Considéré comme l’un des plus grands écrivains francophones contemporains, JMG Le Clezio a reçu, le 8 octobre 2008, le prix Nobel de littérature qui a salué un « écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ».
Hommage d’un poète mauricien à l’auteur nomade.
Un livre de Le Clezio c’est comme découvrir un univers, un univers étrange mais en même temps qui ressemble au nôtre, un univers qui nous parle de choses simples, d’un enfant qui aime la mer, de la beauté d’une femme, de la beauté des étoiles, de la beauté du silence, du langage devenu musique, de nuages qui dansent dans le ciel, d’une coquille égarée sur le sable, un univers si lointain et pourtant si proche et qui nous réapprend le plus important, qui nous réapprend à respirer, à prendre le temps d’être et, surtout, à voir, il nous apprend à forger un nouveau regard qui éclaire autrement la réalité, ainsi dénouer les apparences et les illusions, comprendre que la beauté est partout, partout, qu’elle se manifeste dans le moindre des éléments, qu’elle est inscrite dans une matière qu’elle ne cesse de renouveler, ainsi que la mer a tous les visages, de la nuit et du jour, de la douleur et de la joie, que la mer se métamorphose au gré de nos désirs, de nos lâchetés, de nos vindictes, ainsi que dans le regard d’un enfant il y a les commencements et les fins, la sagesse des temps oubliés et celle qui reste encore à inventer, la beauté indéfectible des innocents, celle qui surgit quand la haine ne résout plus son emprise, ainsi que dans les mots il y a les vertiges et le calme céleste de la musique, ce bal incessant des sens qui éveille la douceur et la générosité, ainsi que dans la parole des démunis il y a des espaces qui étendent indéfiniment la liberté, qui la fait jaillir aux coins les plus reculés de nos prévisibles cupidités, ainsi que dans la diversité des âmes, dans la pluralité de nos couleurs, dans le mélange assoiffé des corps et des destins résident l’amour et la vérité, le plein amour de l’humain, le plein amour de la vérité, ainsi que la simplicité, le dépouillement perpétuel de nos vanités, le refus des possessions inutiles gît un possible devenir pour taire nos violences, ainsi que dans l’instant saisi, capturé se multiplie toutes les extases, que ce bonheur tant cherché, indicible, se situe entre ces deux temps, temps du fini et du possible, et que c’est dans ce temps infini, mais temps de l’instant, qu’il se love, ainsi que la lumière a le pouvoir d’inciser les entrailles des atomes afin de resplendir les incandescences de ses mille soleils, ainsi qu’il faut toujours bêcher son cur pour l’éveiller à l’essentiel, à ce qui accorde vraiment sens à toute vie, la beauté, les yeux de l’enfance, le sourire éclatant de ceux qui ont compris le dérisoire de nos conquêtes matérielles, ainsi un livre de Le Clezio c’est comme entrer dans un univers, un univers sans fin, un univers proche, connu mais toujours réinventé, un univers qui nous rappelle que la liberté est admissible, que le rêve est un défi à la société mercantile, que le rêve subvertit les matraquages de l’imaginaire, un univers qui nous dit la primauté de la liberté sur toutes les formes d’enchaînements, un univers qui nous apprend, tout simplement et très modestement, à vivre.
///Article N° : 8112
Source :
La beauté de Le Clézio
La beauté de Le Clezio
Aujourd'hui, on ne respire plus, on suffoque.
Le rêve, on l'a supprimé, comme on a supprimé l'âme et le Ciel...
Le rêve, on l'a supprimé, comme on a supprimé l'âme et le Ciel...
On se moque des gens qui rêvent.
On les gronde, on les fustige, on leur remet le nez dans la réalité, on leur dit que la vie est moche, qu'elle est triste, qu'il n'y a pas d'avenir, pas de place pour l'espérance.
Et on leur tape sur la tête pour être sûr qu'ils retiennent la leçon.
On leur invente des besoins dont ils n'ont pas besoin
et on leur prend tous leurs sous.
On les maintient prisonniers.
On les enferme à double tour.
On leur interdit de rêver. De s'agrandir, de se redresser...
Et pourtant... Et pourtant...
Si on n'a pas de rêves, on n'est rien que des pauvres humains avec des bras sans force, des jambes qui courent sans but, une bouche qui avale de l'air, des yeux vides.
