Critique d'Ecran Noir :

Noir et Blanc

C'est un acte de courage, et la douleur sur un visage, qui ouvre le nouveau film de Steven Spielberg. En quelques plans très saccadés, Spielberg fait monter l'adrenalyne, excite le spectateur, puis le choque avec une mutinerie sanglante, mais d'époque.
La détermination dirige le destin du héros, Sengbe (Cinque), comme le montage de Steven Spielberg.
Amistad livre un scénario classique, purement américain dans ses rebondissements, incluant un flash back sur le "Passage du milieu" en plein milieu du film. Et comme un bateau qui traverse l'océan, il subit des tempêtes, magnifiques, des instant de grâce, et puis des moments sans vent, plats.
La frustration provient de cette alternance, de ce déséquilibre, entre un Spielberg visuellement très inspiré sur des scènes splendides et un Spielberg filmant sans profondeur des images ternes.

Le film atteint cependant son but: le message est compris, acquis, appris.
Après un holocauste en noir et blanc (La liste de Schindler), le cinéaste s'intéresse à la traite des noirs par les blancs. Une traite sauvage, bestiale, atroce, répugnante, cruelle. Filmée sans concession, sans pudeur, sans hypocrisie. Les Africains sont battus, affamés, violés, nus, humiliés.
Le film achève son réalisme avec le mélange des langues: mende, espagnol, américain. La communication est au coeur de l'intrigue. Chacun défendant ses intérêts, ses ambitions.

Mais Amistad pêche aussi par son didactisme. Cette lourdeur semée au gré des procès, cette analyse de la chrétienté assez superflue. La partie "américaine" du film est assurément la plus baclée. On n'en retient aucune force.
Le réalisateur est piégé par sa volonté de vouloir tout montrer, tout dire. Il n'évite pas les hourrahs et le symphonique pompeux d'une victoire juridique, ni les plans inutiles autour de procès déjà vus, ou une conclusion narrative un peu trop facile.
De même, il ne va pas assez loin dans sa critique du système politique, dont la corruption. On imagine ce qu'un Scorcese aurait pointé du doigt...

Heureusement, Amistad c'est avant tout une histoire de Noirs. Parmi les scènes mémorables, on notera toute l'ouverture (20 minutes) qui va de la mutinerie à l'emprisonnement des Africains. A la fois terrifiante et angoissante, cette ouverture se ponctue d'un carnage, d'une errance (fantômatique et sublime), et d'une fuite. Cette fuite, celle de Sengbe à la nage, essoufflé, attiré par les abysses, est un grand moment visuel.
Il montre toute la maestria technique de ce film. Une perfection constante, de la lumière aux décors en passant par les costumes...
La traversée du bateau-négrier appartient aussi à ces souvenirs de cinéma inoubliables. Spielberg prouve sa passion pour cette histoire. Une passion qu'il filme inégalement mais utilement.
Le cinéaste réussit aussi sa description d'une Espagne dorée et déclinante, d'une Amérique démocratique et religieuse, sa prise de position en faveur des Africains.

A la croisée de ses opus épiques (La Couleur pourpre, L'empire du soleil, La liste de Schindler), Amistad démontre surtout la maturité du cinéma de Spielberg.
Malgré les faiblesses (la paresse?), grâce à un scénario habile et une histoire passionnante, l'oeuvre est bien supérieure à la qualité habituelle hollywoodienne.
Dommage qu'il n'ait pas voulu dépasser Grisham dans le premier procès.
Ce procès est porté par l'insipide Matthew McConaughey. Il contraste fortement avec celui de la Cour Suprême, monologue final de 11 minutes, sans musique, sobre, et interprété par un Anthony Hopkins impeccable.
Hopkins nous éblouit aussi lors d'une autre scène où son esprit distrait bataille entre sa plante et les arguments anti-abolitionnistes. Parmi ceux-ci, Morgan Freeman. La star ne brille pas avec un jeu très original. Excepté lorsqu'il fouille la cale du négrier où il expose des bribes de son talent.
En tête de liste, il y a celui qui souffle la force de ce film, son message, son envie de liberté, Djimou Hounsou.
A la fois rebelle et guide, personnage central et cause idéaliste, il est une révélation mais surtout un emblême. Hounsou transmet ses émotions avec justesse dans chaque scène.
Sa beauté et sa puissance, son charisme en un mot, permet à Amistad de s'élever au dessus d'un simple exposé sur l'esclavage et la justice.

