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L'arbre, symbole de Vie et de Connaissance
L'arbre relie trois mondes et quatre éléments : le monde souterrain par ses racines, le monde psychique par son tronc qui traverse l'air et laisse couler l'eau, le monde céleste par ses branches qui s'élèvent. Il possède stabilité et verticalité (principe masculin, Yang) et épanouissement par ses feuilles offertes au soleil (principe féminin, Yin).
Le hiéroglyphe Djed symbolise l'arbre de vie égyptien, il est aussi la colonne vertébrale d'Osiris, le ressuscité. La tradition hindoue (Rig Veda) associe l'univers à "un arbre à mille branches".
C'est sous l'ombre d'un figuier que Siddharta Gautama est devenu Bouddha, c'est sous l'ombre d'un pommier qu'enseignaient les druides. L'arbre de vie celte proliférait dans l'île d'Avallon (aval = pomme), pays de l'éternelle jeunesse.
L'arbre sephirotique dans la Kabbake
L'arbre sephirotique symbolise la structure de l'homme et celle de l'univers. Les dix sephiroths qui le dessinent sont des expériences et des champs de conscience.
Ces sephiroths sont équivalentes, aucun ne prime sur l'autre. Ils sont reliés par des forces, elles sont énergies pour l'univers créé, chemins ou épreuves pour l'homme. Parce que la connaissance est voilée, l'homme est invité à un parcours initiatique pour rejoindre le monde céleste dont il est issu. Ce parcours est notamment représenté par les douze travaux d'Héraclès chez les Grecs.
L'arbre de la Kabbale est renversé, comme le figuier de la tradition hindoue, car "ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas". (Tables d'Émeraude)
L'image de l'arbre comme médiateur réveille dans la conscience de l'homme qu'il est un pont vivant entre ciel et terre.
La symbolique des arbres
Texte de Pierre-Émile Rocray, ingénieur forestier et responsable de la Maison de l'arbre du Jardin botanique de Montréal
Communication présentée en février 1997 dans le cadre des déjeuners-causeries de la Société de l'arbre du Québec
L'Homme accorde souvent à ses rêves ainsi qu'aux phénomènes, objets ou faits qu'il observe autour de lui, ne serait-ce que par leur forme ou par leur nature, des associations d'idées spontanées ou des correspondances analogiques avec quelque chose d'abstrait ou d'absent. Ce sont ces correspondances ou ces associations qu'on appelle "symbole". Il s'agit souvent d'objets ou d'images qui évoquent parfois, dans notre imaginaire, des valeurs magiques, mystiques, divinatoires et surnaturelles. Lorsque l'analogie est naturelle avec l'objet auquel elle se rapporte, le symbole est habituellement plus facile à saisir.
L'Arbre n'a pas échappé aux règles du sens et de la signification car il renferme à lui seul des thèmes symboliques parmi les plus riches et les plus répandus. On peut distinguer chez lui plusieurs interprétations symboliques qui gravitent à peu près toutes autour de l'idée du Cosmos vivant, autour de notre planète en perpétuelle régénérescence. En effet, sa nature cyclique (p. ex. mort et régénération des organes, des individus, d'un peuplement ou d'une forêt entière; changements dans le feuillage au fil des saisons) en fait un symbole par excellence de la vie en pleine évolution. De plus, sa verticalité aérienne et souterraine ne symbolise-t-elle pas l'ascension vers le ciel et la descente aux enfers?
Notre perception visuelle ou imaginaire de l'Arbre répond peut-être à celle de son mystère en nous. Parce qu'il participe entre le visible et l'invisible, que ce soit physiquement ou par abstraction, l'Arbre impose un questionnement éternel. Sa puissance ou sa fragilité sont la nôtre. Être comme un arbre, n'est-ce pas être fort et solide comme un chêne. Juste le fait de penser que l'on puisse épouser son tronc et ses feuilles, constitue autant d'invitations à épouser notre corps, notre énergie intérieure et nos pensées.
L'Arbre représente donc notre destin soudé dans une seule vie, et pourtant divergent en mille branches. Nous ne pouvons échapper à l'Arbre pas plus qu'à nous-mêmes. Si l'Arbre est notre reflet, c'est qu'il nous ressemble dans sa diversité la plus extrême. À cet égard, la façon dont nous entretenons les arbres et les forêts ne correspond-t-elle pas à l'image que nous avons de nous-mêmes comme société? À l'image que nous offrons aussi aux étrangers qui viennent nous visiter?
Notre attachement à l'Arbre, c'est l'attachement et le désir qui nous nouent littéralement à cette planète: comme si notre destin ou notre présence sur la Terre consistait précisément à comprendre ce qu'il y a d'étrange et d'inexprimable dans nos enracinements. C'est-à-dire être capables de vibrer sous le vent, de nous courber dans la tempête et de résister sans briser, d'entendre ou sentir la vibration entre le Ciel et la Terre et de percevoir l'énergie formidable qui monte et descend entre les racines et la cime de l'Arbre.L'Arbre met en relation les trois niveaux du cosmos que sont le souterrain, la surface et le milieu atmosphérique. Ses racines fouillent effectivement les profondeurs cachées du sol dans lequel elles se développent. Près de la surface, on retrouve son tronc et ses branches maîtresses et, enfin, dans les hauteurs cosmiques ou atmosphériques se balancent ses branches et ses ramures. L'Arbre réunit donc à lui seul tous les éléments, à savoir l'eau circulant dans sa sève, la terre envahie par ses racines, l'air pénétrant par ses feuilles et le feu jaillissant de son bois. En Chine, on considère d'ailleurs le bois comme un cinquième élément en soi.
L'arbre de vie
L'Arbre est universellement considéré comme un symbole des rapports qui s'établissent entre le ciel et la terre. En ce sens, il possède un caractère central au point de faire de l'Arbre du monde un synonyme de l'Axe du monde: un ferme soutien de l'univers, un lien entre toutes les choses et un support de la terre habitée.
Ainsi en est-il en Chine de l'Arbre Kien-Mou dont les Dieux, les esprits et les âmes empruntent le chemin dressé au centre du monde, puisqu'il possède neuf branches et neuf racines avec lesquelles il touche aux neuf cieux, c'est-à-dire aux neuf sources de vie. C'est par lui que montent et descendent les souverains: ces médiateurs entre le Ciel et la Terre. L'Arbre central qui, du cosmos jusqu'à l'Homme, couvre tout le champ de la pensée par sa puissance et sa présence, c'est l'Arbre de vie puisqu'il est chargé de forces sacrées dû au fait qu'il est vertical et qu'il se régénère, meurt et renaît d'innombrables fois.
La Bible mentionne que les arbres sont créés au troisième jour, c'est-à-dire avant la vie animale qui apparaît au cinquième jour et la vie humaine, au sixième jour. Il paraît que l'Arbre de vie qui se trouvait au centre du Paradis terrestre, possédait douze fruits: un chiffre symbolique qui est signe d'un renouvellement cyclique. Cet Arbre de la Connaissance ou de la Science du Bien et du Mal, était l'instrument de la chute d'Ève et d'Adam; comme l'Arbre de vie sera plus tard celui de leur rédemption par le biais de la crucifixion de Jésus.
À propos des aïeuls du genre humain, il est intéressant de constater que c'est par l'entremise de l'Arbre qu'ils ont pris conscience de leur vulnérabilité face à Dieu, et que c'est avec les feuilles d'un arbre qu'ils cachèrent leur nudité pour la première fois. Ces organes auraient-ils donc servi de premier vêtement pour la race humaine, bien avant la fourrure et d'autres fibres végétales?
Le parallèle entre l'Arbre de vie et l'évolution biologique fait de l'Arbre un symbole de fertilité dont on peut encore observer des témoignages de nos jours. En effet, les jeunes femmes de certaines tribus iraniennes s'ornent parfois le corps d'un arbre tatoué dont les racines partent de leurs sexes et dont les frondaisons aboutissent aux seins. Une très ancienne coutume du bassin Méditerranéen et de l'Inde, fait en sorte qu'il est possible d'apercevoir, isolés dans la campagne et près d'une source, des arbres couverts d'une floraison de mouchoirs rouges, que des femmes stériles ont posé à leurs branches pour conjurer leur sort.