Le rêve, c'est ce qui nous rapproche de Dieu, des étoiles,
Ce qui nous rend plus grand, plus beau, unique au monde... C'est si petit, un homme sans rêves...
Si petit, si inutile...
Un homme qui n'a que le quotidien,
que la réalité du quotidien, cela fait peine à voir.
C'est comme un arbre sans feuilles.
Il faut mettre des feuilles sur les arbres.
Leur coller plein de feuilles pour que ça fasse un grand et bel arbre.
Et tant pis s'il y a des feuilles qui tombent,
on en remet d'autres.
Encore et encore, sans se décourager...
C'est dans le rêve que respirent les âmes.
Dans le rêve que se glisse la grandeur de l'homme.
On les gronde, on les fustige, on leur remet le nez dans la réalité, on leur dit que la vie est moche, qu'elle est triste, qu'il n'y a pas d'avenir, pas de place pour l'espérance.
Et on leur tape sur la tête pour être sûr qu'ils retiennent la leçon.
On leur invente des besoins dont ils n'ont pas besoin
et on leur prend tous leurs sous.
On les maintient prisonniers.
On les enferme à double tour.
On leur interdit de rêver. De s'agrandir, de se redresser...
Et pourtant... Et pourtant...
Si on n'a pas de rêves, on n'est rien que des pauvres humains avec des bras sans force, des jambes qui courent sans but, une bouche qui avale de l'air, des yeux vides.
Le rêve, c'est ce qui nous rapproche de Dieu, des étoiles,
Ce qui nous rend plus grand, plus beau, unique au monde... C'est si petit, un homme sans rêves...
Si petit, si inutile...
Un homme qui n'a que le quotidien,
que la réalité du quotidien, cela fait peine à voir.
C'est comme un arbre sans feuilles.
Il faut mettre des feuilles sur les arbres.
Leur coller plein de feuilles pour que ça fasse un grand et bel arbre.
Et tant pis s'il y a des feuilles qui tombent,
on en remet d'autres.
Encore et encore, sans se décourager...
C'est dans le rêve que respirent les âmes.
Dans le rêve que se glisse la grandeur de l'homme.
Katherine Pancol
DIVA FAUNE FT. LEA PACI - GET UP (French Edit)
Le rêve
Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Alors on cherche, on cherche partout.
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Alors on cherche, on cherche partout.
Il est là, dans l’arbre qui chante dans le vent,
L’oiseau le crie dans le ciel,
La rivière le murmure,
Le ruisseau le chuchote,
Le soleil, la goutte de pluie le disent.
L’oiseau le crie dans le ciel,
La rivière le murmure,
Le ruisseau le chuchote,
Le soleil, la goutte de pluie le disent.
Tu peux le voir là, dans le regard de l’enfant,
Le pain que l’on rompt et que l’on partage,
La main que l’on tend.
Le pain que l’on rompt et que l’on partage,
La main que l’on tend.
Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Et on le cherche dans le béton, l’acier,
La fortune,
Mais le bonheur n’y est pas,
Ni dans l’aisance ni dans le confort.
La fortune,
Mais le bonheur n’y est pas,
Ni dans l’aisance ni dans le confort.
On veut se le construire mais il est là,
À côté de nous, et on passe sans le voir,
Car le bonheur est tout petit.
À côté de nous, et on passe sans le voir,
Car le bonheur est tout petit.
Il ne se cache pas,
C’est là son secret.
Il est là, près de nous.
C’est là son secret.
Il est là, près de nous.
Maurice Carême
Crédit photo : Mary (Gifted) 2018
Le bonheur, c'est tout petit
"Tout est en "soi", délicat, sublime; ou tout est en l'autre fabuleux, redoutable. Selon ce que nous voulons voir, écouter ou accueillir, l'optimisme est un choix. A chaque seconde, nous avons le choix. L'avènement d'un monde meilleur passe par nos choix conscients. (..) Autant que je puisse en juger, un enfant donne et reçoit naturellement de la joie de vivre ; c’est dans ses vifs éclats de rires que je le perçois sagement fou.
Il me fait penser à un tout petit monarque de l’empathie, une véritable aquarelle de liberté où se joue une mélodie vivifiante clairsemée de ses notes cristallines. Quel adorable caquet que le sien ! Son royaume est caché, surprenant ; Sa justice est espiègle, délicate. Il s’amuse et il compose des dessins sans tricher.
