La gratitude, clef de la philocalie (Amour de ce qui est beau).
Qu’est-ce qui peut nous rendre « sensible ›› à la beauté, à la grâce, à la Présence qui se donne à travers toute vérité, toute vie, toute bonté ?
la gratitude… la louange…

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La gratitude rend la grâce possible,

elle est notre ouverture à l’Ouvert 
on pourrait dire ainsi qu’elle précède la grâce, dire merci avant de recevoir est l’un des secrets du Bienheureux dès qu’on a dit merci, tout ce qui nous arrive est merci, miséricorde, grâce et don.


Celui qui ne dit jamais merci, ne reçoit jamais rien, car ce merci est l’acte même de la réception, la possibilité d’une réceptivité, d’un accueil, l’ouverture par laquelle le ciel enveloppe la terre, l’ouverture par laquelle les dieux peuvent entrer.

Celui qui ne dit jamais merci, garde fermées les portes de la perception, comme celles de l’affectivité et de la connaissance.

L’enfer dans lequel nous nous enfermons consciemment est celui de notre ingratitude. Être incapable de gratitude ou de louange c’est perdre toute joie d’être et de vivre. Nous mourons de ne pas savoir dire merci, dire merci à notre épreuve, c’est en faire une occasion de croissance, de dépassement ; dire merci à notre mort, c’est en faire une délivrance ou un passage vers une vie plus vaste.
La gratitude met le cœur et le souffle « au large ›› (sens du mot salut iescha en hébreu), elle est la clef qui nous ouvre à la beauté de toutes réalités visibles et invisibles, c’est elle qui nous permet « d’entrer ›› en philocalie.

Jean Yves Leloup.

La gratitude





Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?
Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.
Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.
La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.
Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme, tous appartiennent à la même famille.
Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.



Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.


Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle.


La bête, l’arbre, l’homme. Ils partagent tous le même souffle.
L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.


Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre.
J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.
Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?. Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.
Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.
Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.
Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.



Même l’homme blanc, dont le dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour, c’est que notre dieu est le même dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.
Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes, et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent.
Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.
La fin de la vie, le début de la survivance.
Chef Seattle, 1854



Discours prononcé en 1854 par Seattle (v. 1786-1866), chef des tribus Duwamish et Suquamish, devant le gouverneur Isaac Stevens
Il s’agit de la traduction française de la version anachronique de Ted Perry. Pour plus d’information concernant les désaccords sur l’attribution du discours, voir Wikipédia.

Discours du Chef Seattle


La sagesse des arbres me dit à l'oreille :

" Prends du temps pour t'arrêter, te refaire , réfléchir.
Ouvre bien tes yeux et nettoie ton regard.
Descends jusqu'à tes racines, vérifie leur état de santé.
Alors tu trouveras à l'intérieur de toi
assez de force et d'énergie
pour inventer, recommencer à faire
des feuilles au printemps et des fruits à l'automne.
Il te faut consentir à perdre
les feuilles mortes du passé et le bois desséché
pour ne pas alourdir ta marche et te renouveler. "



La sagesse des arbres me dit encore:

" Il n'est pas facile de persévérer à longueur d'années,
malgré la fatigue, les obstacles, les hivers, le grand âge...
Mais je ne vois pas d'autre chemin
pour tenir en équilibre et vivre debout.
Ensemble comme tu vois, on a plus de chance d'y parvenir."

"Et puis tu sais, il y a tant de bonheur, au printemps,
à vivre en symphonie de couleurs et de formes,
à écouter cet hymne de la vie qui sort de tous les pores,
à contempler ce nouvel essor au bout des crises et du désert,
ces envols de liberté et cette foi enracinée sur le roc..."
Sagesse silencieuse comme la lumière,
qui circule avec la sève
en chaque arbre de la forêt...


Sagesse qui voudrait circuler avec le sang
en chaque être humain, sur cette terre.