Mais le symbolisme de l'Arbre est ambivalent en ce qui a trait au sexe. Au plan du monde phénoménal, le tronc dressé vers le ciel, symbole de force et de puissance solaire, serait le Phallus ou l'image archétypale du père. C'est particulièrement le cas des arbres au port fastigié qu'il est inutile de nommer. De son côté, l'arbre creux ou celui au feuillage dense et enveloppant dans lequel nichent les oiseaux, et qui se couvre périodiquement de fruits, évoque l'image archétypale et lunaire de la mère fertile. D'ailleurs, dans les légendes des peuples, l'abondance des arbres-pères et des arbres-mères conduit à l'arbre ancêtre dont l'image, dépouillée peu à peu de son enveloppe mythique, représente aujourd'hui l'arbre généalogique. L'Arbre est presque toujours associé à la naissance, à la généalogie ou à des cycles antérieurs de vie des individus et des communautés. C'est peut-être ce qui explique qu'on le plante aujourd'hui pour commémorer la naissance et la mort d'un être cher.
L'Arbre de la Boddhi sous lequel, paraît-il, Bouddha atteignit l'illumination, est aussi un Arbre de vie. Une inscription sur l'un des nombreux temples d'Angkor, mentionne que ses racines sont Brahmâ, ses branches Vishnu et son tronc Shiva. Or, Brahmâ est une des principales divinités hindou. Il a été le premier dieu créé et il est le créateur de toute chose. Vishnu représente le principe même de la création du monde et Shiva, le dieu de la destruction. Nous revenons donc à la représentation de l'Arbre de vie chez l'hindou. L'association de l'Arbre de vie avec le divin se retrouve évidemment dans les traditions chrétiennes, ne serait-ce que par l'Arbre de la première ou de la nouvelle Alliance, par l'Arbre de vie de la Genèse ou par l'Arbre de la croix. Le symbole de la Croix érigée sur une montagne, au centre du monde, ramène entièrement l'image antique de l'Arbre cosmique.
En Orient comme en Occident, l'Arbre de vie est souvent renversé. Cette conception serait attribuable au rôle du soleil et de la lumière dans la croissance des êtres, puisque le haut est source de vie et le bas l'endroit où l'Homme s'efforce de la faire pénétrer. La vie vient du ciel et pénètre dans la terre. Il est à remarquer que cette conception signifie que ses racines sont le principe même de la manifestation et ses branches, la manifestation qui s'épanouit.
Le culte des arbres
L'Arbre cosmique est fréquemment représenté sous la forme d'une essence particulièrement majestueuse telle le Chêne celtique, le Tilleul germanique, le Frêne scandinave, l'Olivier de l'orient, le Mélèze et le Bouleau de l'hémisphère nord... Ce sont souvent des arbres réputés pour leur longévité, leur dimension ou leur blancheur lumineuse.
Le culte des arbres nous amène à nous interroger sur les raisons qui conduisent les peuples vers l'adoption d'une espèce particulière pour en faire un arbre emblème, comme c'est le cas avec l'Érable à sucre du Canada, le Bouleau jaune du Québec... L'Arbre ne représente-t-il pas alors plusieurs symboles aux yeux d'une collectivité? L'emblème exige toutefois un effort d'intelligence pour être bien compris ou saisi du premier regard, car il peut associer plusieurs idées différentes.
Le Chêne
Arbre sacré dans de nombreuses traditions, le Chêne est investi de privilèges accordés à la divinité suprême parce qu'il attire la foudre et symbolise la majesté. En tout temps et en tout lieu, le Chêne est synonyme de force et de solidité. C'est du moins l'impression qu'il laisse quand il atteint sa maturité. Ne soyons donc pas étonnés d'apprendre que les termes "chêne" et "force" se traduisent en latin par le même mot: robur, symbolisant autant la force morale que physique.
C'est auprès d'un Chêne qu'Abraham reçut les révélations de Yahvé. Son rôle axial en faisait un instrument de communication entre le Ciel et la Terre. D'après Pline l'Ancien, lequel s'appuie sur l'analogie du grec (drûs), le nom des druides est en relation étymologique avec le nom de Chêne, d'où la traduction hommes de Chêne.
Adoré par les Celtes, le Chêne représentait pour eux l'emblème de l'hospitalité et l'équivalent d'un temple. Ils croyaient ces arbres habités par des nymphes, d'où la création de mesures sévères pour condamner ceux qui les abattaient sans nécessité. Un abattage autorisé conduisait vers des rituels religieux pour permettre aux nymphes de se retirer de l'arbre avant sa chute, afin d'éviter leur vengeance.
L'Acacia
On dit que l'arche d'alliance était en bois d'Acacia plaqué d'or, et que la couronne d'épines du Christ provenait de ce même arbre. Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur et presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs arborant les couleurs du lait et du sang, est un symbole de renaissance et d'immortalité.
Le Peuplier
Cet arbre propre à l'hémisphère boréal tire son nom du mot latin Populus et de l'ancien français Poplier, deux termes qui signifient Peuple. La légende dit que c'est l'Arbre du peuple puisque ce serait sous des Peupliers que celui-ci prenait autrefois des décisions importantes.
L'Aubépine
On accordait à cet arbre des pouvoirs permettant de détourner la foudre, de conserver la viande, d'empêcher de faire tourner le lait et d'éloigner les serpents; d'où des plantations fréquentes d'Aubépines à proximité des granges et des étables.
Le Saule
Une croix faite avec deux rameaux de Saule, que l'on jetait dans l'eau d'une source sacrée, permettait de connaître l'imminence ou non de sa mort. Une croix flottante annonçait une mort certaine dans les mois suivants. Celle-ci était cependant éloignée si la croix coulait; plus éloignée encore si elle atteignait rapidement le fond de l'eau. Le phénomène apparaît toutefois contradictoire quant à la mort associée à la flottaison plutôt qu'à la disparition de la croix.
L'Amandier
Signe de la renaissance de la nature, cet arbre à la feuillaison printanière est aussi un symbole de fragilité car ses fleurs, ouvertes dès l'arrivée du printemps, sont sensibles au gel tardif. Chez les Grecs, l'amande pressée était comparée à la semence de Zeus, en tant que puissance créatrice. On affirme même que l'Amandier remonte directement à ce Dieu et que son fruit peut féconder une vierge indépendamment de l'union sexuelle. Selon une croyance qui tient encore en Europe, la jeune fille qui s'endort sous un Amandier en rêvant à son fiancé, peut soudainement se réveiller enceinte.
Le Bouleau
La littérature est peu bavarde sur la symbolique du Bouleau. Pourtant, les chamans de la Sibérie vantaient les vertus thérapeutiques de cet arbre des régions froides et tempérées. Ils
n'hésitaient pas à monter dans ses branches pour mieux entrer en contact avec les Dieux de l'autre monde.
On peut également s'interroger sur les raisons inconscientes qui font autant apprécier le Bouleau comme arbre d'ornement, une essence qui, pourtant, ne possède pas une grande espérance de vie et qui, mis à part sa beauté esthétique, offre plus d'inconvénients que d'avantages en ornementation. S'agit-il de sa blancheur, un symbole de pureté, ou de l'extrême finesse de sa ramure qui rend cet arbre si attirant?
Le Cyprès
Cet arbre sacré chez de nombreux peuples, grâce à sa longévité et à sa verdure persistante, est également nommé "Arbre de vie", à l'instar du Thuya. Chez les Grecs et les Romains, le Cyprès est en rapport avec les divinités de l'enfer. Il est l'arbre des régions souterraines, d'où sa présence remarquée dans plusieurs cimetières du bassin de la Méditerranée.
Le Pommier
Le Pommier se trouve au centre de plusieurs croyances, dont celles de procurer la sagesse, d'améliorer les connaissances et d'acquérir l'immortalité. Son fruit est identifié depuis très longtemps comme un fortifiant et comme un remède préventif contre la maladie. À cet effet, souvenons-nous du vieux proverbe anglo-saxon: "An apple a day keeps the doctor away".
Le Sapin
On dit que le Sapin empêchait la foudre de tomber et conjurait les mauvais sorts. En Allemagne, on flagellait autrefois les femmes durant le mardi gras, avec des branches de cet arbre, dans le but de leur permettre d'avoir des enfants.
L'Olivier
La richesse symbolique de cet arbre est abondante: récompense, purification, force, paix, victoire, fécondité. Consacré à la Déesse grecque Athéna, l'Olivier l'était également au Dieu romain Jupiter. Comme symbole de paix, il faut se rappeler que vers la fin du déluge, une colombe rapporta une branche d'Olivier vers l'arche de Noé. Selon une vieille légende, la croix du Christ était fabriquée de Cèdre et d'Olivier. Dans le langage du Moyen-âge, cet arbre symbolisait l'or et l'amour.
Le Frêne
À l'instar du Chêne, le Frêne est un symbole de solidité puissante. On en faisait des hampes de lances. Dans les traditions scandinaves, cet arbre symbolise l'immortalité et sert de lien entre les trois niveaux du cosmos. Dans les anciens pays baltes, l'homme étourdi et un peu niais est qualifié de frêne car il est considéré comme aveugle. En effet, ne sachant pas quand vient le printemps, il reste longtemps dénudé. Tandis qu'à l'automne, craignant de paraître ridicule à nouveau, il est le premier à se dépouiller rapidement de toutes ses feuilles.