Son seul beau dessein est celui de grandir ou plutôt d'accroître sa liberté. Alors il dessine une douce présence traversée par une grâce qui à la fois guérit et réjouit. C'est le sacre d'un bonheur plein et entier. Premier pas d'une présence à soi, vertu et abandon à l'émerveillement, tout simplement. La pensée neuve, la pensée ingénieuse, la pensée incarnée : une mine de diamants ! La clef de l'innocence ouvre sur la richesse inépuisable de l'âme des êtres, des choses et des lieux. "
Najoua : À la lumière du Féminin
Sophia Sherine Hutt
Crédit Photo : Wonder Woman - 2017
Enfance
Je m'étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,
J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente.
L'astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C'était une clarté qui pensait, qui vivait ;
Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain,
Le ciel s'illuminait d'un sourire divin.
La lueur argentait le haut du mât qui penche ;
Le navire était noir, mais la voile était blanche ;
Des goëlands debout sur un escarpement,
Attentifs, contemplaient l'étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle ;
L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle,
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l'étendue.
L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue,
Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur
Qui s'éveillait me dit : c'est l'étoile ma soeur.
Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile,
J'entendis une voix qui venait de l'étoile
Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord.
Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort.
J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ;
Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
Ô nations ! je suis la poésie ardente.
J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi !
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles !
Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles,
Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit,
Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit,
Car celui qui m'envoie en avant la première,
C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière !
Victor Hugo
Stella
"Pour les lois de la thermodynamique et de l'entropie, tout ce qui est crée est entrainé tôt ou tard de l'ordre du désordre.
Tout finit biensûr par s'affaiblir et se débiliter, tout ce qui était juste devient faux avec le temps, tout ce qui était beau et lisse se craquelle...
Mais au lieu de nous affliger, nous devrions voir là la sagesse primordiale de la création qui ne nous livre pas une fois pour toutes un réel achevé, parfait et durable, mais nous invite en permanence, dans le respect des lois ontologiques et des structures d'un ordre de l'amour, à réactualiser, à remettre à neuf ce qui s'étiole, à réinventer des contenants et des contenus, à faire que soit neuf ce qui était hier usé, que soit étincelant ce qui était hier terni. Nous sommes en permanence nécessaires à la création quotidienne du monde. Nous ne sommes jamais les gardiens d'un accompli mais toujours les cocréateurs d'un devenir"
Nous sommes toujours les cocréateurs d'un devenir
"Il n'y a qu'un crime, c'est de désespérer du monde. Nous sommes appelés à pleins poumons à faire neuf ce qui était vieux, à croire à la montée de le sève dans le vieux tronc de l'arbre de vie.
Nous sommes appelés à renaitre, à congédier en nous le vieillard amer ! Bien des jeunes sont dans ce sens de cruels vieillards envers eux -mêmes.....
Le pessimisme m'ennuie à mourir....
J'ai pu goûter la vie sur la langue.
Réaliser la kénose, le don amoureux de soi !
Nous sommes appelés à sortir de nos cachettes de poussière, de nos retranchements de sécurité, et à accueillir en nous l'espoir fou, immodéré d'un monde neuf, infime, fragile, éblouissant "
Christiane Singer.
Derniers fragments d'un long voyage
Enya - Echoes in rain
Naître
D’une évidente beauté, les concertos pour violon Quatre-Saisons de Vivaldi ont été rendues suspects aux amateurs par leur succès même. Pourtant, il suffit de prêter l’oreille et la magie opère. Et ces dernières années nous en ont apporté des enregistrements nourris d’italianità d’artistes rompus au style baroque, de quoi faire notre bonheur.
