cette perte, la scientifique se réfugie dans la recherche, avec le succès que l'on sait : elle reçoit le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le polonium et le radium en 1911. Cent ans plus tard, celle qui a révolutionné notre conception du monde et de la matière incarne toujours un modèle.
Source : Arte














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