Amédée BESSET
"Paysages intérieurs"

Paroles de la Forêt



On oppose souvent au saint, le héros et le sage. Le saint peut être l’un et l’autre, bien que cela n’arrive pas toujours : ou du moins est-ce un héros qui se dissimule souvent sous les apparences de la soumission, un sage qui se dissimule souvent sous les apparences de la folie. Il semble que le héros et le sage n’aient affaire qu’à la nature et que la volonté ou la raison aient le pouvoir de la vaincre ou de la régler.


Angela Davis
À l’héroïsme et à la sagesse suffisent des ressources purement humaines et de l’un comme de l’autre il faut dire qu’ils sont bien éloignés de la sainteté. Ils ne proviennent pas de la même source ; ils ne tendent pas vers la même fin. Le héros ne cède pas à la nature : il met sa volonté au-dessus ; dès qu’un conflit se produit, il faut que ce soit sa volonté qui l’emporte, dût-il lui-même succomber. Au contraire le sage cherche un accord avec la nature, il la rend docile à ses fins : il réalise entre la nature et le vouloir une sorte d’équilibre qui assure sa tranquillité intérieure et lui permet de garder à l’esprit son libre jeu. Le héros résiste à l’ordre des événements, même s’il est brisé. Le sage accepte cet ordre en s’y accommodant, mais il lui donne une signification spirituelle.


Martin Luther King
L’un et l’autre n’ont de regard que pour la valeur : mais le premier est toujours prêt à forcer le cours des événements, afin de la faire éclater, et le second à y adhérer, afin de l’obliger à en témoigner. L’un ne voit que des conflits et quelquefois les suscite : l’autre les apaise et cherche une harmonie qu’il n’atteint quelquefois qu’en les évitant.
Il faudrait que le héros n’engageât le combat que lorsque la sagesse même cesse de lui suffire et que ce fût elle encore qui le lui conseillât. Il faudrait que le sage ne refusât jamais l’héroïsme lorsque sa sagesse ne peut être maintenue qu’à ce prix.


T.E. Lawrence
Mais le héros et le sage sont des hommes dont nous savons bien qu’ils ne comptent que sur eux-mêmes pour agir : aussi risquent-ils toujours de tomber. C’est une chose qui nous rend perplexe que de voir que l’on peut être le héros d’une mauvaise cause et que le sage sacrifie parfois le parti le meilleur à l’idée d’un risque qu’il devrait courir. L’héroïsme est toujours éclatant et c’est pour cela qu’il y a un faux héroïsme ; et pourtant il arrive qu’il soit invisible et inaperçu de celui-là même qui l’assume. La sagesse n’est souvent qu’une paix apparente dont on peut dire qu’elle est une fausse sagesse si elle n’est pas la marque de la paix du cœur.



Vo Nguyen Giap
Il semble enfin que l’héroïsme soit un acte et la sagesse un état. Aussi l’héroïsme nous semble toujours se produire dans l’instant, comme s’il était porté par l’événement. Presque toujours il connaît ensuite une chute de tension. Peu de héros sont capables de rester au niveau de l’acte qu’ils ont accompli un jour. On ne le leur demande pas. Un héroïsme continu, dans une vie qui nous oblige sans cesse à le faire renaître et à le soutenir, est au-delà de l’héroïsme. Nous dirons au contraire de la sagesse qu’elle appartient à la durée et non pas à l’instant. L’important est qu’elle ne se laisse pas ébranler. On peut accomplir certains actes avec sagesse : mais la sagesse s’inscrit peu à peu dans notre nature. Elle est acquise, et c’est dans les dernières années de la vie qu’elle porte tous ses fruits.


Thich Nhat Hanh
Quant à la sainteté, on dira qu’elle est indiscernablement un acte et un état ; elle est un état qui non seulement s’exprime par des actes, mais est lui-même un acte toujours présent qui est capable de fléchir, mais qui ne cesse de ressusciter. Aussi faut-il dire que, tandis que l’héroïsme appartient à l’instant, et la sagesse à la durée, la sainteté appartient à l’éternité ; mais elle est l’éternité descendue dans le temps. Et c’est pour cela qu’elle s’exerce toujours dans l’instant, où elle est toujours disponible, prête à se donner et à agir, bien qu’elle remplisse de son unité indivisée toute l’existence et qu’elle ne puisse être réduite ni à l’instant, ni à la somme de tous les instants. Dans l’instant, elle nous ouvre une trouée sur l’éternité, mais c’est une éternité qui ne défaille jamais, qu’on retrouve à travers toute la durée et qui en fait la continuité.