AMISTAD

Celui qui cherche, qu'il ne cesse pas de chercher jusqu'à ce qu'il trouve et quand il trouvera, il sera troublé et, une fois troublé, il sera émerveillé et il régnera sur le Tout.
La Bible
Extrait de Evangile selon Thomas


















La beauté ne se discute pas, elle règne de droit divin. Elle fait prince quiconque la possède.
Oscar Wilde











La vie appartient à ceux qui aiment, et là où règne l'Amour, l'homme est vraiment le roi.
Stephen Lawhead


Règne

L'ange du départ

Un désir aussi profond qu’archaïque pousse l’être humain à se fixer quelque part, à s’y installer confortablement, une fois pour toutes, et à s’y sentir chez lui, à l’abri. Là où il se plaît, il aimerait planter sa tente pour y rester toujours. Mais il sait en même temps qu’il ne peut s’installer nulle part pour toujours en ce monde. Il est sans cesse obligé de se remettre en route. Les campements qu’il s’est aménagés pour pouvoir y bien vivre, il lui faut les lever afin de poursuivre sa route. Tout départ présuppose une rupture. Il faut rompre avec l’ordre ancien, les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Impossible de rester indéfiniment là où je suis en ce moment.

Tant que nous sommes en chemin, nous sommes voués à lever sans cesse le camp pour partir vers de nouveaux horizons. Or tout départ fait d’abord peur, car l’ordre ancien, familier, doit être rompu. Et tandis que je romps, je ne sais pas encore ce qui va m’advenir. Cet inconnu suscite en moi un sentiment d’angoisse. En même temps, il y a dans le fait de partir, de se remettre en route, une promesse, la promesse du neuf, du jamais vu, du jamais vécu. Qui ne se remet pas constamment en route, sa vie se sclérose. Ce qui ne change pas vieillit et devient étouffant. Il y a en nous de nouvelles possibilités de vie, qui veulent se faire jour. Mais elles ne le peuvent que si les schémas anciens sont défaits.

Nous voulons nous établir là où quelque chose parle à notre cœur et le touche. Sur le mont Thabor, les disciples voudraient par-dessus tout construire trois tentes pour se fixer définitivement au lieu de l’expérience béatifique de la Transfiguration. Mais Jésus n’est pas d’accord. Dès l’instant suivant, la lumière du Thabor est voilée par un épais nuage. Les disciples ne peuvent empêcher que ce qu’ils ont vécu soit déjà du passé, ils sont obligés de se remettre en route vers la vallée. Là, ils regretteront la lumière de la montagne. Toute expérience religieuse profonde nous inciterait, fallacieusement, à nous installer pour toujours, à nous accrocher à quelque chose que nous ne pouvons retenir. On ne peut pas retenir Dieu. C’est surtout le Dieu de l’Exode, le Dieu du départ, qui nous exhorte à repartir encore et toujours. À Moïse, il dit : « Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux Israélites de repartir » (Exode 14, 15). Mais les Israélites ont peur de se remettre en route. En Égypte, certes, ils se sentent opprimés et asservis, mais ils se sont accommodés de la tutelle étrangère. Au moins, la marmite de viande était toujours pleine et le pain abondant (Exode 16, 3). Ils voudraient bien émigrer, mais en même temps ils ont peur de se remettre en route. C’est cette ambivalence que nous ne cessons d’éprouver. Nous ne sommes pas satisfaits de ce que nous vivons dans l’instant présent, mais nous avons peur du départ, de la rupture avec nos habitudes, d’une révolution intérieure et extérieure. Pourtant, nous ne connaîtrons la vie que si nous sommes prêts à nous remettre sans cesse en route. Comme les Israélites, nous avons besoin d’un ange qui nous en donne le courage, qui lève son bâton et étende sa main sur la mer Rouge de notre angoisse, afin que nous puissions pénétrer et marcher en sûreté, en toute confiance, à travers les flots de notre vie.