Vivaldi, un contemporain de Bach
Comme pour de nombreux compositeurs de la période baroque, notre connaissance de leur musique est finalement récente : bien que leurs oeuvres aient été jouées et enregistrées, ce n’est que grâce aux "baroqueux" que l’on a pu se faire une idée précise de leurs intentions. Composées pour des instruments anciens, avec une manière de jouer ancienne, un diapason, parfois même une gamme non tempérée, différents de ceux de notre époque, leur musique étaitVivaldi fut un compositeur prolifique : opéras et cantates profanes, œuvres vocales et chorales sacrées, musique orchestrale, en tout un corpus que l’on pourrait à peu près comparer à celui de Bach pour la quantité. Quant à la qualité, on se souvient de la remarque mordante de Stravinski, parlant de concertos pour violon : "400 fois le même concerto"…
Mais la comparaison ne s’arrête pas là : le "cantor" allemand admirait le "maestro" italien au point de transcrire pour le clavecin et pour l’orgue un certain nombre de concertos de Vivaldi.
Les deux hommes étaient contemporains : Vivaldi (1678-1741) était plus âgé que Bach (1685-1750) de 7 ans seulement. Ils appartiennent tous deux à la fin de la période que l’on nomme "baroque", et la beauté ineffable de leurs compositions, leur équilibre annoncent déjà la période classique.
La mystérieuse évidence de la beauté desQuatre Saisons
Depuis Stravinsky et sa formule lapidaire, concernant l’œuvre de Vivaldi, "quatre cents fois le même concerto", il est de bon ton de regarder de haut le compositeur italien. Et il est vrai que cette musique a été tellement jouée, écoutée et utilisée qu’il aussi facile de parler d’elle que de Carmen ou du Canon de Pachelbel.
Mais il faut dire aussi que, rarement, on a dans l’oreille une musique plus plaisante, plus vive et harmonieuse, et si évocatrice de ce rythme des saisons.
Et c’est peut-être cela le secret : une musique d’une beauté tellement évidente, à la portée de tous, une musique qui rend simplement heureux, à condition qu’on l’écoute sans arrière pensée. Et là se révèle toute sa magie…
Les Quatre Saisons : une symbolique ésotérique
Le thème lui-même des Quatre Saisons est la fois simple, populaire puisqu’il concerne notre Terre et et tous ses habitants, mais en même temps, il relève d’une symbolique riche et complexe, puisqu’elle vient se rattacher à celle du nombre 4, aux chimères, aux visions bibliques, aux éléments, aux évangélistes et au Tarot.
La signification de ce symbole est simple : elle concerne les 4 phases de tout cycle. Et le cycle des saisons en est un exemple plein de sens.
Le printemps est l’éveil, le commencement, l’enfance, le lever du soleil, le démarrage d’une activité, sur des bases vierges, optimistes, dynamiques, volontaristes. C’est le bâton du Tarot, et la fougue de Mercure.
L’été représente la jeunesse, le soleil qui arrive à son zénith : les forces sont rassemblées, préparées, et c’est le moment d’agir. C’est aussi une plénitude dans la connexion avec la réalité. C’est à la foi la coupe généreuse du Tarot et la combativité de Mars.
L’automne, c’est le temps des moissons, mais aussi celui des regrets. Le soleil commence à se pencher sur l’horizon. Le temps de récolter les fruits et d’en jouir, le temps de regretter la beauté passée. C’est l’époque de l’opulence. C’est le denier du Tarot, c’est la puissance de Zeus.
Enfin, l’hiver est le repos qui suit la période d’activité, cela peut être la mort, mais la mort est-elle réellement une fin ? C’est la vieillesse de Cronos, la terre qui se prépare pour un nouveau printemps…
Quatre concertos pour violon au sein de l’opus 8…
Les Quatre Saisons sont un ensemble de 4 concertos pour violon, eux-mêmes extraits du recueil "Il Cimento dell"Armonia e dell’Invenzione", opus 8, de 12 concertos pour violon.
Vivaldi n’a pas à proprement parler "inventé" le concerto, genre qui existait déjà, mais qui signifiait à l’époque à peu près ce que le mot "concert" signifie pour nous : un orchestre, de trois instruments à beaucoup plus, jouant ensemble, sans intervention vocale, 3 ou 4 mouvements, à l’opposé par exemple des "suites" (sous entendu, suites de danses) qui comportaient un nombre de mouvements plus important.
