Les Innocents
Victor Hugo
Mais les enfants sont là. Le murmure qui sort
De ces âmes en fleur est-il compris du sort ?
L'enfant va devant lui gaîment ; mais la prière,
Quand il rit, parle-t-elle à quelqu'un en arrière ?
Le frais chuchotement du doux être enfantin
Attendrit-il l'oreille obscure du destin ?
Oh ! que d'ombre ! Tous deux chantent, fragiles têtes
Où flotte la lueur d'on ne sait quelles fêtes,
Et que dore un reflet d'un paradis lointain !
Les enfants ont des coeurs faits comme le matin
Ils ont une innocence étonnée et joyeuse ;
Et pas plus que l'oiseau gazouillant sous l'yeuse,
Pas plus que l'astre éclos sur les noirs horizons,
Ils ne sont inquiets de ce que nous faisons,
Ayant pour toute affaire et pour toute aventure
L'épanouissement de la grande nature ;
Ils ne demandent rien à Dieu que son soleil ;
Ils sont contents pourvu qu'un beau rayon vermeil
Chauffe les petits doigts de leur main diaphane
Et que le ciel soit bleu, cela suffit à Jeanne.
Moon Child by ~FireyKitsune |
L'enfant qui est dans la lune
Claude Roy
"Enfantasques"
Cet enfant toujours dans la lune,
s'y trouve bien, s'y trouve heureux
Pourquoi le déranger ? La lune
est un endroit d'où l'on voit mieux.
s'y trouve bien, s'y trouve heureux
Pourquoi le déranger ? La lune
est un endroit d'où l'on voit mieux.
Dis-moi, dis, souriante enfant
Emily Jane Brontë
Dis-moi, dis, souriante enfant,
Qu'est-ce, pour toi, que le passé?
" Un soir d'automne, doux et clément,
Où le vent soupire, endeuillé."
Qu'est-ce, pour toi, que le présent?
" Un rameau vert chargé de fleurs
Où l'oiselet bande ses forces
Pour s'envoler dans les hauteurs."
Et l'avenir, enfant bénie?
" La mer sous un soleil sans voiles,
La mer puissante, éblouissante
Qui, là-bas, rejoint l'infini."
Enfance
Source: TURCOTTE, Marie-Josée. Magazine Lumière, Vol. 8 No. 2, Avril 1999.
Si l'on vous proposait de réaliser un seul de vos souhaits, lequel parmi ces choix vous procurerait une vie vraiment satisfaisante : devenir millionnaire, être célèbre, posséder la beauté physique, exceller dans votre champ d'activité, être très intelligent ou encore n'avoir que des personnes extraordinaires dans votre vie? Bien que toutes ces réponses soient alléchantes, l'auteure Lilian Glass nous révèle que le choix le plus astucieux est sans contredit le dernier. Qui plus est, il nes'agit pas seulement de bien savoir s'entourer; il importe de devenir nous-mêmes une personne extraordinaire pour les autres. Voici donc le mode d'emploi pour une vie... extraordinaire !
LES 20 TYPES DE PERSONNES EXTRAORDINAIRES NOMMEZ-LES
1. Les chaleureuses: Ces personnes font toujours ressortir ce qu'il y a de meilleur chez l'autre. Elles vous donnent l'impression que vous comptez vraiment, grâce à des témoignages d'affection et des paroles gentilles.
2. Les anti-narcissiques: Elles s'intéressent vraiment aux autres au lieu de chercher à se rendre intéressantes. Elles vous posent beaucoup de questions dans le but de bien saisir qui vous êtes Les «je» «me» «moi» ne font pas partie de leur vocabulaire
3. Les généreuses: Elles sont toujours disposées à en faire plus que ce qu'on attend d'elles sans rien attendre en retour, sauf l'harmonie et l'amitié
4. Les non-juges: Elles ne jugent pas les autres en fonction de la vie qu'ils mènent. Elles croient sincèrement que si ce genre de vie les rend heureux et ne fait de mal à personne, tant mieux!