Dans l'Europe nordique, le Frêne est le symbole de la fécondité. Il est perçu comme l'arbre de la féminité car c'est dans sa ramure qu'une femme peut suspendre certaines amulettes qui font battre le cœur de l'homme qu'elle désire.
L'Orme
Cet arbre a toujours détenu des pouvoirs surnaturels. Dans la France du Moyen-âge, il était appelé "l'arbre de la justice" parce que c'était sous sa canopée que les seigneurs et les juges rendaient leurs jugements. On savait l'Orme capable de guérir diverses maladies cutanées, dont la lèpre. Les guérisseurs enlevaient des morceaux d'écorce d'Orme pour concocter des remèdes contre le rhumatisme. On attribue à trois Ormes plusieurs fois centenaires et situés dans le département de la Somme, le pouvoir d'avoir détourné la peste d'un village de cette région de la France, alors que des villages voisins étaient sévèrement touchés par le terrible fléau.
La symbolique de la forêt
La forêt ramène presque toujours, chez la personne qui y pénètre, une notion de différence entre l'ici et l'ailleurs. Elle marque la limite spatiale entre la colonisation du territoire par l'Homme et la nature sauvage. La mythologie romaine souligne à cet effet que les Enfers étaient protégés du monde par la présence de forêts sacrées le long du fleuve Styx, lesquelles furent destinées à la destruction par des soldats romains. Mais leur violation fut empêchée par des moyens surnaturels qui terrifièrent les militaires et s'abattirent sur eux.
Au Moyen-âge, les proscrits, les fous, les brigands, les ermites, les lépreux et les persécutés tenaient refuge dans les forêts de l'Europe du Nord. L'Église, qui cherchait à imposer la Croix, se montrait tout à fait hostile à cette barrière naturelle et inculte qui servait à abriter les païens. D'ailleurs, divers conciles tenus à partir de l'an 452 de notre ère, statuaient contre l'adoration des arbres et considéraient comme sacrilèges les rituels qu'on pratiquait dans ces lieux sauvages consacrés aux démons.
Pour se faire une idée plus exacte sur l'ampleur des sites de vénération des arbres, mentionnons qu'un relevé d'arbres vénérés effectué en 1854, dans le département de l'Oise (France), indique que plus de 250 arbres servaient d'objet de consécration à cette époque-là. Les forêts sacrées de la préhistoire européenne sont probablement les précurseurs des forêts- cathédrales de la chrétienté. En s'élevant à la verticale vers le ciel et en s'arrondissant de chaque côté de nous telle une voûte, la cathédrale gothique reproduit visiblement, dans son intérieur majestueux, les anciens lieux de culte où les grands arbres se rejoignaient dans leurs cimes. S'agit-il d'une simple coïncidence ou d'un dérivé chrétien d'une correspondance très ancienne entre les forêts et le domaine des dieux?
Ce sont donc probablement les forêts qui ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes s'en sont peut-être inspirés pour créer l'architecture. Les Égyptiens se sont d'ailleurs inspirés du Sycomore, du Figuier, du Bananier et d'autres arbres de l'Afrique pour créer les énormes piliers retrouvés dans leurs temples, tandis que les Grecs ont produit la gracieuse colonne corinthienne, ornée d'un chapiteau garni de feuilles, en s'inspirant du Palmier
La symbolique planétaire des grands arbres
Les grands arbres ont un rôle incontournable à jouer sur notre planète car ils sont les gardiens de la Terre et ce, de nombreuses façons. L'Homme fait partie intégrante de ce qu'ils gardent. En un sens, on peut symboliquement les considérer comme une école de philosophes charitables ayant une pureté non humaine et un immense désir de servir l'humanité.
Les grands arbres sont vitaux pour toute forme de vie sur cette planète, car ils règlent partiellement les chutes de pluie et attirent des radiations internes aussi importantes et nécessaires pour la Terre, que ne l'est l'eau de pluie.
Les arbres sont parfois les hôtes des espaces magnifiques et des grandes collines gorgées de soleil et de vent. Ils ont leur propre archétype et leur destinée, lesquels ont été élaborés au cours des âges, c'est-à-dire depuis près de trois cent millions d'années d'évolution. Les grands arbres ont aussi leur part du plan divin à accomplir et un travail à faire. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils ont été créés. Leur archétype se trouve toujours devant eux, inaccessible et hors de portée tel une chimère qu'ils poursuivent dans leur croissance et leur épanouissement.
L'Homme contrôle aujourd'hui l'ensemble des forêts du monde, mais il commence à peine à reconnaître et à découvrir combien elles sont importantes et nécessaires. En recouvrant des milliers d'hectares d'une seule variété d'arbres à croissance rapide et sélectionnée pour de simples raisons économiques, l'Homme montre cependant qu'il est inconscient des véritables besoins de notre planète et qu'il ignore plusieurs rôles exercés par les arbres, dont celui d'être un merveilleux canal énergétique entre le ciel et la terre.
Il est probable que si l'Homme était comme les grands arbres, c'est-à-dire en harmonie complète avec l'infini, les forces s'équilibreraient. La Terre a désormais besoin de ce qui lui est refusé par l'Homme, c'est-à-dire des forces qui descendent et qui remontent par les grands arbres et qui exercent une influence stabilisante sur la vie des plantes, des animaux et de l'être humain.
En abattant les grands arbres, la planète entière risque de devenir incapable de fonctionner, de se dessécher et de mourir. L'Homme se dépouille effectivement d'une certaine partie de lui- même et de son héritage quand il dénude le sol des grands arbres. Ces derniers ne sont donc pas en accord avec cette partie de l'humanité qui pille la Terre, et jamais ni nulle part le fossé entre l'Homme et les grands arbres n'a été plus accusé que dans les endroits où les vieux arbres ont été abattus avec insouciance. Les grands arbres agissent comme une peau protectrice de la Terre, et dans cette peau ils amènent les changements nécessaires. Leur gloire s'élève comme le parfum d'une fleur et bénit tous ceux qui viennent se reposer dans leur aura et dans leurs forêts.
Les grands arbres, gardiens enracinés de la surface, transmetteurs vers la Terre, par le sol, des forces les plus élevées, ont un don à faire à l'Homme en cette ère de vitesse, d'urgence et d'intense activité: un don de calme, de force, d'endurance, de gloire et d'harmonisation raffinée. En somme, tout ce qui est grandement nécessaire dans notre monde actuel. Les grands arbres sont des expressions de l'Amour pour la vie; expressions d'abondance, d'unicité et de relations communautaires, voire planétaires.
Source: © Société de l'arbre du Québec, 2002
(Universe Tree Of Life - Extrait du film Tree of Life de Terrence Malick)
L'Arbre de Vie
J’ai cru pouvoir briser la profondeur de l’immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du voeu de vivre qui s’annule
Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps.
Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s’entendre
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.
Paul Eluard
Images :
by ~Moonylla Nature Boy
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du voeu de vivre qui s’annule
Tu es venue le feu s’est alors raniméL’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps.
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.
Paul Eluard
Images :
by ~Moonylla Nature Boy
La mort, l'amour, la vie
Ame par le doux masque aspirant une fleur ?
De quels vains aliments sa naïve chaleur
Fait ce rayonnement d'une femme endormie ?
Souffle, songes, silence, invincible accalmie,
Tu triomphes, ô paix plus puissante qu'un pleur,
Quand de ce plein sommeil l'onde grave et l'ampleur
Conspirent sur le sein d'une telle ennemie.
Dormeuse, amas doré d'ombres et d'abandons,
Ton repos redoutable est chargé de tels dons,
Ô biche avec langueur longue auprès d'une grappe,
Que malgré l'âme absente, occupée aux enfers,
Ta forme au ventre pur qu'un bras fluide drape,
Veille ; ta forme veille, et mes yeux sont ouverts.
Paul Valéry
La Dormeuse
Etymologie
Du grec ancien πὰν, pan (« tout ») et de θεός, theos (« dieu ») avec le suffixe -isme.
panthéisme /pɑ̃.te.izm/ masculin
Définition
(Philosophie) Système philosophicoreligieux qui affirme l’identité substantielle de Dieu et du monde et n’admet d’autre Dieu qu’une substance infinie dont tous les êtres sont des modes.