Aujourd’hui, l’ange du départ a la tâche particulièrement difficile. Le climat fondamental de notre temps n’incite plus au départ, comme c’était le cas par exemple, de façon très marquée, pendant les années soixante, dans l’Église d’abord, avec le concile, puis dans la société, avec la contestation étudiante. Aujourd’hui, l’atmosphère générale tend plutôt au renoncement résigné, à l’apitoiement sur soi-même, à la dépressivité, à la plainte. On préfère déplorer que tout soit tellement difficile et que, c’est comme ça, on ne puisse rien faire.

C’est pourquoi, nous avons tellement besoin, à ce jour, de l’ange du départ, de la remise en route ; besoin qu’il nous fasse don d’une espérance pour notre temps, qu’il nous aide à oser partir vers de nouveaux rivages, afin que puissent surgir et s’épanouir de nouvelles possibilités de vies en communauté, un nouveau rapport à la création, une imagination nouvelle en politique en en économie.

Mais il faut pour tout cela aussi que chacun rompe pour son propre compte avec les représentations arrêtées, les images figées. Rompre les barrages intérieurs, passer de la fermeture à la disponibilité, abandonner les vieilles habitudes et les avoirs anciens : c’est tout cela qui nous ouvre la possibilité de partir vers de nouveaux modes de vie, vers d’autres phases de notre existence.

Souvent tu hésiteras, ami lecteur, parce que tu ne sais pas où le chemin va te conduire. Peut-être qu’alors l’ange du départ se tiendra à tes côtés et te donnera le courage de le faire, ce chemin qui est le tien : « Car où que nous allions, des anges y ont leur demeure » (Emily Dickinson).




L’ange de la guérison

« Quand nous entendons le mot « guérison », nous pensons aussitôt à la guérison de nos maladies, à notre propre santé. La santé, c’est l’état de celui qui est sain – sain et sauf -, et dont les forces sont intactes. Selon l’étymologie, guérir, c’est d’abord « protéger », assister, puis « rendre la santé », assurer le « salut » et le bonheur. L’ange de la guérison veut nous donner l’espoir que notre vie sera réussie, qu’elle accèdera à sa totalité, que nous pourrons accepter tout ce qu’il y a en nous, dire « oui » à tout ce que nous sommes, dire : c’est ainsi.
Afin de pouvoir dire cela, il faut d’abord que nos blessures guérissent. Chacun de nous porte en lui des blessures. Nous avons été blessés par nos parents, si bonnes qu’aient pu être leurs intentions à notre égard. Nous avons été blessés si nous n’avons pas été pris au sérieux dans ce qu’il y a en nous d’unique, si n’ont été respectés ni nos sentiments ni nos besoins les plus profonds, le besoin d’être aimés, protégés, sécurisés et confiants. Nous avons été blessés par des maîtres qui nous ont ridiculisés devant toute la classe ; par des prêtres qui nous ont inoculés la peur de l’enfer. Nous sommes blessés par notre ami, par notre amie, lorsqu’ils ne nous comprennent pas, lorsqu’ils nous atteignent là où nous sommes vulnérables, qu’ils fouillent nos vieilles blessures. L’ange de la guérison nous dit : tes blessures, elles peuvent guérir et elles guériront. A vrai dire, la guérison ne signifie pas que tu cesseras tout à fait de les sentir, mais qu’elles cesseront de suppurer en permanence. Une cicatrice se formera sur elles. Alors, elles feront partie de toi sans t’empêcher de vivre. Elles ne capteront plus toute ton énergie. Et même, elle entretiendront en toi la vie, elles en deviendront pour toi une source. L’ange de la guérison fera de tes blessures un bien de grande valeur, des perles précieuses, comme l’a dit Hildegarde de Bingen. Car là même où tu as été blessé, tu seras ouvert à ceux qui t’entourent ; tu réagiras alors avec sensibilité quand ils te parleront de leurs propres blessures. C’est là que tu seras le plus vivant ; que tu entreras en contact avec toi-même, avec ton être le plus vrai. Je souhaite, ami lecteur, que l’ange de la guérison te donne l’espoir de voir guérir toutes tes blessures, de ne pas rester enfermé dans leur histoire, mais de pouvoir vivre tout à l’instant présent, sans qu’elles continuent de t’en empêcher. Ce sont elles, bien plutôt, qui te rendent apte à la vie. L’ange de la guérison aimerait les transmuer, pour toi-même et pour d’autres encore, en sources de vie et de bénédiction.
Si l’ange a guéri tes blessures, alors tu deviendras toi-même pour d’autres un ange de la guérison. En ta présence, ils se sentiront bien. Ils sauront qu’ils peuvent te montrer leurs blessures, que tu les comprends, que tu ne portes pas de jugement de valeur, mais que tu les acceptes, tout simplement. Et ils sentiront émaner de toi une atmosphère propice à la guérison. Tu ne projetteras pas sur eux tes propres blessures ; tu ne feras pas partager tes problèmes aux autres, mais tu leur seras ouvert. Ils pourront te parler de ce qui les fait souffrir sans devoir craindre d’être étiquetés comme malades ou geignards. Tu ne sauras pas du tout alors pourquoi les êtres viennent à toi si volontiers, et pourquoi ils se racontent à toi avec tant d’ouverture. C’est à l’évidence, l’ange de la guérison qui aura transmué tes blessures, et qui veut alors te faire savoir, et faire savoir par toi à d’autres que, tels que vous êtes, vous êtes bien ainsi : sains et entiers.
Toutes les blessures peuvent guérir. »