Louis Lavelle.




Louis Lavelle (1883-1951) est professeur agrégé de philosophie. Il enseigne à la Sorbonne.

Il tient la chronique de philosophie du journal « Le Temps », ancêtre lointain du journal le « Monde ».
Il est élu à la chaire de philosophie du collège de France.
Métaphysicien reconnu, pour lui l’intériorité de l’être est un acte toujours en exercice.
Avant Sartre, Lavelle énonce la priorité de l’existence sur l’essence.
Le passage proposé est extrait du livre intitulé « Quatre Saints » (1951).

Source : GARRIGUES ET SENTIERS

Le Saint, le Héros et le Sage



La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la poésie et la beauté à tous les êtres, à toutes les plantes, qu'on laisse s'y développer à souhait. Elle possède le secret du bonheur, et nul n'a su le lui ravir. Le plus heureux des hommes serait celui qui, possédant la science de son labeur, et travaillant de ses mains, puisant le bien-être et la liberté dans l'exercice de sa force intelligente, aurait le temps de vivre par le cœur et par le cerveau, de comprendre son œuvre et d'aimer celle de Dieu.


L'artiste a des jouissances de ce genre, dans la contemplation et la reproduction des beautés de la nature ; mais, en voyant la douleur des hommes qui peuplent ce paradis de la terre, l'artiste au cœur droit et humain est troublé au milieu de sa jouissance. Le bonheur serait là où l'esprit, le cœur et les bras, travaillant de concert sous l'œil de la Providence, une sainte harmonie existerait entre la munificence de Dieu et les ravissements de l'âme humaine.

C'est alors qu'au lieu de la piteuse et affreuse mort, marchant dans son sillon, le fouet à la main, le peintre d'allégories pourrait placer à ses côtés un ange radieux, semant à pleines mains le blé béni sur le sillon fumant.

Et le rêve d'une existence douce, libre, poétique, laborieuse et simple pour l'homme des champs, n'est pas si difficile à concevoir qu'on doive le reléguer parmi les chimères. Le mot triste et doux de Virgile: "O heureux l'homme des champs, s'il connaissait son bonheur !" est un regret; mais, comme tous les regrets, c'est aussi une prédiction. 


Un jour viendra où le laboureur pourra être aussi un artiste, sinon pour exprimer (ce qui importera assez peu alors), du moins pour sentir le beau. Croit-on que cette mystérieuse intuition de la poésie ne soit pas en lui déjà à l'état d'instinct et de vague rêverie ? Chez ceux qu'un peu d'aisance protège dès aujourd'hui, et chez qui l'excès du malheur n'étouffe pas tout développement moral et intellectuel, le bonheur pur, senti et apprécié, est à l'état élémentaire ; et, d'ailleurs, si du sein de la douleur et de la fatigue, des voix de poètes se sont déjà élevées, pourquoi dirait-on que le travail des bras est exclusif des fonctions de l'âme ? Sans doute cette exclusion est le résultat général d'un travail excessif et d'une misère profonde; mais qu'on ne dise pas que quand l'homme travaillera modérément et utilement il n'y aura plus que de mauvais ouvriers et de mauvais poètes. Celui qui puise de nobles jouissances dans le sentiment de la poésie est un vrai poète, n'eût-il pas fait un vers dans toute sa vie.



George Sand

 La mare au diable
 1889. Chapitre II : Le labour.
 Texte intégral sur Gallica

Le labour



LÀ OÙ LE PREMIER REGARD de nos yeux ne saisissait que distribution incohérente des altitudes, des terres et des eaux, nous sommes arrivés à nouer un solide réseau de relations vraies. Nous avons animé la terre en lui communiquant quelque chose de notre unité.

Or, voici que, par un fécond rejaillissement, cette vie, que notre intelligence a infusée à la plus grande masse matérielle qu’il nous soit donné de toucher, tend à remonter en nous sous une forme nouvelle .





