Le coeur s'assoupit dans le lit du silence, où rien tout autour ne vient.
Apaisé et libre, l'esprit se hisse à la hauteur des courants aériens.
Quand les vents ouvrent pour chacun les portes de son monde originel,
Dans les Cieux lointains, le sommeil se joint au souffle de L'Eternel.
Dévoilé, le fond de l'âme répand dans les pensées endormies
ses appétits inassouvies, ses passions enfouies, ses aspirations évanouies.
Dans l'évasion de la conscience se profile la vision : la réalité sera beauté !
De cette Loi, la vie invente ses propres chemins, rêve sa propre destinée.
Alors en arc-en-ciel, d'une nuance à l'autre, les couleurs de la vie se déploient
Sous ce Soleil, la lumière des songes, où toujours les Anges prêtent leur voix.
Le Songe
Dans l'Espace nu et triste, nos vies et les astres sont errants.
Où nous emporte son impérieuse Voie Lactée ?
Dans une ronde vaine ou une évidente destinée ?
Après quoi, dans son sillage, nous fait-elle courir ?
Après l'Eclat, sa lutte triomphale contre le Néant ?
Après l'Amour, son tourbillon terrible et troublant ?
Ténèbres ou Lumière, il y a l'infini à parcourir.
Plus de règne pour le Hasard, l'esprit a tout à écrire.
L' âme jetée dans l'inconnu, avance vers l'inévitable
et qu'importe la pesanteur trompeuse, le coeur insondable
s'évertue à saisir la Beauté, attirante et redoutable.
L'Inconnu

Ecouter son coeur
Les battements de la vie
Le rythme de l'harmonie
Ecouter son coeur
De l'existence, l'âme s'abreuve
La poitrine fidèle à l'oeuvre
Ecouter son coeur
Dans les soupirs réprimés
Les rêves cachés
Ecouter son coeur
Ne plus entendre la peur
S'éveiller de sa torpeur
Ecouter son coeur
La respiration haletante
Les passions vivantes
Ecouter son coeur
Choisir le plaisir et l'ardeur
Vibrer d'extase et de fureur.
Ecouter son coeur
Le pouls qui s'agite
L'amour qui palpite
Ecouter son coeur
Le souffle léger
La liberté de s'élever
Ecouter son coeur
Nos ondulations synchrones
Où, coeur à coeur, la plénitude tonne.
Ecouter son coeur
La main sur le sein
La paix entre nos liens.
Ecouter son coeur
A ma Belle
Dans la noire immensité, aux confins du cosmos
aucun rêve n'est interdit, tant que brille,
ô toi, Vie ! Les Anges se recueillent, fidèles à toi,
auprès de la chaleur éclatante de ton Idéal
L'astre dans notre ciel se fait ton messager
Ses rayons pénètrent notre être, inspirent nos âmes.
Aube ou crépuscule, s'étend la splendeur omniprésente :
Beauté, Vérité, Divinité se veulent absolues.
Leurs Forces infinies, puissances éternelles
se donnent à nos coeurs et nos regards.
Le temps se remplit ainsi de notre amour et de nos joies.
Nos vies, riches et pleines, t'offrent la grandeur,
Car toute flamme en nous ajoute à ta Toute-Puissance.
Chaque crépuscule imagine pour nous le renouveau
Chaque aube nous appelle à Toi et l'Eternité.
Les Anges se recueillent