Le panthéisme est l'idée fondamentale de la doctrine de Bouddha, mais c'est un panthéisme raffiné. Or, le panthéisme, quand on le raffine, mène loin : s'il n'y a qu'une substance absolue dont toutes les existences particulières sont des manifestations, on sera facilement conduit à nier que ces existences soient autre chose que de purs phénomènes, c'est-à-dire des apparences, … . — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
(Source : Wikitionnaire)
Citations
- Giordano Bruno De la Cause, 5e dialogue
- « … il en va de même pour l’être un et suprême, en qui l’acte ne diffère pas de la puissance, qui peut être tout absolument, et qui est tout ce qu’il peut être ; sous le mode de la complication, il est l’un, l’immensité, l’infini (…) ; sous le mode de l’explication, il se trouve dans les corps sensibles, ainsi que dans la puissance et dans l’acte que nous y voyons distingués. »
- Carl Sagan Un point bleu pâle, 1994
- « Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle lui-même dans l'harmonie ordonnée qui existe, pas en un Dieu qui se soucie du destin et des actions des êtres humains. »
- Trinh Xuan Thuan L'infini dans la paume de la main, Fayard, 2000
- « Pour moi, ce n'est pas un Dieu personnifié, mais un principe panthéiste omniprésent dans la Nature […] Je parle d'un principe créateur qui règle l'univers à son début, non d'un Dieu personnifié. »
Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle Dieu est tout, ou, par exemple dans le panenthéisme de Spinoza, nommé « acosmique » par Friedrich Hegel) tout est en Dieu . Ce mot vient du grec ancien pan (πὰν) : « tout » et theos (θέος) (« dieu »). Il apparaît pour la première fois en 1720 dans le Pantheisticon de John Toland. Dans la philosophie occidentale, et notamment depuis Spinoza, le sens qui est donné à ce mot « tout » est en général identique à celui associé à la Nature, au sens le plus général de ce terme, autrement dit de « tout ce qui existe ».
| Touching God |
Le panthéisme est un naturalisme de la divinité de la Nature. Le naturalisme, au sens propre, peut être défini comme une doctrine athée qui ne reconnaît d'autres principes que les lois ou forces de la Nature.
Le panthéisme s'identifie ainsi, sous ce rapport, à un naturalisme déiste déterministe en cela qu'il est lié au concept de nécessité.
On peut comparer ce système au monothéisme transcendant en deux points :
- Tout ce qui est, existe non seulement par Dieu, mais en Dieu.
- Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais lui est immanent (en opposition, selon les métaphysiques les plus traditionnelles, au Dieu créateur et transcendant).
Il entretient certains rapports avec les courants monistes qui tentent de résoudre les deux termes d'une dualité en faisant sortir l'un des deux termes de cette dualité de l'un des deux termes en opposition.
Le stoïcisme
Le stoïcisme est la doctrine panthéiste et matérialiste qui prit naissance à la fin du IVe siècle av. J.-C. avec Zénon de Citium et se développa jusqu'à la fin du IIIe siècle av. J. C. On distingue :
l'ancien stoïcisme (Zénon, Cléanthe, Chrysippe) qui fut surtout une théorie de l'univers et une logique : il définissait la sagesse comme le « savoir des affaires divines et humaines » (Sextus Empiricus le sceptique), c'est-à-dire comme la connaissance des lois qui régissent l'univers entier et non seulement la conduite des hommes. Dans le panthéisme stoïcien, le monde s'identifie à "la nature" (physis), "un feu artiste qui procède systématiquement et méthodiquement pour engendrer toutes choses" (Diogène Laërce, VII, 156). Et "la nature" elle-même s'identifie à l'Âme du monde, c'est-à-dire à Zeus, au Dieu suprême. Quand le processus n'est pas encore en mouvement, la phusis, la Nature, Dieu, la Providence, la Raison divine sont identiques et Dieu est seul ; quand le processus cosmique se déploie, la Nature s'enfonce dans la matière pour former et diriger de l'intérieur les corps et leurs interactions (P. Hadot, Le voile d'Isis, coll. "Folio", 2008, p. 50).
le moyen stoïcisme (Panetius, Posidonius) ;
le nouveau stoïcisme (Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle) qui est surtout une morale fondée sur l'effort et sur l'intention du bien. Mais le panthéisme s'affirme d'autant :
"Qu'est-ce que la Nature, sinon Dieu lui-même et la raison divine immanente au monde en sa totalité et en toutes ses parties ?" (Des bienfaits, IV, 7).
L'évolution du stoïcisme s'est faite dans le sens d'un passage d'une « physique » (identifiée à la théologie) de caractère panthéiste à une « morale » de caractère rigoriste.
Pline l'Ancien suit cette tendance panthéiste :
"Le monde, cet ensemble que l'on s'est plu à appeler d'un autre nom, ce "ciel", dont la voûte couvre la vie de tout l'univers, doit être tenu pour une divinité, éternelle, sans commencement comme sans fin... Le monde est sacré, éternel, immense, tout entier en toutes choses, ou plutôt il est le Tout, infini et paraissant fini, déterminé en toutes choses et paraissant indéterminé, au-dedans, au-dehors embrassant tout en lui, il est à la fois l'oeuvre de la nature et la nature elle-même" (Histoire naturelle, début).
Panthéisme acosmique et panthéisme cosmique
Les philosophes qui affirment qu'il existe une réalité divine qui préside au destin du monde, considérant par conséquent que la nature et les conditions humaines sont une manifestation de Dieu, représentent le panthéisme acosmique ou panenthéisme « tout est en Dieu ». Dieu est considéré comme l'acteur divin qui joue simultanément les innombrables rôles des hommes, des animaux, des plantes, des étoiles et des forces naturelles. Les présentations les plus typiques du panthéisme acosmique proviennent de la tradition hindoue, dont le principal représentant philosophique fut le penseur indien Sankara. Son système révèle les faiblesses de l'acosmisme : la tendance à récuser la réalité globale du fini changeant, à récuser la réalité du mal, à contester la réalité de la liberté et du hasard et à considérer la personnalité individuelle comme finalement irréelle.
Inversement, les tenants du panthéisme cosmique se réfèrent à la totalité des entités finies et changeantes, réalité à laquelle ils donnent le nom de Dieu. Dieu est simplement toutes les choses de l'univers. Tout ce qui existe est en Dieu et réciproquement.
Giordano Bruno
Le représentant même du panthéisme moderne, Giordano Bruno, se réfère très souvent à Plotin. Ce qu'il retient essentiellement chez le chrétien David de Dinant et chez le juif Ibn Gabirol, c'est l'affirmation de la divinité de la matière. Dieu est infini, et la nature matérielle qui est divine fait partie intégrante de cet infini. Le monde, dès lors, est réunifié et l'on peut affirmer valablement et que Dieu est l'infini et que Dieu est Un. La doctrine de Bruno consiste dans l'affirmation d'un monisme infiniste absolu. Dieu n'est pas distinct de l'Univers, et cet être unique et infini constitue la Substance. Plus précisément, Dieu et Univers sont deux aspects, deux points de vue sur cette réalité véritable qu’est l'« originaire et universelle Substance, identique pour tout » (De la cause, du principe et de l'unité, Ve dialogue). « Dans l’un infini et immobile qui est la Substance, qui est l’être », l'unité n'est pas affectée par la multiplicité des choses sensibles, qui ne sont que des modes multiformes de cet être unique, ou des apparences fugitives et la « face diverse » d'une même substance.
Bruno représente la réflexion individuelle antidogmatique. D'inspiration néoplatonicienne, il préconise de n'user que de l'expérience et de la raison pour connaître le monde.
Il écrit notamment : Expulsion de la bête triomphante (1584), De la cause, du principe et de l'unité (1584), De l'Infini, de l'univers et des mondes (1585).
Apport de Spinoza
Spinoza, tout comme la plupart des auteurs qualifiés de « panthéistes » (Giordano Bruno, Friedrich Schelling notamment) n'utilisent pas ce terme. Le mot « panthéisme » a au contraire été forgé pour désigner la philosophie de ces auteurs de manière péjorative.
Les références entre parenthèses renvoient aux différentes propositions de la première partie de l’Éthique.
Dans son Éthique, Spinoza affirme que le panthéisme est la seule façon logique de considérer Dieu et l'univers. Bien que le terme en question apparaisse au XVIIIe siècle, donc ait été étranger à Spinoza lui-même, il résume, quoique très grossièrement, l’essentiel de la pensée de l’auteur. Dieu n’est pas cet être suprême, transcendant et personnel. Il est en fait impersonnel et immanent au monde, c’est-à-dire qu’il fait partie du monde ; mieux, qu’il est le monde.
Les êtres, au lieu d’être vus comme une création de Dieu, sont perçus comme une affection de la substance, une expression de Dieu. Ayant ceci en tête, on peut comprendre ce qui amène Spinoza à écrire son Éthique, et à le faire selon la méthode géométrique. On peut, puisque Dieu est la nature (relations étroites entretenues entre le panthéisme de Spinoza et le naturalisme), et non un être céleste résidant hors du monde, en faire une étude toute scientifique, avec la méthode des sciences naturelles. Tout n’est donc qu’une seule chose, et cette seule chose, c’est Dieu. La table est table avant d’être une table rouge, et ainsi de suite.