Vous souvenez-vous de la propriété d'associativité que vous avez apprise dans vos cours d'algèbre?
Nous connaissons tous le dicton «Qui se ressemble s'assemble». Celui-ci convient particulièrement bien aux personnes extraordinaires. Ce qui signifie que si nous commençons à en fréquenter, nous finirons inévitablement par en rencontrer d'autres par leur entremise. C'est ce que Lilian Glass appelle «La spirale de l'amitié». Plus nous côtoyons des personnes extraordinaires, plus la spirale prend de l'ampleur. Aussi peu nombreuses soient-elles au départ, nous finirons tôt ou tard par constater qu'il y a de plus en plus de personnes intéressantes qui peuplent notre vie. Ces gens nous ouvriront des portes, en plus de nous faire connaître un monde nouveau, que ce soit sur le plan financier, social, intellectuel, affectif ou culturel.
Cependant, tout cela est possible en autant que nous apprenions, nous aussi, à devenir une
personne extraordinaire pour les autres...
Pour approfondir:
Comment s'entourer de gens extraordinaires, Lilian Glass, Éditions de L'Homme.
Ces gens qui vous empoisonnent l'existence, Lilian Glass, Éditions de l'Homme.
Vous pouvez également consulter un article portant le même titre, publié dans Le magazine Lumière de septembre 1997, Vol. 6, N° 4.
Si l'on vous proposait de réaliser un seul de vos souhaits, lequel parmi ces choix vous procurerait une vie vraiment satisfaisante : devenir millionnaire, être célèbre, posséder la beauté physique, exceller dans votre champ d'activité, être très intelligent ou encore n'avoir que des personnes extraordinaires dans votre vie? Bien que toutes ces réponses soient alléchantes, l'auteure Lilian Glass nous révèle que le choix le plus astucieux est sans contredit le dernier. Qui plus est, il nes'agit pas seulement de bien savoir s'entourer; il importe de devenir nous-mêmes une personne extraordinaire pour les autres. Voici donc le mode d'emploi pour une vie... extraordinaire !
«Pour avoir une vie profondément satisfaisante, nous devons apprendre à y trouver, à y attirer et à y retenir les personnes qui nous procurent du bonheur. Sans elles, la vie n'a pas de sens», explique d'entrée de jeu l'auteure du livre Comment s'entourer de gens extraordinaires. L'idée émise n'est certes pas nouvelle, encore moins innovatrice. Pourtant, la plupart d'entre nous
avons tendance à oublier, dans le brouhaha quotidien, dans la course folle pour atteindre le succès ou pour réaliser nos rêves, que la clé du bonheur réside en grande partie dans les liens que nous parvenons à nouer avec des individus qui savent apprécier nos qualités et reconnaître notre valeur.
Mais, direz-vous, où se trouvent donc toutes ces personnes extraordinaires? La réponse est simple: partout ! En fait, le monde est peuplé de gens de valeur; nous entrons en contact avec eux quotidiennement. Il suffit de bien regarder autour de soi. En fait, beaucoup de ces personnes extraordinaires se trouvent sous notre nez; trop souvent, nous ne nous en rendons même pas compte, ou nous ne savons plus apprécier la gentillesse de l'un et la disponibilité de l'autre.
Avant d'aller plus loin, amusons-nous à reconnaître les personnes extraordinaires qui gravitent autour de nous. Afin de nous aider, Lilian Glass les regroupe sous 20 types particuliers (voir ci-bas). Si la description correspond à une personne que vous connaissez, inscrivez son nom sur la ligne de droite. Sachez qu'une même personne peut se retrouver dans plusieurs catégories; il s'agit alors d'un être particulièrement exceptionnel, dont vous devriez prendre le plus grand soin.
Si, d'autre part, quelqu'un qui vous est proche ne ressemble à aucune de ces catégories, demandez-vous s'il ne s'agit pas d'un être «toxique» qui, contrairement à la personne extraordinaire, empoisonne votre existence(1) au lieu de faire éclore ce qu'il y a de meilleur en vous. Enfin, ne vous oubliez pas au cours de l'exercice.
