Mr. Deeds goes to town. 1936.
Longfellow Deeds est un joueur de tuba, dans le fin fond du Vermont. Un jour, il va hériter de 20 millions de dollars, soit la fortune d’un oncle New Yorkais. Bien sûr, pour encaisser cette fortune, il va devoir se rendre à New York où, comme l’exige la convention sociale, il deviendra un personnage médiatique, malgré sa totale aversion pour la chose…
Cette comédie de Frank Capra, à l’humour encore une foi léger, est cependant plutôt corsée niveau critique sociale. En choisissant de le faire apparaître comme un provincial, Capra fait de son personnage principal une véritable représentation du bon sens. Acquis aux principes d’une vie simple, sans chichi, sans superficialité, Mr Deeds va devoir plonger au milieu de l’exubérante et archi-codifiée société new yorkaise, qu’elle soit mondaine ou non. De sa volonté personnelle, les gens qu’il sera amené à côtoyer à New York n’en ont strictement rien à faire. Ils tenteront de l’amener à se conformer aux normes pré-établies, même si celles-ci sont en total opposition avec sa personnalité. Pourtant Deeds ne réagira pas mal. En homme bon qu’il est, il essayera de satisfaire aux demandes qu’on lui impose. Il essayera, mais il ne se laissera cependant pas marcher sur les pieds non plus. Il est sans aucun doute rêveur, mais il est également armé d’un bon sens peu commun à New York. Pour son côté rêveur, l’exemple le plus probant est son histoire d’amour. Mené en bateau par une journaliste qui ne désire tout d’abord que récupérer des scoops le concernant, il va faire preuve d’une sensibilité amoureuse dont le tout New-York riera. Appelé Cinderella Man (L’homme-Cendrillon), il va passer pour un niais idéaliste. Pourtant, il ne va certainement pas changer sa façon d’être avec Mary (en réalité Babe Bennett, la journaliste), au sujet de laquelle il ne se doute encore de rien. Mais cependant Marie / Babe va, à force d’être amenée à le côtoyer au quotidien, réellement tomber amoureuse de lui. Tandis que la société continue de rire du bonhomme. Bref, le romantisme (au sens moderne du terme) rêveur de Mr Deeds a véritablement réussi à toucher le cœur de la pourtant très cynique Babe Bennett. Ce que la société ne comprend pas, elle qui ne sait que juger selon des « on-dit », selon des apparences. Sans connaître l’homme. Ne pouvant se résoudre à continuer à le trahir de la sorte, Babe va devoir lui avouer la vérité. Ce qui va le briser lui, et elle… Deeds va à se moment là prendre pleinement conscience de la laideur de cette société où la manipulation est reine. Du reste, cette intrigue amoureuse est très loin d’être la seule à révéler cet état de fait. On a donc, à travers le personnage de Babe, une critique pour le monde du journalisme urbain et people, perpétuellement en quête de scoops, et pour qui la personne victime de leurs actes ne compte absolument pas. Un propos encore aujourd’hui furieusement d’actualité. Et puis il y a l’argent.
L’argent qui est au centre de tout, qui a motivé cette perte des valeurs humaines de la haute société New Yorkaise. Dès le départ, c’est l’argent qui a amené Mr Deeds à être confronter aux mondanités. C’est aussi l’argent qui a dépéché avocats et banquiers autour de Mr Deeds. Des gens qui, sous leurs bons mots, ne désirent qu’une chose : que Deeds les choisissent pour s’occuper de son capital. C’est aussi l’argent qui poussera les cousins de Deeds à réclamer leur part de l’héritage en trainant le bonhomme en justice. C’est enfin l’argent qui poussera l’association responsable de l’Opera du coin à quemander auprès de Deeds. Pour combler les pertes dont ils sont eux-mêmes responsables, ayant oublié les principes artistiques.