De même, sachant qu’une substance est conçue par elle-même et ne dépend pas d’une autre (déf. 3), deux substances n’ont rien de commun entre elles si elles ont des attributs différents. Spinoza ne fait qu’étendre ici la définition 3. Si, en effet, une substance ne dépend pas d’une autre, c’est qu’elle a son concept en elle-même, et ainsi son concept « n’enveloppe pas le concept de l’autre ». Les deux substances sont donc entièrement indépendantes, elles ne se connaissent pas mutuellement. Or, une chose ne peut en causer une autre si elle ne la connaît pas.
On en arrive à la question centrale, qui est la détermination des choses, c’est-à-dire ce qui nous permet de distinguer une chose d’une autre. Pour Spinoza, c’est soit la « diversité des attributs des substances », soit « la diversité des affections des substances ». Puisqu’une chose ne peut exister que par elle-même, on ne peut la distinguer que par ses propres propriétés, c’est-à-dire ses attributs et ses affections. Or, comme Spinoza pense l'avoir démontré, la substance vient avant l’affection. Si on écarte les affections et qu’on se concentre seulement sur la substance en elle-même, on ne peut plus la distinguer. Si c’est en revanche l’attribut qui détermine la substance, on ne peut distinguer deux substances ayant le même attribut. On doit conclure qu’il « ne peut y avoir dans la nature deux ou plusieurs substance de même nature ou attribut » (Prop. 5). Spinoza pense avoir prouvé qu’une substance ne peut pas en produire une autre si elle n’a rien de commun avec elle. Il affirme ensuite qu’aucune substance, en fait, n’a quoi que ce soit en commun avec une autre. On peut en déduire, dans ces conditions, qu’« une substance ne peut pas être produite par une autre substance » (Prop. 6). Voilà qui conclut ce premier mouvement de l’argumentation portant sur la substance en tant que telle. Voyons maintenant ce qui en est de Dieu.
Si une chose ne peut être produite par une autre, c’est qu’elle est sa propre cause. Cela implique que « son essence enveloppe nécessairement son existence » (Prop.7), donc qu’elle existe. Or, puisque toute substance doit être unique et qu’elle existe nécessairement, elle doit exister soit comme chose finie, soit comme chose infinie. Spinoza réfute toutefois la thèse de la finitude. Si une substance est finie, c’est qu’elle est limitée par une autre de même nature qui, elle aussi, existe nécessairement. Or, Spinoza a affirmé qu’il ne peut y avoir deux substances de même nature. Il est donc absurde qu’une substance existe comme chose finie. En découle que « toute substance est nécessairement infinie » (Prop. 8). Cela inclut aussi Dieu, que nous avons décrit comme étant un être absolument infini. Or, si on admet que l’essence enveloppe nécessairement l’existence, on doit aussi admettre que Dieu, substance constituée par une infinité d’attributs, existe. (Prop. 11). Spinoza voit Dieu comme un être, donc dans la Nature.
Toutefois, Spinoza réserve aux sceptiques une preuve plus soignée. Il souligne qu’on ne peut prouver que Dieu existe en se référant à une autre chose car, nous l’avons vu, deux choses différentes ne se connaissent pas l’une l’autre. On ne peut non plus infirmer son existence, pour les mêmes raisons. On doit donc expliquer Dieu par sa propre nature. Or, démontrer que Dieu n’existe pas en utilisant des notions contenues dans sa substance est absurde. Cela reviendrait par exemple à montrer qu’une table n’existe pas en utilisant sa couleur ou sa solidité comme argument. Le but de ce second mouvement est atteint : nous sommes parvenus à une définition de Dieu et à une preuve de son existence. Tâchons maintenant de conjuguer à cela ce que nous avons dit de la matière.
Dieu, qui existe par sa nature même, est indivisible. C’est le cas pour toute substance absolument infinie, qu’on ne peut considérer autrement. En effet, imaginons que cette substance soit divisible. Dans un cas, les « morceaux d’infini » retiendraient les attributs de leur état d’origine (non divisé) et on aurait plusieurs infinis. Or, nous l’avons démontré, on ne peut concevoir deux substances ayant les mêmes attributs. Dans l’autre cas, la substance infinie ne serait plus et, ayant démontré que Dieu existe bel et bien, cela est impossible. Dieu existe, il est infini et indivisible. Mais s’il est infini, c’est qu’il possède tous les attributs possibles. Il est donc parfait, au sens classique du terme, puisqu’il contient nécessairement plus d’être que toute autre chose. Toute substance doit donc s’expliquer par un des attributs de Dieu. Mais cela est absurde car il ne peut y avoir deux substances possédant les mêmes attributs. De plus, une substance ne peut s’expliquer que par elle-même. La seule solution est d’admettre que rien n’existe en dehors de Dieu. Si quelque chose pouvait être conçu en dehors de Dieu, cette chose devrait être conçue comme étant existante. Comment pourrait-elle alors exprimer une essence puisque toutes les essences demeurent en Dieu ? Cette substance hors de Dieu n’aurait donc pas d’attributs, et puisque les attributs définissent la substance, ne pourrait exister. Or, nous avons démontré que toute substance existe nécessairement. On ne peut donc penser aucune substance en dehors de la substance divine. Il n’y a dans la nature qu’une seule substance, qui est Dieu, et qui possède tous les attributs.
Le panthéisme de Spinoza a été rapproché et comparé avec la théorie de l'Unicité de l'Être (Wahdat al-Wujû) présentée dès la fin du 12ème et début du 13ème siècle par Sadr al-Dîn al-Qûnawî, disciple et beau-fils d'Ibn Arabî, philosophe arabe né en Andalousie.
En septembre 1785 Friedrich Heinrich Jacobi fit paraître Lettres à Moses Mendelssohn sur la philosophie de Spinoza. Il révélait qu'au cours d'une conversation de juillet (?) 1780 avec Lessing (qui meurt en 1781), celui-ci lui avait déclaré : "Έν καì Πãν [Hen kai pân : Un et Tout] : je ne sais rien d'autre. (...) Il n’y a pas d’autre philosophie que la philosophie de Spinoza." Jacobi, lui, s'opposait au spinozisme, qui tient la liberté pour une illusion, et qui, surtout, aboutit à l'athéisme, comme, d'ailleurs, le rationalisme. Les positions étaient prises : Aufklärung (la Philosophie des Lumières, rationaliste, représentée jusqu'alors par Lessing) contre Schwärmerei (irrationalisme, illuminisme attribués prestement à Jacobi). La querelle du panthéisme dura de 1785 à 1815 au moins, elle fit intervenir Moses Mendelssohn, Kant, Herder, Fichte, Schelling.
Source : Wikipédia
Poésie
"Je pensais que Dieu était en chacun de nous, mais qu'il était également présent parmi la faune et la flore, comme un entité omnisciente. C'est pour cela que moi-meme, n'étant pas croyant, je crois néanmoins en une force dont je m'interdit la représentation car cette force n'est pas finie." Victor Hugo
"Dieu, Dieu au-dedans de moi,
Divinité forte et puissante,
Vie, qui participe à mon être
Comme je participe à toi, vie immortelle !
Les mille Credos sont vains
Qui émeuvent les coeurs des hommes,
Vains comme des herbes séchées
Ou comme l’écume des mers...
D’un amour qui embrasse tout
Ton esprit anime les siècles,
Il me pénètre, il me réchauffe,
Il change, il soutient, il dissout,
Il me suscite et il m’élève.
Si la terre et l’homme passaient,
Si les soleils et les mondes sombraient ;
Et que toi seule demeurasses,
Vie, tout existerait en toi.
Il n’y a point de place pour la Mort,
Sa puissance ne peut anéantir un atome,
Toi, Vie, tu es l’Être et le Souffle,
Et ce que tu es ne peut être détruit." Emily Brontë
Divinité forte et puissante,
Vie, qui participe à mon être
Comme je participe à toi, vie immortelle !
Les mille Credos sont vains
Qui émeuvent les coeurs des hommes,
Vains comme des herbes séchées
Ou comme l’écume des mers...
D’un amour qui embrasse tout
Ton esprit anime les siècles,
Il me pénètre, il me réchauffe,
Il change, il soutient, il dissout,
Il me suscite et il m’élève.
Si la terre et l’homme passaient,
Si les soleils et les mondes sombraient ;
Et que toi seule demeurasses,
Vie, tout existerait en toi.