Peut-on comprendre, peut-on donner avant d'espérer recevoir
peut-on cerner dans un autre regard ce qui vibre au fond de son âme
peut-on rester assis là à écouter, le coeur tendu, l'âme sans attente
peut-on étreindre au-delà des gestes, peut-on dire au-delà des sons
peut-on faire jaillir la lumière par sa seule présence...
un infini respect...
peut-on aimer profondément sans en prononcer les mots
peut-on enlacer l’autre sans l'écrire,
peut-on le caresser par son seul souffle
peut-on l’accueillir sans le juger,
peut-on être là pour lui et rien qu'en étant là
être encore plus que soi, être encore plus que pour soi, peut-on ?
Peut-on se sentir, accepter d’être compris,
peut-on se croire beau et unique par un seul don reçu de l'autre,
peut-on voir que dans ses yeux
sa propre vie continue de s’écrire... dans sa véracité...
peut-on se raconter assis là
l'âme sans peine, le coeur pudique,
peut-on se sentir enveloppé au-delà de son corps
peut-on entendre au-delà des mots,
peut-on se sentir baigné de lumière par le seul signe de son être,
peut-on se sentir aimé sans en entendre les paroles
peut-on se sentir entouré par un seul mot qui résonne encore et encore
flottant en soi au gré des heures qui passent,
peut-on savoir que l'autre est là
et rien qu'en étant là, il retrace ses propres contours,
que rien qu’en étant là, il vous rend à vous-même, peut-on ?
Coeurs battants, haletants, tremblants ou hésitants...
que rien n'étouffe ni n'essouffle
la vie s'engouffre dans des parcelles de nous
la justesse s’écoule à travers nous, nous frappe de son évidence
la vérité s’infiltre dans nos veines, nous sacre de sa brillance
de ces coeurs-là se révèlent des âmes magistrales...
Une pure sérénité...
Peut-on vivre cela...dans le monde réel...
le peut-on ?
Source :
Infiniment, merci à toi Sam.
Peut-on ?
Que signifie l’affirmation de Dostoïevski, dans Les Frères Karamazov, selon laquelle « la beauté sauvera le monde » ? De quelle beauté s’agit-il et de quel monde ? En ces temps de misère présente, de violences aveugles, de catastrophes naturelles, parler de la beauté paraît incongru voire provocateur. Pourtant à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Une tâche urgente et permanente est de dévisager ces mystères qui constituent les deux extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal, et de l’autre, la beauté... Ce qui est en jeu c’est l’avenir de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de la liberté humaine.
(François Cheng)
Tout jeune enfant, François Cheng a été fasciné par la splendeur du Mont Lu (« vraie beauté » en chinois) aux cimes dissimulées par des voiles de brume, un des plus beaux endroits de Chine.
Ce sentiment que la beauté existe lui sera ensuite confirmé par la beauté du corps humain et plus précisément celle du corps féminin :
« La vue des épaules nues, des jambes nues, dans la lumière de l'été, quel choc ! »
Poète et peintre lui-même, Cheng approfondira ses visions esthétiques par l'étude de la calligraphie chinoise qui « recrée merveilleusement la nature du mont Lu » et par la découverte de la peinture occidentale (Botticelli, Le Titien, Ingres...) qui « représente si charnellement et si idéalement le corps nu des femmes ».
Dans ses "méditations" (nées de conférences prononcées en public, - car «il lui fallait des visages» -, puis retravaillées par l'écriture), Cheng s'interroge d'abord si, selon la tradition platonicienne, c'est au vrai, à la Vérité qu'il faut réserver la première place, au lieu de mettre comme lui en avant le bien ou la Bonté.
Il justifie ainsi sa position : on pourrait imaginer un univers fonctionnel qui ne serait que vrai, sans l'idée de beauté; ce serait-là «un ordre de robots», tel un centre de concentration, et non un ordre de vie.
Pour qu'il y ait vie, il faut un différenciation des éléments et la singularité de chaque être. L'unicité des êtres, «un don inouï qui transforme chaque être en présence et tend vers la plénitude de son éclat», ouvre l'accès à la Beauté.
Pour Cheng, la beauté est l'expression de la bonté. Pour percevoir la beauté, pour «sentir le souffle du monde», il faut «faire le vide en soi, ne penser à rien, ne pas être endormi, mais accueillir les choses et les êtres tels qu'ils surviennent».
Il faut également se méfier des «fausses beautés» (publicité, propagande, illusion); la vraie beauté est désintéressée et fondée sur la bonté. Le «beau geste» est une grâce, un don du principe de vie, le désir et l'élan vers l'autre. Si tout visage de haine est laid («laideur d'âme - beauté du diable»), tout visage en sa bonté est beau.
«La bonté porte garant de la qualité de la beauté;
la bonté irradie la beauté et la rend désirable»
En se référant à Bergson, Cheng inscrit la beauté dans la durée : nous subissons la tyrannie du temps qui s'écoule, mais par la conscience, la mémoire, les imaginaires, nous vivons dans la durée et par là nous sommes déjà dans l'éternité.
Il cite le «Cantique de la rose» de Claudel : la rose est un être périssable, mais son parfum est éternel; c'est «la transmutation de la rose en onde, dans la sphère infini».
Une expérience de beauté en un instant donné rappelle d'autres expériences de beauté précédemment vécues et en appelle d'autres à venir.
Ces expériences nous ouvrent l'accès à un paradis perdu et on prend conscience que la beauté peut être un don durable.
Dans la troisième méditation, Chang se penche sur la beauté énigmatique de Mona Lisa qui recueille l'admiration universelle.
Il aimerait entendre sa voix, partie intégrante de la beauté d'une femme, car «par la voix, la femme exprime ses sensations, mais aussi ses nostalgies, ses rêves, et cette part indicible qui cherche néanmoins à se dire; le désir de dire se confond avec le désir de beauté»
Il admire son visage transfiguré par la grâce et il est frappé par le mystère de son regard : «les yeux sont la fenêtre de l'âme. La beauté du regard vient d'une lumière qui sourd de la profondeur de l'être».
«La Joconde regarde quelque chose en vous, mais qui est derrière vous. Elle regarde l'enfant que vous avez été, comme une mère regarde son enfant» (Bruno Mathon, critique d'art)
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| Cate Blanchett |
La beauté est-elle objective ou faut-il qu'un regard la capte pour qu'elle existe ? Pour Cheng, tant qu'elle n'est pas vue, elle est «en pure perte» :
«La beauté du monde est un appel et l'homme, être de langage, y répond de toute son âme. Tout se passe comme si l'univers, se pensant, attendait l'homme pour être dit. C'est donc lorsqu'elle est captée par le regard que la beauté prend tout son sens»
L'écrivain, dans son enthousiasme, va même plus loin en estimant que l'Univers, qui a été capable d'engendrer des êtres doués de regard, a dû lui-même posséder un regard : si l'Univers s'est crée, il a dû «se voir» créer et a fini par «se dire » : «c'est beau», sinon l'homme ne pourrait le dire...
Ainsi que l'a chanté le poète John Keats : «La beauté est cause de joie pour toujours». Dans ses riches méditations, François Cheng essaie de trouver des réponses, en reliant subtilement l'Orient et l'Occident, la peinture et la poésie, aux grands problèmes philosophiques et métaphysiques de l'homme : le temps et la durée, la beauté et la bonté, le sens de la vie, la sagesse et le mal.
Ses réflexions nous poussent vers une conscience plus réelle de notre existence, plus nécessaire que jamais :
«Ce qui est en jeu n'est rien moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté»
D.G. (e-Littérature)



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