L'ange de la tendresse


Les êtres qui s'aiment se disent parfois l'un à l'autre : pour moi tu es un ange de tendresse. Ils expriment ainsi tout le bien que leur fait une telle tendresse de la part de l'autre, quand ils ne se sentent pas traités comme une possession mais comme un précieux trésor que l'on ne peut approcher qu'avec précaution.


Mais la tendresse ne caractérise pas seulement la relation entre les amoureux ; elle est devenue aujourd'hui une vertu moderne. Dans un monde où prédomine la violence, les êtres jeunes ont la nostalgie d'un autre modèle relationnel, d'un climat de tendresse.


Ainsi se développe un style de vie marqué par elle, une culture de tendresse. La tendresse, c'est l'art de traiter DÉLICATEMENT les humains, la nature et même les choses. Même si la notion est typiquement moderne, le phénomène se retrouve dans tous les temps.


La Bible est pleine de rencontres tendres. L'Épître à Tite (3, 4) nous dit que la tendresse de Dieu (la charis, sa grâce, sa bonté) nous est apparue sous les traits de Jésus-Christ.


Avant de mourir, l'écrivain Heinrich Böll a réclamé une théologie sur la tendresse ; il l'avait trouvée lui-même dans le Nouveau Testament - la théologie d'une tendresse "qui toujours guérit".


L'ange de la tendresse a pour but de nous initier à l'art de traiter avec délicatesse non seulement les êtres humains, mais encore tout ce que nous prenons entre nos mains. Le mot "tendresse" implique l'amour et aussi la délicatesse, la fragilité.


On ne peut user de tendresse envers un être que si l'on s'est pris d'amour, d'affection pour lui. Alors, on ne pèse pas sur lui, on ne le prend pas par la brutalité, on ne le critique pas durement. On ne le contraint pas à livrer tous ses secrets. On l'aborde avec les égards, les précautions de la tendresse. On peut être tendre en paroles, dans le rapport aux autres.


Dans une telle atmosphère, ou l'autre se sent précieux et respecté, où il découvre sa propre beauté, la tendresse se manifeste aussi par des attentions : la délicatesse du contact, de la caresse, du baiser.



Dans une telle tendresse, c'est l'amour même qui coule à flots entre les êtres, un amour qui ne retient pas, qui n'émet aucune revendication de propriété, mais qui au contraire laisse aller l'autre, respectueux, sensible à son mystère.