Il n’y a point de place pour la Mort,
Sa puissance ne peut anéantir un atome,
Toi, Vie, tu es l’Être et le Souffle,
Et ce que tu es ne peut être détruit." Emily Brontë
Eh quoi ! tout est sensible !
PYTHAGORE
Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'Univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
« Tout est sensible ! » - Et tout sur ton être est puissant !
Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie :
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !
Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !"
Gérard de NERVAL (1808-1855) Les Chimères (1853)
Panthéisme
“Dès que la joie se lève tout s’élargit…
Nous voudrions sauter, bondir, courir, danser…”
J-L Chrétien
“La joie spacieuse”
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| Gene Kelly |
La danse “art physique” trouve sa source dans une dilatation corporelle, sensorielle. Elle témoigne du privilège d’être vivant, d’être libre, de ressentir des émotions et de les exprimer.
Entre rêve et réalité, laideur et beauté, bien et mal, la création artistique a une place à part dans la condition humaine. La danse révèle une “conscience physique”, une capacité à suspendre le temps, à étirer l’espace, à transcender les limites du corps, et, à travers lui, notre condition humaine.
Elle s’inscrit dans une recherche perpétuelle d’une expansion de vie, de joie, d’amour.
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| Grace |
En martellant le sol avec les pieds, en s’élevant sur les pointes, en s’élançant vers d’inaccessibles cieux, le danseur témoigne d’un corps partagé entre ciel et terre.
Quelle impulsion secrète l’incite à se dilater dans le temps, à se mouvoir dans l’espace?
“L’origine du mouvement est dans ce frémissment qui saisit la matière au contact d’une réalité différente : l’Esprit”, écrit Paul Claudel.
De quel balancement primordial, de quelle pulsion initiale, de quelle onde vibratoire nous parle la danse? Et si quelque danse cosmique enfouit dans notre mémoire cellulaire se manifestait en cette suite infine de mouvements?
En méditation profonde, assis dans une apparente immobilité, bercés par le mouvement interrompu de la trame universelle, nous ressentons un imperceptible balancement. Ainsi la mère berce le nouveau-né pour l’endormir : l’enfant passe alors de l’appréhension du vide à la rassurante sensation d’être inséré à l’univers.
| Eclectic Dancer |
“Homme-planète”, à partir du centre de son corps, il affirme sa place au centre de l’Univers, se libère de sa condition humaine, découvre la légèrete de l’être.
Dans sa dimension artistique, la danse propulse le corps physique de l’homme en “chef-d’oeuvre” où s’inscrit l’Oeuvre de l’Esprit.
L’homme dansant, maître de son corps le façonne à la manière d’un sculpteur travaillant la glaise. Il pénètre au coeur de la matière la transcendant, la pliant à sa subtile création. Chercheur d’une “union intime”, le mouvement le guide de l’intérieur à l’extérieur sur le chemin de sa re-connaissance.
En cela, quelle que soit sa forme, son rôle, son style, son époque, la danse a toujours une vocation initiatique. Elle célèbre l’homme “surhumain”, capable à la fois de repousser ses capacités physiques, et d’exprimer, grâce à ce corps, la présence de l’Esprit.
Tel Shiva , le danseur renvoie l’image d’un corps décuplé, sublimé, faisant écho aux paroles de St Paul :
“C’est en vous que vous êtes à l’étroit…”
Le danseur se libère de son enveloppe exiguëe en l’assouplissant, la musclant, en l’étirant dans toutes les directions.
| Light Dancin |
L’homme, en dansant, épouse la chaleur de la trame, respire en son sein, s’unifie au souffle cosmique.Il se fond dans l’espace, explore la douceur du contact, expérimente l’harmonie de l’instant, éprouve une jouissance physique.
La danse ne peut se soustraire à son destin artistique, à sa propre évolution. Danses primitives, profanes, sacrées naissent toutes de la pulsation originelle.
Dans la danse du “jeu divin”, plus de tours, mais une onde tourbillonnante, plus de sauts, mais l’élévation de l’âme! C’est la “danse extase” où, dans une spirale éternelle le corps fusionne avec l’être subtil.
Mawlana, grand maître soufi du XI° siècle s’écrie alors :
“Des atomes dansent!
Les âmes, éperdues d’extase, dansent…
A l’oreille je te dirai où l’entraîne leur danse…”
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| Jamie Bell |
Le danseur, en s’unissant “corps et âme” à l’univers donne à voir l’ensoleillement de l’Esprit. La danse trouve là sa véritable dimension. Le mouvement devient langage universel et nous livre ce message : l’équilibre, l’harmonie, l’accord parfait sont présents ici et maintenant.
Le danseur riche d’une joie intime, d’une jubilation intérieure, rejoint son étoile, éclairant un instant le coeur des hommes.
Le spectateur privilégié, lui, pénètre dans la crypte de mouvance, reconnait le temple divin, la beauté des mondes, la danse de Shiva.
Source : DANSE avec les étoiles
Eloge de la danse
Le grand retour de Joan Baez à la Fête de l’Humanité
Samedi 17 septembre, on célébrera les quarante ans du premier concert de Joan à La Courneuve.
L’amazone pacifiste réinvestira la grande scène.
Joan Baez incarne plus d’un demi-siècle d’engagement artistique et politique. Elle fait partie de ces créateurs exceptionnels, capables de faire rimer richement l’artistique et le politique, sans que l’un ne porte ombrage à l’autre. En septembre, nous célébrerons de grandes retrouvailles à la Fête de l’Humanité, où elle s’était produite en 1971. Elle y avait interprété la chanson antimilitariste de Maxime Le Forestier, Parachutiste, ainsi que la Ballade de Sacco et Vanzetti. « Des moments inoubliables », commentait un de nos lecteurs sous le pseudo de Pat de Panic, après la publication de l’interview de la chanteuse. Lui qui avait assisté au concert de Joan à La Courneuve rajoutait : « Cette femme, qui ne se veut pas donneuse de leçon, est un exemple. » (A lire: Joan Baez, "mon engagement n'a pas été un sacrifice").
Elle traque les nuages et caresse le ciel
Joan Baez est colombe de paix et de liberté. Sa voix aérienne, qui s’envole au ciel avec une humble majesté, incarne à merveille la dualité de l’amazone pacifiste : résistante et lumineuse comme le cristal, elle traque les nuages et caresse le ciel. Elle ne recule pas, si sa conscience la convainc qu’il faut traverser un terrifiant stratus, prêt à éclater en tempête. Ainsi, malgré les pressions des bellicistes, elle s’était rendue auprès des Nord-Vietnamiens afin de protester contre la guerre et d’exprimer sa solidarité.
Le CD-DVD How Sweet The Sound (Proper Records, environ 22 euros) montre, pour la première fois, des images de cette visite. On voit la chanteuse militante prier avec des habitants d’Hanoï, à une occasion cruciale puisqu’il s’agissait de bombardements parmi les plus violents. Pour elle, nul doute, nous devons
pratiquer la désobéissance civique, dès lors que la dignité humaine est bafouée.
Le chant de Joan est comme un souffle de libération
Née d’un père mexicain et d’une mère britannique, Joan a grandi dans une famille croyante et ralliée au pacifisme, mouvement qu’elle a tôt rejoint. À seize ans, elle est allée écouter, dans une université, une conférence de Martin Luther King, qui appelait au boycott des bus en guise de réponse à la discrimination raciale. Elle savait, alors, qu’elle allait dédier sa vie à la lutte pour la paix. Le mouvement hippie se reconnaît en cette douce pasionaria qui donne, à Woodstock en 1969, une prestation mémorable. Joan Baez s’investit dans les grandes causes de son temps, par-delà les frontières, par-delà les barrières idéologiques: le combat contre l’apartheid qui, aux Etats-Unis, refuse de porter ce nom, mais qui en a les caractéristiques, la lutte des femmes, la mobilisation contre la dictature de Pinochet, le soutien à Nelson Mandela, l’action que Joan mène au sein d’Amnesty International depuis 1972…
En 1993, c’est en Bosnie qu’elle part, à Sarajevo précisément, ville assiégée, ville étouffée. Là encore, le chant de Joan est comme un souffle de libération. A La Courneuve, nous reprendrons Blowin’ in The Wind, en chœur avec elle, pour que les vents de la révolution continuent de mugir.
Fara C.
« Mon engagement n’a pas été un sacrifice »
Dans le cadre de sa tournée européenne, l’égérie de la protest-song a bien voulu nous accorder son temps, malgré un emploi du temps archi-comble. Discussion à bâtons rompus avec la plus humble des étoiles.
Qui a dit qu’une chanson ne peut pas changer le monde ?Vous, qui avez mis votre art au service de nombreuses causes, êtes-vous consciente d’avoir donné un contre-exemple fulgurant à cette assertion ?