C’est l’opus 3, "L’Estro Armonico", composé lui aussi de 12 concertos pour violons et édité en 1711, qui marque l’avènement du genre "concerto" tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Dans cette forme, Vivaldi a insufflé un esprit de dialogue entre un soliste (le violon, , dont Vivaldi connaissanit toute l’expressivité) ou un petit groupes d’instruments avec le reste de l’orchestre. Il a ainsi formé un pont entre le concept ancien du concerto avec ce que nous en connaissons aujourd’hui, de Mozart, Beethoven à Rachmaninov : un instrument virtuose dialoguant avec un orchestre symphonique. Mais c’est surtout, par rapport à ses contemporains, par la dynamique, les contrastes, le "clair-obscur" que Vivaldi s’est définitivement détaché de ses contemporains.
Vivaldi, le "prêtre roux", a eu la chance de pouvoir composer ses œuvres pour un excellent orchestre, celui de l’Ospedale de la Pietà, exclusivement féminin, où étaient représentés presque tous les instruments existant à l’époque, tenus par des virtuoses, ce qui lui permit de tester et de peaufiner ses découvertes musicales, en particulier dans le domaine du mélange des timbres.
Quatre sonnets pour quatre saisons
Rares sont les éditions de disques qui donnent ces quatre sonnets, peut-être écrits par Vivaldi lui-même, et qui sont comme le "programme" de chacun de ces concertos. Les voici :
La Primavera.
Giunt’è la Primavera e festosetti
La salutan gl’Augei con lieto canto, E i fonti allo spirar de’Zeffiretti Con dolce mormorio scorrono intanto:
Vengon’ coprendo l’aer di nero amanto
E lampi, e tuoni ad annuntiarla eletti Indi tacendo questi, gl’Augelletti Tornan di nuovo al loro canoro incanto:
E quindi sul fiorito ameno prato
Al caro mormorio di fronde e piante Dorme ‘l Caprar col fido can’ a lato.
Di pastoral Zampogna al suon festante
Danzan Ninfe e Pastor nel tetto amato Di primavera all’apparir brillante. |
L’Estate.
Sotto dura Stagion dal Sole accesa
Langue l’huom, langue ‘l gregge, ed arde il Pino; Scioglie il Cucco la Voce, e tosto intesa Canta la Tortorella e ‘l Gardelino.
Zeffiro dolce Spira, mà contesa
Muove Borea improviso al Suo vicino; e piange il Pastorel, perché sospesa Teme fiera borasca, e ‘l suo destino:
toglie alle membra lasse il Suo riposo
il timore de’ Lampi, e tuoni fieri e de mosche, e mosconi il Stuol furioso!
Ah che purtroppo i Suoi timor Son veri
tuona e fulmina il Ciel e grandinoso tronca il capo alle Spiche e a’ grani alteri. |
Le Printemps.
Voici le Printemps, que les oiseaux saluent d’un chant joyeux. Et les fontaines, au souffle des zéphyrs, jaillissent en un doux murmure.
Ils viennent, couvrant l’air d’un manteau noir, le tonnerre et l’éclairs, messagers de l’orage. Enfin, le calme revenu, les oisillons reprennent leur chant mélodieux.
Et sur le pré fleuri et tendre, au doux murmure du feuillage et des herbes, dort le chevrier, son chien fidèle à ses pieds.
Au son festif de la musette dansent les nymphes et les bergers, sous le brillant firmament du printemps.
|
L’Été.
Sous la dure saison écrasée de soleil se languit l’homme, se languit le troupeau et s’embrase le pin. Le coucou se fait entendre, et bientôt, d’une seule voix, chantent la Tourterelle et le Chardonneret.
Zéphyr souffle doucement, mais, tout à coup, Borée s’agite et cherche querelle à son voisin. Le pâtre s’afflige, car il craint l’orage furieux, et son destin.
A ses membres las, le repos est refusé par la crainte des éclairs et du fier tonnerre, et par l’essaim furieux des mouches et des taons.
Ah, ses craintes n’étaient que trop vraies, le ciel tonne et fulmine et la grêle coupe les têtes des épis et des tiges.
|
L’Autunno.
Celebra il Vilanel con balli e Canti
del felice raccolto il bel piacere e del liquor di Bacco accesi tanti finiscono col Sonno il lor godere.
Fà ch’ogn’uno tralasci e balli e canti
l’aria che temperata dà piacere, è la stagion ch’invita tanti e tanti d’un dolcissimo sonno al bel godere.
I cacciator alla nov’alba à caccia
con corni, Schioppi, e cani escono fuore, Fugge la belva, e seguono la traccia;
già Sbigottita, e lassa al gran rumore
de’ schioppi e cani, ferita minaccia languida di fuggir, mà oppressa muore. |
L’Inverno.