Traiter les choses avec tendresse, c'est par exemple prendre en main un livre avec des gestes mesurés, parce qu'il a pour moi une valeur. Je suis souvent choqué par la brutalité avec laquelle certains traitent leurs livres. Quand ils les ont lus, on peut à peine encore s'en servir après eux. La brutalité, nous disent les psychologues, est souvent l'expression d'une sexualité refoulée.


La tendresse, elle, est l'expression d'une sexualité intégrée. Celle-ci se coule dans tout ce que nous faisons dans la vie, dans chaque contact, dans chaque travail, dans toute relations aux êtres et aux choses. Nous traitons avec délicatesse la tasse, l'assiette que nous posons sur la table ; nous prenons en main nos outils avec douceur.


Saint Benoît attend de l'intendant du couvent qu'il traite tous les ustensiles ménagers de la même manière que les vases sacrés. En toute chose, c'est en dernier ressort le Créateur que nous touchons.


Je te souhaite, ami lecteur, de faire cette expérience : rencontrer des anges de tendresse qui créent autour de toi un climat où tu puisses t'épanouir, être pleinement sur que tu es, t'abandonner, te sentir bien, tout simplement.



Et je souhaite qu'il te soit donné d'être toi-même pour les autres un tel ange. Pour le pouvoir, il te faut d'abord aller à l'école de l'ange de la tendresse, pour y apprendre à user de délicatesse envers tout ce qui vient à toi et que tu touches, et à créer ainsi autour de toi un espace où les autres se sentent bien, en sécurité.