A tout cela, Mr Deeds répondra selon son bon sens. Il n’est pas près à se laisser manipuler pour intégrer une société dont il se fout. Il ne sera pourtant pas méchant. Mais il va imposer sa propre vision de la vie : une vie plus simple, une vie moins chichiteuse, plus réaliste et plus humaine. D’ailleurs son humanité trouvera son point culminant suite à l’intervention d’un pauvre New Yorkais dans sa propre maison qui, en désespoir de cause, agressera Deeds, lui reprochant de ne rien faire pour les désavantagés malgré sa colossale fortune. Pourtant ce pauvre New Yorkais finira par s’excuser, ce qui sans doute va provoquer une certaine prise de conscience de la situation de la « basse-société » chez Mr Deeds. Celui-ci va donc dépenser une très large part de sa fortune pour reconstruire des fermes. N’oublions pas que nous sommes en 1936 et que les effets du crack financier de 1929 sont encore là : chômage et misère…
A ce niveau là, s’en est trop pour tous les nantis de la haute-société new yorkaise : ils vont attaquer Deeds en justice pour folie, avancant que compte tenu de sa folie, Deeds ne peut gérer sa fortune. Ce procès qui suivra sera un summum de la filmographie d’un Capra qui a décidément un sens génial du dénouement, et je vous en laisse la surprise…
A tout cela, Mr Deeds répondra selon son bon sens. Il n’est pas près à se laisser manipuler pour intégrer une société dont il se fout. Il ne sera pourtant pas méchant. Mais il va imposer sa propre vision de la vie : une vie plus simple, une vie moins chichiteuse, plus réaliste et plus humaine. D’ailleurs son humanité trouvera son point culminant suite à l’intervention d’un pauvre New Yorkais dans sa propre maison qui, en désespoir de cause, agressera Deeds, lui reprochant de ne rien faire pour les désavantagés malgré sa colossale fortune. Pourtant ce pauvre New Yorkais finira par s’excuser, ce qui sans doute va provoquer une certaine prise de conscience de la situation de la « basse-société » chez Mr Deeds. Celui-ci va donc dépenser une très large part de sa fortune pour reconstruire des fermes. N’oublions pas que nous sommes en 1936 et que les effets du crack financier de 1929 sont encore là : chômage et misère…
A ce niveau là, s’en est trop pour tous les nantis de la haute-société new yorkaise : ils vont attaquer Deeds en justice pour folie, avancant que compte tenu de sa folie, Deeds ne peut gérer sa fortune. Ce procès qui suivra sera un summum de la filmographie d’un Capra qui a décidément un sens génial du dénouement, et je vous en laisse la surprise…
Bref Capra livre un grand film, autant comique que social. Son personnage de Mr Deeds, un homme bon, hors de toute contrainte sociale, est un homme vrai, avec sa propre personnalité, qu’il n’est pas près à abandonner. Il fait office de rêveur dans ce monde d’apparat, mais pourtant, cela ne l’empêche pas de réussir. Ce qui m’amène à faire la comparaison avec le Edward Bloom de Big Fish, que je trouve particulièrement similaire à Mr Deeds. Un rêveur à succès, ayant refusé de se livrer corps et âme à la société mondaine. Mais qui pourtant ne désire pas s’en séparer totalement, mû qu’il est par sa foi en l’homme.
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Fort du succès de ses précédents films et de ses cinq Oscars pour New York - Miami (une première dans l'histoire de l'Académie), Frank Capra peut enfin imposer à Harry Cohn de faire figurer son nom au dessus de l'affiche, car pour lui un film ne peut qu'être que la création d'un seul homme : le réalisateur. La Columbia, petite société qui doit son succès à ceux de Capra, devient ainsi l'un des rares studios de Hollywood à accepter l'idée d'auteur. Profitant de cette situation privilégiée, Capra compte dès à présent bâtir une œuvre à la gloire du peuple, ne plus parler que de "celui qui balaie", de l'homme de la rue, l'humble, l'humilié, laissant à d'autres le soin de raconter la grande histoire. C'est ainsi que naît Longfellow Deeds (impérial Gary Cooper, qui parfait encore un style mis en place dans Sérénade à trois de Lubitsch), jeune homme qui hérite à sa grande surprise de vingt millions de dollars. A l'instigation d'un homme de loi véreux en charge de l'héritage, il se voit contraint de quitter sa petite bourgade de Mandrake Falls pour se rendre à New York gérer ses affaires. Il joue un temps le jeu de la haute société mais surprend son monde par son manque d'ambition et son absence totale d'intérêt pour l'argent. Il se satisfait de peu : jouer du tuba et faire des vers suffisent largement à son bonheur. Il se met à distribuer sa fortune aux nécessiteux, et ses gestes de bonté passent pour de la folie aux yeux de tous. Autour de lui, les charognards guettent, bien décidés à briser ce doux rêveur et à faire main basse sur le trésor. Deeds découvre ainsi l'envers du décor, une découverte d'autant plus douloureuse que même la femme dont il tombe amoureux le manipule en écrivant, pour asseoir sa réputation de journaliste, des articles cyniques sur "l'homme cendrillon".