Aggiacciato tremar tra nevi algenti
al Severo Spirar d’orrido Vento, correr battendo i piedi ogni momento; e per sovèrchio gel battere i denti;
Passar al foco i di’ quieti e contenti
Mentre la pioggia fuor bagna ben cento Caminar sopra ‘l giaccio, e à passo lento per timor di cader girsene intenti.
Già forte, sdruzzolar, cader à terra
Di nuovo ir sopra‘l giaccio e correr forte Sin ch’il giaccio si rompe, e si disserra;
sentir uscir dalle ferrate porte
Sirocco, Borea e tutti i Venti in guerra. Quest’è l’verno, mà tal, che gioja apporte. |
L’Automne.
Par des chants et par des danses, le paysan célèbre l’heureuse récolte et la liqueur de Bacchus conclut la joie par le sommeil.
Chacun délaisse chants et danses : l’air est léger à plaisir, et la saison invite à la douceur du sommeil.
Les chasseurs partent pour la chasse aux premières lueurs de l’aube, avec les cors, les fusils et les chiens. La bête fuit, et ils la suivent à la trace.
Déjà emplie de frayeur, fatiguée par les fracas des armes et des chiens, elle tente de fuir, exténuée, mais meurt sous les coups.
|
L’Hiver.
Trembler violemment dans la neige étincelante, au souffle rude d’un vent terrible, courir, taper des pieds à tout moment et, dans l’excessive froidure, claquer des dents ;
Passer auprès du feu des jours calmes et contents, alors que la pluie, dehors, verse à torrents ; marcher sur la glace, à pas lents, de peur de tomber, contourner,
Marcher bravement, tomber à terre, se relever sur la glace et courir vite avant que le glace se rompe et se disloque.
Sentir passer, à travers le porte ferrée, Sirocco et Borée, et tous les Vents en guerre. Ainsi est l’hiver, mais, tel qu’il est, il apporte ses joies.
|
Source : Kulturica
Crédit : Portrait de la jeune fille en feu
Les Quatre Saisons - Antonio Vivaldi
CORONAVIRUS : NOUS SOMMES BIEN EN GUERRE ET L'ENNEMI C'EST NOUS.
Nous voilà tous confinés depuis quelques jours, plongés dans une crise sanitaire contemporaine sans précédent. Des événements, des institutions, des traditions, des entreprises, que nous croyions aussi immuables et éternels que le sont le soleil ou les marées sont brutalement stoppés nets. Voilà qu’un micro-organisme met l’humanité à plat ventre et lui fait mordre la poussière. Brutal rappel à l’ordre pour les « les maîtres du monde », ramenés à leur rang de mortel, vulnérable et dépendant du monde naturel.
Nous ne sommes pas une légende divine. Nous sommes un primate imberbe qui a appris à maitriser la technologie et qui s’en sert pour dominer et dévorer le monde, ses habitants et ses habitats. A l’égard du Vivant, nous nous comportons comme un virus sans conscience, sans réflexion, sans sentiment, sans intelligence, avide de coloniser, d’exploiter à l’infini, ignorant du fait que la mort de notre hôte sera aussi la nôtre. Nous sommes la plus grande cause d’extermination du Vivant que la planète n’ait jamais connu. Il y a plusieurs décennies déjà, nous avons déclenché la pire crise d’extinction massive de l’histoire du monde et ça sera là le seul héritage de notre très bref passage sur cette planète. Rien de nos constructions, de nos écrits, de nos musiques, de nos inventions, rien ne restera. Ne restera que la poussière d’un monde en ruine qui mettra des millions d’années à se remettre de notre passage.
Nous sommes une espèce immature, un gamin égoïste et capricieux qui s’est procuré l’arme atomique. Corvid-19, en nous rappelant notre vulnérabilité et notre dépendance au reste du Vivant, nous donne une opportunité unique de grandir en devenant enfin plus humbles.