L'ange de la liberté

La liberté, nous y aspirons tous avec ardeur. Nous souffrons en effet quand nous ne nous sentons pas libres. Quand nous sommes déterminés par autrui, qu’en leur présence nous ne pouvons pas faire autrement que de correspondre à leurs attentes, alors nous en sommes irrités. Cela va contre notre dignité. Lorsque nous sommes dominés par nos émotions ou nos habitudes, nous nous sentons mal aussi. Nous avons aujourd’hui, certes, une liberté extérieure, politique ; mais dans le rapport aux autres, bien des gens ne se sentent pas libres, ils se sentent liés par des contraintes extérieures résultant de leur situation, déterminés par les attentes de leur entourage et de la société. Ils n’osent pas s’en libérer et nager à contre-courant, dire librement ce qu’ils pensent. Ils se demandent ce que les autres attendent d’eux, ce qu’ils penseraient si… Ils ne sont pas eux-mêmes, et s’efforcent d’être tels que les autres voudraient qu’ils soient. Mais dans ces conditions je ne pourrai jamais devenir un être authentiquement humain, jamais je ne découvrirai qui je suis en réalité.
Dans leur communauté, les anciens Germains jouissaient de la liberté, de la plénitude des droits, de l’acceptation et de la protection par le groupe ; aucun lien de dépendance ne restreignait l’expression d’eux-mêmes. Je me sens libre quand je me sens aimé. Je ne suis pas alors obligé de me conformer aux attentes d’autrui ; j’ai le droit d’être tel que je suis. Quand je me sens aimé par un autre être, je peux auprès de lui laisser paraître ce que j’éprouve ; je n’ai pas à craindre en permanence ce qu’il va penser de moi. Je me sens accepté tel quel. Si je me sens réellement aimé dans toute ma façon d’être là, je suis libre de la contrainte de toujours devoir réussir, faire mes preuves, correspondre aux critères de la société.
Pour désigner la liberté, les Grecs usaient de trois mots différents. Eleuthéria, c’est la liberté d’aller où l’on veut, d’agir comme on veut, de faire ce que l’on sent être bon pour soi, sans se laisser restreindre par les prescriptions et les attentes des autres. Parrhésia, c’est la liberté de parole. On va peut-être trouver qu’il n’y a rien d’extraordinaire : en démocratie, on a le droit, en effet, de dire ce que l’on pense. Mais que de fois on ne s’en aligne pas moins sur les autres ! Je connais un être très doué, et qui a de bons certificats. Or il ne trouve pas de travail, parce que avant tout entretien préliminaire il se demande cent fois ce que le chef du personnel va penser de ce qu’il dira, si cet homme ne le trouvera pas névrosé au cas où il emploierait tel ou tel mot. Il n’a pas sa liberté de parole. Libres, nous commençons à l’être quand nous pouvons nous montrer tels que nous sommes, quand nous sommes capables d’exprimer notre vérité en face des autres. Le troisième mot, autarkia, désigne le fait de disposer de soi-même, de s’autodéterminer. Je peux décider moi-même de ce que je veux, de ce que je mange et en quelle quantité, ou quand je vais jeûner. Ce sentiment de liberté intérieure, d’être mon propre maître, fait essentiellement partie de la dignité de l’homme. Bien des gens aujourd’hui sont mus par des besoins maladifs ; l’ange de la liberté leur ferait du bien, en les aidant à se redresser et à disposer librement d’eux-mêmes.
Une femme s’est éprise d’un homme ; or celui-ci ne veut rien savoir d’elle. Bien qu’elle sache que cette relation n’a aucune chance, et qu’elle puisse tout juste se faire du mal à elle-même, elle ne parvient pas à se détacher de lui. Elle aurait besoin de l’ange de la liberté pour recouvrer sa dignité et le sentiment qu’elle a malgré tout une valeur en elle-même, qu’elle n’a pas besoin de courir après cet homme. D’autres se sentent à l’étroit, emprisonnés dans le mariage, la famille, la communauté, privés d’espace pour respirer. Eux aussi auraient besoin de l’ange de la liberté pour se sentir libres même dans leur enfermement. La liberté intérieure me dit que nul ne peut disposer de mon véritable Soi. Elle me fait don de l’indépendance dans l’amitié aussi. Je ne me définis pas par rapport aux autres ; je reste moi-même. Une telle liberté est nécessaire à la réussite d’une amitié, d’un mariage. Quand deux êtres sont collés l’un à l’autre, quand ils doivent s’assurer sans cesse de ce que l’autre pense, un tel confinement empêche la relation d’accéder à la maturité. Dans tout engagement, je garde un besoin de liberté ; je m’engage librement, et dans l’engagement je reste libre ; il est en moi un espace dont nul ne peut disposer. Je souhaite, ami lecteur, que l’ange de la liberté te fasse don d’une telle liberté intérieure, afin que tu puisses t’éprouver comme un être vraiment libre, et vivre debout.


L'ange du courage

Il faut (...) vraiment beaucoup de courage pour maintenir son point de vue même si les autres veulent vous isoler et vous reprochent de médire aussi, bien sûr, comme tout le monde.

Veuille l'ange du courage être à tes côtés, ami lecteur, lorsque tu dois prendre des décisions, que ce soit sur ton parcours professionnel ou dans ta vie privée. Se marier, contracter une union pour la vie avec un autre être, ce n'est en effet qu'une telle décision parmi d'autres. On reproche souvent à nos contemporains de ne pas savoir se décider, de repousser sans cesse les décisions et de préférer ne pas se lier. Toute décision nous lie, tout au moins pour le temps immédiatement à venir. Or bien des gens ont peur de s'engager. Devant les décisions importantes qui doivent être prises, nous pouvons solliciter l'aide de l'ange du courage. Nous n'avons jamais la garantie que notre décision est la bonne ; pour nous, il n'est pas de voie qui exclurait absolument l'erreur. Pourtant, à la croisée des chemins nous sommes bien obligés de nous décider. Pour pouvoir avancer, nous ne pouvons en suivre qu'un seul ; et tout chemin nous conduira, tôt ou tard, dans un défilé qu'il nous faudra bien franchir afin que notre vie se déploie à nouveau. Jésus nous engage à passer par la porte étroite et à suivre le chemin resserré (cf. Mt 7,13...). Le chemin large et spacieux, c'est celui de tout le monde. Or nous sommes appelés à trouver notre chemin strictement personnel. Il ne suffit pas de se régler sur les autres ; il faut mettre toute son attention à le trouver, ce chemin ; et puis il faut se décider, avec courage, à le suivre, même si l'on s'y sent bien seul. C'est sur lui seulement que l'on peut se développer et accéder à la vraie vie. (...).