[*Joan Baez*]. Je vous remercie du compliment. Je suis en partie d’accord avec vous. Mais, un artiste ne peut faire la révolution dans son coin. à mon avis, il faut une condition : que cette chanson soit en synergie avec une action. Elle ne peut suffire en elle-même, elle doit s’intégrer dans une mobilisation.
Tôt dans votre vie, vous avez consacré votre énergie à la fois à la musique et à l’engagement politique, avec une ténacité surprenante…
[*Joan Baez*]. J’ai eu beaucoup de chance, parce que j’aime les deux. J’ai besoin des deux. Jeune déjà, je ne pouvais pas m’endormir tranquillement, sans rien faire, alors que je savais que des gens souffraient sous un coin du ciel. Je n’ai pas vécu mon engagement comme un sacrifice, même s’il m’a souvent conduite à mettre ma carrière au second plan, ce qui m’a maintes fois été reproché dans le milieu professionnel. Pour moi, dès mon enfance, il était clair que je pouvais mener les deux de front, je le faisais aussi naturellement que de respirer. J’ai l’habitude de formuler ça en disant que je n’ai pas choisi l’art et la conscience sociale. Mais ce sont eux qui m’ont choisie comme messagère.
Quand et comment votre conscience politique est-elle née ?
[*Joan Baez*]. La première chose extérieure qui m’ait marquée a été la lecture du journal d’Anne Frank. Le sort et le courage de cette jeune fille m’ont secouée, bouleversée. L’autre élément a été d’ordre familial. J’avais huit ans, quand mes parents sont devenus Quakers. Ils m’ont expliqué de bonne heure que, pour cette religion, aucun nationalisme, aucun drapeau ne pouvait compter plus qu’une vie humaine, ni justifier que l’on assassine des gens. Adolescente, j’ai eu le soutien d’un maître spirituel qui était dans la lignée du Mahãtma Gandhi. C’était, pour moi, un véritable choix.
Martin Luther King a marqué votre démarche politique. Comment est-ce advenu ?
[*Joan Baez*]. Je l’ai rencontré à l’âge de seize ans. Je m’étais rendue à une grande conférence qu’il donnait auprès des étudiants. L’émotion m’a submergée, parce que je réalisais à quel point son action était en phase avec mes convictions. Il dirigeait la campagne de boycott des bus, dans le Mississipwpi. Les Noirs souffraient terriblement de la ségrégation. Ils affrontaient d’effroyables violences. Mais les actions que Martin Luther King menait étaient résolument non violentes. Je trouvais ça extraordinaire, parce que j’avais beaucoup lu au sujet de la non-violence, mais je ne l’avais encore jamais vu mise en pratique.
A seize ans, vous aviez donc déjà une conscience politique ?
[*Joan Baez*]. Oui. J’avais déjà accompli ma première action de désobéissance civile. C’était à l’école. On nous a ordonné d’évacuer l’établissement, en prétextant de nous préparer à un éventuel bombardement de missiles soviétiques. J’ai trouvé ça ridicule. Tout le monde est parti, sauf moi. Je suis restée dans l’enceinte de l’école afin de protester. Le lendemain, les journaux déclaraient que j’étais une fille dangereuse, une communiste !
Ces diatribes médiatiques vous ont-elle découragée ?
[*Joan Baez*]. Pas du tout. Les profs étaient déconcertés de ma position non violente. J’ai commencé à discuter avec eux, à leur expliquer. Et j’ai senti quelque chose s’éveiller en eux. C’était ma première action cruciale. Cela a fait du bruit. Je ne me préoccupais pas des conséquences, je me sentais prête à les assumer.
Ce qui frappe chez vous, c’est que l’on ne sent jamais d’amertume. Pourtant, vous avez essuyé des déceptions. Comment expliquez-vous cette absence d’animosité ?
[*Joan Baez.*] Quelquefois, bien sûr, je suis en colère. Mais je ne suis pas souvent désappointée, parce que je veille à ne pas entretenir d’attentes trop élevées. Je me concentre sur le présent, sur ce que je décide de faire. J’ai compris assez vite qu’il valait mieux cultiver la force intérieure et délaisser la rancune. J’essayais modestement de suivre l’exemple de Gandhi et de Martin Luther King. Gandhi se levait et, quels que fussent les coups contre lui, il se redressait et recommençait son action. Martin Luther King, lui, savait qu’il allait être assassiné.
C’est ce que l’on a pu entendre, effectivement…
[* Joan Baez*]. Oui, il le savait ! En particulier, quand il s’est mis à dénoncer la guerre du Vietnam. Les autorités ont, alors, tenté de le marginaliser. La Maison Blanche ne voulait plus entendre parler de lui. Je suis convaincue que son action contre la guerre du Vietnam lui a coûté la vie. Il savait que ses ennemis possédaient un pouvoir énorme. C’est très dur de prendre les décisions qui ont été les siennes. Et plus dur encore de s’y tenir, comme il l’a fait.
Que s’est-il passé, quand il est venu vous voir en prison, où la police vous avait jetée parce que vous aviez manifesté ?
[* Joan Baez*]. Sa venue a été une merveilleuse source de réconfort, non seulement pour moi, mais aussi pour mes compagnes de geôle. Vous imaginez, votre héros vous rend visite ! En fait, ce qui m’a le plus touchée, c’est la réaction des autres prisonnières. Les femmes noires voulaient absolument le voir. Elles ont couru jusqu’à lui, avant même que les gardiens puissent les retenir. L’une d’elle a été si rapide qu’elle a pu s’accrocher à lui. Elle lui a dit : « Je n’ai rien à faire ni des avantages que les matons vont me retirer, ni des sanctions qu’ils vont m’infliger. Le simple fait de vous avoir touché me donne de la force ». Et elle s’est écriée : « J’ai touché Martin Luther King ! J’ai touché Martin Luther King ! » Le moral de toutes les détenues a subitement été regonflé à bloc.
N’aviez-vous pas peur de la répression, ne craigniez-vous pas d’être assassinée ?
[*Joan Baez*]. Avec le recul, je m’aperçois que je n’avais pas toujours complètement conscience du danger. Il y a des situations qui m’ont terrorisée. Par exemple, lors d’un concert à Birmingham, dans l’Alabama. Je traversais la scène. Quelqu’un, au balcon, a lancé une chaise. Cela a provoqué un bruit énorme. J’ai sauté en l’air à plus de trente centimètres du sol. Je ne savais même pas que je pouvais devenir à ce point nerveuse. Un silence de mort s’est brutalement abattu, parce qu’on croyait qu’une balle avait été tirée. Mon cœur battait la chamade. Mais, une fois qu’il a été vérifié qu’il n’y avait aucun danger, j’ai recommencé à chanter.
Vous qui avez connu l’âge d’or des luttes. Avez-vous parfois la sensation que, de nos jours, la pression économique est plus forte que la capacité à se mobiliser ?
[*Joan Baez.*] C’est vrai que l’on ressent un vide. Les années Bush ont découragé beaucoup de personnes. Aujourd’hui, je perçois encore cette sorte de désespérance. Toutefois l’élection de Barack Obama a suscité de nouveau l’espoir. Je l’appelle le miracle Obama. Mais le chemin sera extrêmement ardu pour lui. La droite le déteste. Elle ne supporte pas d’avoir affaire à cet homme très intelligent et cultivé. Elle va tenter de se débarrasser de lui. C’est à nous de jouer, maintenant. Les progressistes doivent s’organiser. J’ai conscience de n’avoir pas donné toute ma part. Accueillie à la Maison Blanche, j’ai fait un speech. Mais je sais que cela n’est pas suffisant. Nous avons beaucoup à faire.
Que pensez-vous de la situation économique et politique actuelle ?
[*Joan Baez*]. Les années Bush ont contribué au vide actuel… La droite a appris à faire des discours. Mais les progressistes n’ont pas appris à lui répondre. Longtemps restée aux manettes du pouvoir, elle est reine de la manipulation. Elle manipule le peuple, la presse, elle manipule ses propres troupes en enjolivant le tableau. Nous devons lui dire : vous racontez n’importe quoi, fermez-la !
Qu’est-ce qui vous préoccupe particulièrement aujourd’hui ?
[*Joan Baez*]. Outre la paupérisation mondiale, je pense que la détérioration de la planète va avoir de graves conséquences pour les plus démunis. Le dérèglement climatique aura des conséquences graves sur tous les plans : sanitaire, agricole, etc., sans oublier les réfugiés climatiques qui risquent de devenir de plus en plus nombreux et qui devront affronter des situations catastrophiques. C’est pourquoi, la sauvegarde de la planète m’apparaît comme l’urgence numéro un.
Avez-vous constaté que les droits de l’homme et leurs acquis sont de plus en plus remis en question ?