À bien des égards, vous êtes, vous aussi, une personne extraordinaire. Si vous voulez attirer les bons individus dans votre vie, il est indispensable d'apprendre à reconnaître vos points forts et vos qualités.
avons tendance à oublier, dans le brouhaha quotidien, dans la course folle pour atteindre le succès ou pour réaliser nos rêves, que la clé du bonheur réside en grande partie dans les liens que nous parvenons à nouer avec des individus qui savent apprécier nos qualités et reconnaître notre valeur.
Mais, direz-vous, où se trouvent donc toutes ces personnes extraordinaires? La réponse est simple: partout ! En fait, le monde est peuplé de gens de valeur; nous entrons en contact avec eux quotidiennement. Il suffit de bien regarder autour de soi. En fait, beaucoup de ces personnes extraordinaires se trouvent sous notre nez; trop souvent, nous ne nous en rendons même pas compte, ou nous ne savons plus apprécier la gentillesse de l'un et la disponibilité de l'autre.
Avant d'aller plus loin, amusons-nous à reconnaître les personnes extraordinaires qui gravitent autour de nous. Afin de nous aider, Lilian Glass les regroupe sous 20 types particuliers (voir ci-bas). Si la description correspond à une personne que vous connaissez, inscrivez son nom sur la ligne de droite. Sachez qu'une même personne peut se retrouver dans plusieurs catégories; il s'agit alors d'un être particulièrement exceptionnel, dont vous devriez prendre le plus grand soin.
Si, d'autre part, quelqu'un qui vous est proche ne ressemble à aucune de ces catégories, demandez-vous s'il ne s'agit pas d'un être «toxique» qui, contrairement à la personne extraordinaire, empoisonne votre existence(1) au lieu de faire éclore ce qu'il y a de meilleur en vous. Enfin, ne vous oubliez pas au cours de l'exercice.
À bien des égards, vous êtes, vous aussi, une personne extraordinaire. Si vous voulez attirer les bons individus dans votre vie, il est indispensable d'apprendre à reconnaître vos points forts et vos qualités.
LES 20 TYPES DE PERSONNES EXTRAORDINAIRES NOMMEZ-LES
1. Les chaleureuses: Ces personnes font toujours ressortir ce qu'il y a de meilleur chez l'autre. Elles vous donnent l'impression que vous comptez vraiment, grâce à des témoignages d'affection et des paroles gentilles.
2. Les anti-narcissiques: Elles s'intéressent vraiment aux autres au lieu de chercher à se rendre intéressantes. Elles vous posent beaucoup de questions dans le but de bien saisir qui vous êtes Les «je» «me» «moi» ne font pas partie de leur vocabulaire
3. Les généreuses: Elles sont toujours disposées à en faire plus que ce qu'on attend d'elles sans rien attendre en retour, sauf l'harmonie et l'amitié
4. Les non-juges: Elles ne jugent pas les autres en fonction de la vie qu'ils mènent. Elles croient sincèrement que si ce genre de vie les rend heureux et ne fait de mal à personne, tant mieux!
5. Les élogieuses : Leur proverbe est celui-ci: «Si tu ne peux rien dire de
bien sur une personne, alors ne dis rien du tout.» Ces personnes
concentrent généralement leur attention sur les qualités des autres sans
guère accorder d'attention à leurs défauts.
bien sur une personne, alors ne dis rien du tout.» Ces personnes
concentrent généralement leur attention sur les qualités des autres sans
guère accorder d'attention à leurs défauts.
6. Les dignes: Elles traitent les autres comme elles voudraient être
traitées, c'est-à-dire avec gentillesse et respect. On sent que ces
personnes s'aiment vraiment, c'est ce qui les rend extraordinaires
aux yeux des autres.
traitées, c'est-à-dire avec gentillesse et respect. On sent que ces
personnes s'aiment vraiment, c'est ce qui les rend extraordinaires
aux yeux des autres.
7. Les attentionnées: Elles se souviennent des petites choses qui comptent pour vous. Elles connaissent votre date de naissance, votre couleur préférée, ce que vous aimez et détestez.