L'ange du courage peut t'aider, ami lecteur, à assumer aujourd'hui ce qui est requis de toi. Cela peut-être une conversation devenue nécessaire pour clarifier la situation dans ta famille ou ton entreprise, (...) une visite que tu as longtemps renvoyée à plus tard et que tu ne peux plus éluder. (...). Il y a dans ta vie quotidienne tellement de situations ou l'ange du courage devrait t'assister, afin que tu fasses la bonne démarche au bon moment.

Anselm Grün, Petit traité de spiritualité au quotidien, Les Anges de la Vie, Albin Michel, 1998.

Petit traité de spiritualité au quotidien


Georges Charpak s'est investi pour un enseignement ludique des sciences.

Georges Charpak s'est investi pour un enseignement ludique des sciences.

En décrivant l'invention qui lui valut le prix Nobel de physique, bricolée "à l'économie" selon lui, Georges Charpak lâchait en riant : "Le scotch a joué un rôle capital dans la physique des hautes énergies".

Reconnu comme un brillant physicien par ses pairs, Charpak était aussi un scientifique doué pour transmettre sa passion, avec humour de préférence.







DU CERN À "LA MAIN À LA PÂTE"

Quatre ans après avoir reçu son prix Nobel, le physicien lance avec le physicien Yves Quéré et l'astrophysicien Pierre Léna "La main à la pâte", un programme éducatif déployé dans les écoles maternelles et primaires pour initier les jeunes enfants aux sciences, en privilégiant l'expérimentation et l'exploration des phénomènes qui nous entourent.
C'est avec son patron du CERN, Léon Lederman, qu'il découvre le programme "Hands On" dans le ghetto de Chicago. Le physicien est impressionné par l'enthousiasme des jeunes élèves. "C'était une école relativement typique, avec 99 % de Noirs, dont la plupart étaient en dessous du niveau de pauvreté. Il régnait pourtant une très grande gaieté dans cette école : les enfants apprenaient avec joie",raconte-t-il dans un entretien en 1995. De retour en France, le prix Nobel fait la tournée des ministères pour mettre en place un dispositif similaireL'initiative est un succès : dix ans plus tard, l'expérience est étendue aux collèges.

"NOUS MILITONS POUR LE DOUTE, LE SCEPTICISME, LA CURIOSITÉ ET LA SCIENCE"
Le physicien n'a pas sa langue dans sa poche et critique vertement les "pseudo-sciences". En 2004, il publie Devenez sorciers, devenez savants (Odile Jacob). Il explique alors : "Nous espérons seulement, en proposant quelques expériences de sorcellerie banales, montrer comment un certain nombre de sorciers modernes abusent le pauvre monde !". 
Georges Charpak défend les fondamentaux de la démarche scientifique, qu'il veut accessible à tous, mais rigoureuse : "Nous militons (...) pour le doute, le scepticisme, la curiosité et la science", explique-t-il, critiquant notamment les argumentaires développés par certains antinucléaires. Le livre, riche d'explications simples et ludiques, remporte un franc succès. Il sera suivi en 2005 de Soyez savants, devenez prophètes, deuxième volet d'un véritable plaidoyer pour la connaissance.


Marion Solletty




LEMONDE.FR | 30.09.10 | 12h27  •  Mis à jour le 01.10.10 | 07h40


AFP/GERARD JULIEN

Georges Charpak militait "pour la curiosité et la science"




"La vie adulte apporte naturellement sa part d'ouverture et de tâches spirituelles.
Nous devenons plus responsable et plus attentionné envers notre famille, notre collectivité, le monde où nous vivons.
Nous découvrons la nécessité d'être lucide et nous ressentons un désir profond d'accomplir ce pour quoi nous nous sentons appelés.
Avec la maturité, nous devenons spontanément plus contemplatif.
Nous nous sentons poussé intérieurement à rechercher des périodes de réflexion, à prendre du recul, à rester au diapason de notre cœur."