[*Joan Baez*]. Oui. Quand j’ai démarré mon action pour Amnesty International, je ne sais plus exactement si c’était en 1971 ou 1972, mais toujours est-il que nous notions de grandes avancées au sujet des droits humains. De nos jours, le monde est dans le chaos. La raison économique et financière prend de plus en plus le dessus.
Au début des années soixante-dix, vous vous êtes produite à la Fête de l’Humanité. Vous aviez chanté une chanson de Maxime Le Forestier. Quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs, très sensibles à votre engagement ?
[*Joan Baez*] (en riant). Prenez une guitare et chantez avec moi ! Je plaisante. En fait, je ne me sens pas l’âme d’une donneuse de leçons. Je dirais simplement : écoutez votre cœur, car je sais que vous avez un cœur grand comme votre conscience.
Joan Baez
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.
Paul Verlaine, Fêtes galantes
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.
De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare.
Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?
Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?
Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ?
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.
Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine...
La lune était sereine et jouait sur les flots.
Victor Hugo

Clair de Lune Intellectuel
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes.
En un jardin sonore, au soupir de fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs;
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle court à jamais les blanches prétentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
Elle rêve l'essor aux célestes Athènes.
Ma pensée est couleur de lunes d'or lointaines.
Émile Nelligan
Dis moi Clair de Lune,
Serais tu mon Ange gardien?
Mon porte bonheur ou un emblème,
Toi qui reste éveillé pendant mon sommeil.
Je dors paisiblement,
Dès que je vois
Un brin de lumière traverser ma chambre.
Marcher sur de la poussière d'étoiles
Et voir comment tu brilles
Je suis là pour ne plus te voir seul,
Au même endroit quand tu apparais le soir
Au coeur de la nuit...
Sandy Berhtet
Tu es le rayon de soleil
Qui dissipe
Mes nuits d'angoisse
Tu es l'alizé qui adoucit
La canicule de mes malheurs.
Tu es l'étoile médiane
Qui guide mes pas.
Généreux clair de lune
Sur ma divine destinée.
Alioune Badara COULIBALY ( Sénégal )
LE RAYON DE LUNE
Sais-tu qui je suis ? Le Rayon de Lune.
Sais-tu d'où je viens ? Regarde là-haut.
Ma mère est brillante, et la nuit est brune.
Je rampe sous l'arbre et glisse sur l'eau ;
Je m'étends sur l'herbe et cours sur la dune ;
Je grimpe au mur noir, au tronc du bouleau,
Comme un maraudeur qui cherche fortune.
Je n'ai jamais froid ; je n'ai jamais chaud.
Je suis si petit que je passe
Où nul autre ne passerait.
Aux vitres je colle ma face
Et j'ai surpris plus d'un secret.
Je me couche de place en place
Et les bêtes de la forêt,
Les amoureux au pied distrait,
Pour mieux s'aimer suivent ma trace.
Puis, quand je me perds dans l'espace,
Je laisse au coeur un long regret.
Rossignol et fauvette
Pour moi chantent au faîte
Des ormes ou des pins.
J'aime à mettre ma tête
Au terrier des lapins,
Lors, quittant sa retraite
Avec des bonds soudains,
Chacun part et se jette
A travers les chemins.
Au fond des creux ravins
Je réveille les daims
Et la biche inquiète.
Elle évente, muette,
Le chasseur qui la guette
La mort entre les mains,
Ou les appels lointains
Du grand cerf qui s'apprête
Aux amours clandestins.
Ma mère soulève
Les flots écumeux,
Alors je me lève,
Et sur chaque grève
J'agite mes feux.
Puis j'endors la sève
Par le bois ombreux ;
Et ma clarté brève,
Dans les chemins creux,
Parfois semble un glaive
Au passant peureux.
Je donne le rêve
Aux esprits joyeux,
Un instant de trêve
Aux coeurs malheureux.
Sais-tu qui je suis ? Le Rayon de Lune.
Et sais-tu pourquoi je viens de là-haut ?
Sous les arbres noirs la nuit était brune ;
Tu pouvais te perdre et glisser dans l'eau,
Errer par les bois, vaguer sur la dune,
Te heurter, dans l'ombre, au tronc du bouleau.
Je veux te montrer la route opportune ;
Et voilà pourquoi je viens de là-haut
GUY DE MAUPASSANT
Images : http://blog.sina.com.cn/gengzhixinchahua
Luna by PhoenixLu
Clair de Lune
Que se passe-t-il quand une force irrésistible rencontre un objet immuable ?
Extrait du film "Imagine Me & You" de Ol Parker avec Piper Perabo, Lena Headey.
Hach, petite fille de 9 ans, pose cette question curieuse :
"Que se passe-t-il, quand une force qu'on ne peut pas arrêter rencontre un objet qu'on ne peut pas bouger?"
- Je n'en ai pas la moindre idée! répond Hec, son futur beau-frère...
- Laisse-les se marier tranquille! ajoute sa mère...
Mais Luce, la fleuriste du mariage, enfin lui explique...
- Ca ne peut pas arriver, les deux ne peuvent pas coexister. S'il existe une force que rien ne peut arrêter, alors il ne peut exister en même temps un objet qu'on ne peut pas bouger... La réponse est contenue dans ta question...
Cette interrogation pourrait être reformulée sous cette autre perspective : "Un être tout-puissant pourrait-il créer une pierre si lourde qu'il ne puisse pas lui-même la porter ?". S'il le peut, il cesserait d'être tout-puissant ; s'il ne le peut pas, c'est qu'il n'est pas tout-puissant.
De ce paradoxe de la toute-puissance, ou paradoxe de l'omnipotence, se décline la question de la définition de la toute-puissance, qui peut contenir divers types de significations, sans lien avec les lois de la pure logique. Ainsi, demander « Dieu a-t-il le pouvoir de créer une pierre si lourde que même lui ne peut pas la soulever ? » est aussi insensé que de demander si Dieu serait capable de dessiner un cercle carré. Par conséquent la question (et le paradoxe qu’elle crée) n’a pas de sens. (Lire Le paradoxe d'Omnipotence sur Wikipédia)
Un être tout puissant l’est de manière absolue et par conséquent il lui est impossible de perdre sa toute-puissance. Ce postulat ne peut s'appliquer qu'à la Vie.
La Toute-Puissance est dans la Vie elle-même, dans sa multiplicité, son infinité et son éternité. La Vie est la force irrésistible que rien n'arrête, et la seule force immuable qu'elle puisse connaître, c'est sa propre volonté de puissance.
Le Paradoxe de l'Omnipotence
Tous les hommes recherchent la connaissance, la puissance et la joie. Mais la joie est le bien suprême.
Elle se suffit à elle-même. Elle contient et dépasse la connaissance et la puissance. Elle repousse et oublie les connaissances particulières. Elle produit une lumière propre qui la justifie. Elle découvre sa vocation à l’être qui l’éprouve. Elle donne un sens à l’univers.
C’est cet univers qui lui a permis de naître : mais elle l’enveloppe maintenant dans son rayonnement. De même, la joie n’est point un effet de la puissance, ni un témoignage qu’on lui rend ; elle n’en est ni le signe, ni la suite : elle est au-delà. Elle est indifférente à ses succès : elle ne tire aucun avantage ni de son exercice, ne de ses effets. Elle n’a pas d’égard pour ses formes divisées, elle en réalise l’unité ; elle nous donne infiniment plus que chacune d’elles n’avait promis et ne pouvait tenir : elle ne met point sa confiance en elles. Elle les ramasse et surmonte à la fois.
Il y a en elle une lumière, une aisance, une sérénité qui en se rencontrent dans la puissance et dans la connaissance que lorsqu’elle sont atteint leur objet et par conséquent qu’elle ont fini de s’exercer. C’est dans la joie qu’elles trouvent toutes deux l’aboutissement et le port. Mais elles oublient alors les objets particuliers qu’elles avaient poursuivis et qui n’étaient que les obstacles dont elles devaient triompher.
La perfection de la joie l’empêche de se laisser emprisonner par aucun objet. Celui-ci serait pour elle non point une raison d’être, mais une limitation. Elle nous unit à un principe capable d’engendrer toutes les vérités particulières, à la source dont dérivent toutes les actions, toutes les victoires et toutes les conquêtes de la puissance. Et même on peut dire que dans la joie le principe de la connaissance s’identifie avec le principe de l’action. De telle sorte que le succès dans l’un ou l’autre de ces deux domaines n’est qu’un moyen pour nous d’aller plus loin.
Louis Lavelle
La présence totale, Aubier, p. 10-11. L'italique est de Lavelle. Second passage, p. 247-248.


















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