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Le travail de Robert Riskind se révèle sur ce film plus laborieux que dans ses précédentes collaborations avec Capra, L’Extravagant M. Deeds étant par moment un peu trop attendu, ses effets trop systématiques. Il n'empêche, on fonctionne, on se prend à être derrière Deeds dans sa croisade contre l'argent-roi et son combat pour la solidarité et la fraternité. C'est que Capra, comme Riskind, croit sincèrement dans cette capacité de l'homme à dépasser son irrépressible besoin de puissance et de gloire pour faire le bien autour de lui. Les intellectuels, les puissants, les journalistes... tous croient que Deeds est fou. Tous, sauf les auteurs de ce film. Pour combattre le cynisme des puissants, Deeds n'est armé que de son humour, sa simplicité et son idéalisme, mais ces armes lui suffisent pour triompher. L'Extravagant Mr. Deeds est une réponse aux attaques contre la politique de Franklin D. Roosevelt en faveur des défavorisés, des victimes de la crise de 1929. Riskind est un grand admirateur de Roosevelt et un fervent défenseur du New Deal. Capra, s'il est lui républicain et donc plutôt hostile à Roosevelt (même si l'homme le fascine assez), accompagne contre vents et marées son scénariste dans sa croisade, le New Deal incarnant une vision de la société à laquelle il croit profondément. Fantastique comédie, le film vire dans le drame lorsque l'on découvre un pauvre paysan ruiné par les malversations de Cedar, l'homme de loi de Deeds. On retrouve ici l'aspect presque documentaire du cinéma de Capra, sa volonté d'être en prise avec son temps et de raconter en direct la grande dépression et son cortège de laissés-pour-compte. Une peinture sombre et amère que Capra vient compenser par la possibilité d'une prise de conscience, par la rédemption et le rachat de ceux qui se sont fourvoyés sur la route de la richesse et du pouvoir. Si les happy-end de Capra semblent forcés et improbables c'est qu'ils représentent le seul espoir dans un océan de désespoir, qu'ils viennent récompenser au dernier moment la pureté des Longfellow Deeds, John Doe ou Jefferson Smith.
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Les fables de Capra entrent en profonde résonance avec le public car elles lui rappellent les idéaux qui ont fondé l'Amérique, car elles touchent à quelque chose d'universel. Le réalisateur devient ainsi une figure aussi emblématique dans l'inconscient collectif que le sont ses personnages comme l'écrit Ford à son propos : « Un grand homme et un grand Américain, une inspiration pour ceux qui croient dans le rêve Américain. » Capra n'a jamais rien fait d'autre que de parler de l'Americana, filmant toujours son époque, son pays, ne se projetant que rarement dans un ailleurs. Il est porté par une vision populaire, "démocratique", du cinéma, par la croyance que celui-ci peut toucher le plus grand nombre, divertir tout en apportant une conscience politique, sociale, humaniste. Capra a ainsi incarné les valeurs fondatrices de son pays tout en montrant les revers du rêve américain et du capitalisme. Il est parvenu à imbriquer dans un même élan un regard très critique sur l'homme et à en chanter les louanges. Rares finalement sont les films à être à la fois aussi durs dans leur portrait de la société et aussi positifs dans leur vision de l'homme. Ainsi, les happy end qui viennent donner du baume au cœur des spectateurs ne gomment jamais tout à fait le sentiment de malaise que distillent aussi ses films. Frank Capra obtient avec ce film son deuxième Oscar pour la mise en scène (il en remportera un troisième pour Vous ne l'emporterez pas avec vous). Récompense hautement méritée tant la réussite du film tient dans la perfection du style et dans l'admirable connaissance technique de Capra. L'Extravagant Mr. Deeds dépasse ainsi allègrement les quelques facilités de son scénario pour s'imposer comme l'une des grandes réussites du cinéaste.
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