(Jack Kornfield)


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La vie adulte


Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie...
Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !"
Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.
Ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.


Arthur Rimbaud


« Génie » célèbre « la fécondité de l'esprit », le pouvoir créateur des hommes (individuel et collectif), leur capacité à être véritablement sujets, maîtres de leur vie et de leur histoire, inventeurs de leur avenir

Génie" pourrait être défini comme un hymne. "Chant de gloire, à la gloire de l'Homme enfin lui-même"

Source : Abardel

Photo : Jésus - La Passion du Christ.

Génie


"Des hommes et des dieux": portrait d'hommes de foi emportés par la violence.



Sobre, fort et épuré, le film de Xavier Beauvois "Des hommes et des dieux" s'inspire de l'assassinat des moines de Tibéhirine en 1996 en Algérie pour placer le spectateur face au dilemme moral d'hommes de foi emportés par la violence. Le film arrive mercredi sur les écrans français, belges et suisses, auréolé du Grand prix du Festival de Cannes en mai dernier.

Tourné au Maroc dans de somptueux paysages montagneux de la région de Meknès, "Des hommes et des dieux" relate le destin tragique de sept moines enlevés fin mars 1996 dans leur monastère isolé, proche de Médéa à 90 km au sud d'Alger, une région où les tueries succédaient alors aux massacres. Leurs têtes seules furent retrouvées le 30 mai au bord d'une route de montagne, après que le GIA de Djamel Zitouni avait revendiqué l'enlèvement et le septuple assassinat. Mais depuis lors, la déclassification de documents officiels a ouvert la piste d'une bavure de l'armée algérienne, révélée aux juges chargés de l'enquête par l'ancien attaché de défense français à Alger, le général François Buchwalter.

Sans entrer dans la responsabilité de ces assassinats, le film fait partager au spectateur le quotidien de ces hommes de foi et le confronte à leur choix éthique. En guise de prologue, il cite le psaume 81 de la Bible: "Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous! Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous, vous tomberez". Xavier Beauvois s'attache à dépeindre la vie rude et austère de cette petite communauté cistercienne dévouée à la population locale, dans un monastère isolé qui sert aussi de dispensaire médical. Rythmée par la prière et les tâches quotidiennes, cette existence paisible est menacée par l'irruption de la violence, avec les assassinats imputés à des groupes islamistes d'une part et les représailles de l'armée de l'autre. Lorsque le supérieur, Christian (Lambert Wilson), refuse la protection de l'armée malgré l'imminence du danger, le doute et la peur assaillent les moines. Faut-il partir, abandonner le village à son sort ou résister à la terreur ? Si le plus âgé, Amédée (Jacques Herlin), doute, Christophe (Olivier Rabourdin) sent sa foi ébranlée, et Paul (Jean-Marie Frin) s'aperçoit que sa vie est en Algérie. Le médecin, Luc, remarquablement incarné par Michael Lonsdale, médite une pensée de Pascal: "Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse".

Pour se préparer au tournage, tous les comédiens se sont pliés à une courte retraite dans un monastère savoyard. A l'arrivée, le récit qu'ils mettent en images bouleverse le spectateur, lui faisant revivre avec intensité le choix moral de ces hommes et leur sacrifice, motivé par l'amour de Dieu autant que de leurs frères musulmans. "Ces hommes étaient des aventuriers, des artistes de l'amour, des gens qui vont jusqu'au bout des choses, de leur pensée, avec une foi, une rigueur", indiquait à Cannes Xavier Beauvois à l'AFP. "Christian disait: +Ensemble, nous sommes comme des fleurs des champs, ni très beaux ni très originaux. Mais tous ensemble, on forme un bouquet magnifique", ajoutait le cinéaste, déjà Prix du jury en 1995 pour "N'oublie pas que tu vas mourir". "Si la société avait ne serait-ce que 5% de gens comme eux, cela irait mieux", ajoutait-il.
AFP | 04.09.10 | 07h37



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