Après avoir donné, dans notre vision, à la terre de fer et de pierre sa " personnalité ", il nous arrive de sentir un désir contagieux de construire nous-mêmes, à [133] notre tour, avec la somme de nos âmes, un édifice spirituel aussi vaste que celui que nous contemplons, sorti du travail des causes géogéniques. Tout autour de la sphère rocheuse s’étend une véritable couche de matière animée, la couche des vivants et des humains, la biosphère. 

La grande valeur éducative de la géologie, c’est qu’en nous découvrant une terre vraiment une, une terre qui ne fait qu’un seul corps puisqu’elle a un visage, elle nous rappelle les possibilités d’organisation toujours plus haute déposées dans la zone de pensée qui enveloppe le monde. 

En vérité, il n’est pas possible de fixer habituellement les yeux sur les grands horizons découverts par la science, sans que sourde un désir obscur de voir se lier entre les hommes une connaissance et une sympathie croissantes, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus, enfin, sous l’effet de quelque attraction divine, qu’un cœur et qu’une âme sur la face de la terre.







Pierre Teilhard de Chardin, Hymne de l’Univers

Un coeur et une âme sur la face de la terre.



Un enfant naît avec sept dons naturels.

Le premier est l’innocence, le second est l’ouverture d’esprit, le troisième est l’imagination, le quatrième est la confiance, le cinquième est une passion pour la vie, le sixième est la compassion pour la vie, le septième est le courage.

Voilà les dons que le monde tente de dérober à chaque enfant, en les remplaçant par sept traits inférieurs comme la culpabilité, l’étroitesse d’esprit, le conformisme, le doute, l’apathie, l’insensibilité et la peur.



Comme Gédéon, j’ai découvert la face sombre de l’humanité quand j’étais encore enfant, lorsque j’ai vu assommer un bébé phoque pour la première fois. Mais j’ai aussi eu la joie de voir les baleines et de nager au milieu des castors, des dauphins, des phoques et des poissons.

Mon enfance m’a donné pour toute ma vie l’amour des autres créatures et de la nature, et pour toute ma vie aussi la passion de défendre et protéger. Elle m’a aussi fait entrevoir les choses auxquelles je ne voulais pas prendre part. Lorsque j’étais enfant, je me disais que je ferais cesser le massacre des phoques et que je protègerais les animaux sauvages.



Mes expériences enfantines ont modelé mon évolution en tant qu’adulte, et je n’ai jamais perdu cette innocence, j’ai gardé un esprit ouvert, nourri mon imagination et conservé ma confiance, ma passion et ma compassion, et renforcé mon courage.

Les livres que j’ai lus, les oiseaux dont le chant m’a émerveillé, les animaux que j’ai vus, les grands professeurs que j’ai écoutés et l’amour qui emplissait constamment mon cœur m’ont gardé sur la voie de la compassion.





Chaque enfant a le potentiel pour la grandeur, et cette grandeur peut être nourrie simplement en ne renonçant pas aux sept vertus positives pour les remplacer par les sept traits négatifs.

Les rêves d’un enfant peuvent se réaliser s’il ne perd pas les sept dons naturels qu’il reçoit à la naissance. Le secret est simple. Suivez votre cœur, et souvenez-vous que votre cœur n’a jamais tort.



Capitaine Paul Watson

Ce texte est la préface de notre livre "Gédéon et la plage rouge", un livre pour enfants sur les massacres de globicéphales aux iles Féroé

Sea Shepherd France

Photo : Genetikmonoeil Bpbo

Un enfant naît avec sept dons naturels


Je veux écrire pour la beauté du regard, pour la pureté du langage. Je veux écrire pour essayer de rejoindre le vieil horizon, si net, pareil à un fil, et le ciel clair au-dessus de la mer. Je veux écrire pour être près des nuages blancs dans le ciel sombre, près de la lumière serrée du soleil, près des cimes des montagnes, là où seuls vont les éperviers. Je veux essayer d’être immédiatement là où mon regard se termine, là où il s’agrandit et reçoit sa joie. 