Les germes du mal qui nous attaque sont tous nés dans le terreau mortifère de notre rapport au reste du Vivant, notre rapport aux animaux et aux éco-systèmes. Nous avons créé ce qui nous tue. Grippe porcine, grippe aviaire, maladie de la vache folle, SRAS, VIH-1, Ebola, … Et maintenant Covid-19. Tous découlent de la même chose : la destruction sans limite du monde sauvage, l’élevage intensif, l’uniformisation des milieux, notre comportement collectif hystérique, sans éthique et sans conscience. Coronhumanus reste à ce jour le virus le plus mortel que la planète ait connu. A la différence des autres virus, nous sommes capables de penser, de réfléchir, de philosopher… Nous sommes capables de comprendre, paraît-il.
Quelques jours de confinement à Venise et voilà que les eaux redeviennent transparentes, les poissons reviennent, les dauphins font leur apparition dans le port de Cagliari…
C’est à la fois beau et triste, source d’espoir et source de honte. De quoi nous faire réfléchir.
En Chine, on sait déjà que la chute de la pollution a sauvé plus de vie que le virus n’en n’a fauché. Un virus mortel qui nous sauve de nous-mêmes. Quelle ironie.
Nous sommes donc en guerre contre un virus oui. Le virus de la cupidité, de l’arrogance, de l’égoïsme. Le virus de l’anthropocentrisme qui donne la fièvre au monde au sens littéral du terme.
Nous sommes en train de perdre cette guerre et Corvid-19 est peut-être notre dernière chance de le comprendre avant qu’il ne soit vraiment trop tard. Cette crise est un avertissement, une répétition et surtout une partie de campagne en comparaison de ce qui nous attend avec l’extermination du Vivant dont nous sommes coupables et l’effondrement écologique qui en découlera immanquablement.
Pour ce qui est de Sea Shepherd la situation est inégale selon les endroits.
Nous veillons au bien-être de nos équipages de nos bénévoles. Nous prenons toutes les précautions nécessaires pour prévenir l'introduction et la propagation du virus sur nos navires. Nos équipages sont en bonne santé, et nos navires ne sont à ce jour pas contaminés. Certaines missions se poursuivent comme l’opération Milagro au Mexique pour défendre les vaquitas (marsouins du Pacifique), d’autres sont en stand-by comme les campagnes africaines, nos bateaux étant actuellement bloqués en Europe. Nous constatons avec une grande frustration que les zones que nous patrouillions habituellement en Afrique de l’Ouest sont livrées au braconnage et nous rongeons notre frein le temps d’être autorisés à y retourner. L’opération Siracusa qui protège le parc marin de Plemmirio des braconniers est également à l’arrêt compte tenu de la situation dramatique en Italie.
Les opérations de nettoyage, les évènements et les levées de fonds indispensables pour nos campagnes sont pour beaucoup reportées ou annulées.
L’Opération Dolphin Bycatch pour les dauphins en France a dû être écourtée en raison de l’interdiction de navigation et si le ralentissement de la consommation de poissons dû au confinement, offre un répit inespéré aux dauphins (victimes des filets de pêche) et aux poissons, on entend déjà les Comités des Pêches en appeler dans les médias à la « solidarité des consommateurs », enjoints de continuer à manger du poisson frais....
Nous en appelons pour notre part à la solidarité avec l’océan et ses habitants. La pêche est la première menace qui pèse sur l’océan, la pire force de destruction. Profitez de ce moment justement pour réduire votre impact et votre pression sur la vie marine, elle en a grand besoin.
D’après les scientifiques des Nations Unies la pêche entrainera un effondrement global de la vie dans l’océan d’ici 2048. Les phénomènes en cascades qui en découleront relayerons Corvid-19 au rang de l’anecdote. Si l’océan meurt nous mourrons…. TOUS. Là encore, espérons que nous saurons en prendre conscience avant d’y être confrontés.
A nos amis, soutiens, nos bénévoles à travers le monde et à tous ceux qui sont en première ligne,
soyez attentifs et précautionneux. Respectez le confinement, dans l’intérêt de tous. Tâchons de sortir collectivement grandis de cette épreuve, plus conscients des réalités, de notre vulnérabilité et plus respectueux du monde.
Nous vous tiendrons informés dès que nous le pourrons de l’évolution de nos missions et de nos avancées en cette période de confinement généralisé. Votre soutien est et nous sera précieux pour continuer à défendre et à protéger le berceau de la vie.
Merci à tous et prenez-soin de vous.
Lamya Essemlali









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