Je veux écrire pour être du côté des animaux, des enfants, du côté de ceux qui voient le monde tel qu’il est, qui connaissent toute sa beauté. Pour essayer de trouver une parcelle de cette vertu qui ne m’a pas été donnée à la naissance, mais qu’un visage de femme, ou d’enfant, au hasard de la foule un jour m’a montrée, comme le reflet d’une lueur étrangère aussi belle que le jour. Je veux écrire pour que cette clarté dure encore quelques instants, pour que le monde réel, vivace, reste encore quelques secondes dans la musique des mots. (…)



Je veux écrire pour une autre parole, qui ne maudisse pas, qui n’exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie. Quand le monde, à l’aube, est tendu, transparent et pur comme une gemme, air clair, mer bleue, rochers étincelants, ciel immense, horizon où les vagues sont visibles ; quand le monde, à midi, est parcouru de terrible victorieuse lumière, et que les arbres sont incendiés, et que l’asphalte mou reçoit les marques de pneu des voitures ; quand le monde glisse dans le crépuscule du soir lentement, s’apaise parmi ombres et fumées ; quand le monde est dans la nuit noire, froide et dense, et que rutilent les milliers d’étoiles, quelquefois, une seule lune… Comment alors peut-on désirer autre chose, comment peut-on dire autre chose ? Pourquoi l’homme a-t-il trahi le monde ?
a
a
J.M.G Le Clézio, in "Inconnu sur la terre"

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A tous, merci pour votre passage.  Merci pour la curiosité et l'ouverture, qui ouvrent de nouveaux horizons. Merci pour l'attention et la fidélité, qui fortifient le gôut des choses et le lien aux autres. Merci pour votre rayonnement, dans ce grand cercle de la pensée et de l'imagination, où se propagent la lumière du savoir et toutes ses réjouissances futures, toutes offertes et toutes neuves.

Le plaisir et la joie de découvrir chaque jour, que partout dans le monde, les connexions d'idées et de sens se font, me donnent un fort sentiment de gratitude. On voit autour de soi une quête incessante et omniprésente, l'éveil humain et universel. Ceux qui cherchent, s'interrogent et s'imprègnent de la beauté des choses existent partout. L'étincelle des explorateurs de l'esprit vivant luit partout. 

Ce poème est pour vous, vous qui nourrissez cette étincelle, vous qui partagez peut-être aussi l'élan et le désir qui m'ont poussée à partager tout et rien, là et partout, le coeur et l'âme portés et guidés par l'amour et la foi sans borne et sans fin, un culte pur et simple pour toutes les merveilles, grandes et petites, parsemées ici et ailleurs, sur Terre et dans notre Univers. 



De tout coeur, je vous remercie,
vous les doux rêveurs, les coureurs d'utopie,
capteurs d'impossibles et d'idéals.

Vous les chasseurs de lunes et d'étoiles,
visant l'inconnu pour toucher l'infini.

Vous, les jardiniers d'oasis, artistes de la terre
semeurs de fleurs et d'édens dans le désert.

A vous, gardiens de la beauté,
Poètes, sages, soigneurs ou guerriers, 
en vous, la tendre folie, la grâce, le sacré.

A vous les mages, maîtres d'oeuvre, initiés,
ouvriers, éclaireurs et forgeurs de la cité,
en marche pour le monde réenchanté.

Les insistants, les surprenants,
les remuants, les bouleversants,
les hors-champs, les hors-temps, 
merci pour les courants ascendants, 
les envols et les va-de-l'avant.

Les expansifs, les explosifs,
les réactifs, les vifs, les jouissifs, 
qui entraînez l'eau de jouvence, le feu du courage,
l'air de la liberté, dans tous vos sillages.

A vous, les joyeux, les amoureux de la vie,
dans vos coeurs, dans vos esprits,
rayonne encore le paradis.

A vous les frères, artisans de paix,
enfants de l'humanité et génies de l'unité
hier, aujourd'hui, demain, de toute éternité,
merci pour l'espérance, la beauté et sa clarté.





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