8. Les honnêtes: Lorsqu'elles disent qu'elles vont faire quelque chose, elles le font. Vous pouvez toujours compter sur elles pour arriver à l'heure, pour respecter les échéanciers et pour donner l'heure juste.
9. Les décontractées: Elles ne se prennent jamais au sérieux. Parce qu'elles sont décontractées et enjouées, elles mettent à l'aise tous les gens qui se trouvent en leur compagnie.
10. Les «meneuses de claques»: Elles vous encouragent et veulent votre bien; c'est pourquoi elles mettent beaucoup d'effort à vous rassurer lorsque vous doutez de vous-même. Elles ne tolèrent pas que l'autre se dénigre.
11. Les lucides: Elles pensent d'abord aux sentiments des autres et savent exactement ce qu'elles doivent dire ou ne pas dire dans les périodes fastes comme dans les moments difficiles.
12. Les «rebondisseuses»: Elles ne se complaisent jamais dans la souffrance et l'apitoiement. Elles pensent toujours à ce qu'elles doivent faire pour s'en sortir.
13. Les sensibles: Elles ne craignent pas de se montrer sous leur jour le plus vulnérable. Jamais elles n'essaient de cacher ce qu'elles ressentent: peur, colère ou tristesse.
14. Les «gagnantes-gagnantes»: Elles ne sont pas heureuses de gagner si c'est aux dépens des autres. Elles veulent que chacun y trouve son compte.
15. Les loyales: Elles n'ont pas peur de s'engager, de prendre des décisions. Si elles croient en une idée ou une personne, elles ne craignent nullement de prendre sa défense, même si cela va à l'encontre de l'opinion générale.
16. Les diligentes: Elles gagnent le respect des autres parce qu'elles sont responsables et qu'elles agissent sans tarder. Elles ne remettent donc jamais à demain ce qu'elles peuvent faire aujourd'hui.
17. Les audacieuses: Elles n'ont pas peur de plonger et de prendre des risques calculés pour réaliser leurs rêves. Elles sont donc une source d'inspiration pour tous ceux qui ont toujours voulu prendre une autre voie dans la vie, mais qui ont peur du risque.
18. Les non-victimes: Elles assument l'entière responsabilité de leurs actes. Elles ne blâment pas les autres si elles sont malheureuses ou insatisfaites d'une situation, car elles savent qu'il n'en tient qu'à elles de la changer.
19. Les enthousiastes: Elles ne se reposent jamais sur leurs lauriers et vivent sans cesse leurs passions. Elles parlent peu de leur passé et se concentrent surtout sur l'avenir en cherchant toujours à se développer. Leur motivation et leur entrain sont le plus souvent contagieux
20. Les recruteuses: Elles sont conscientes d'avoir besoin de l'aide des autres pour réaliser leurs rêves; elles essaient donc de recruter ceux et celles qui croient en elles et en leurs buts.
Quelles sont les conclusions auxquelles vous parvenez à la suite de cet exercice?
Les gens qui vous entourent sont-ils tous extraordinaires à leur manière ou, au contraire, sont-ils peu nombreux, voire toxiques? Quelle que soit votre situation, sachez qu'il est encore possible de la rectifier ou de l'améliorer et ce, en apprenant à trouver ou à élargir votre réseau de personnes extraordinaires. De quelle manière? En faisant un peu d'algèbre...
Les gens qui vous entourent sont-ils tous extraordinaires à leur manière ou, au contraire, sont-ils peu nombreux, voire toxiques? Quelle que soit votre situation, sachez qu'il est encore possible de la rectifier ou de l'améliorer et ce, en apprenant à trouver ou à élargir votre réseau de personnes extraordinaires. De quelle manière? En faisant un peu d'algèbre...
La spirale de l'amitié
Vous souvenez-vous de la propriété d'associativité que vous avez apprise dans vos cours d'algèbre?
Si «a» égale «b», et que «b» égale «c», alors «a» égale «c». Je me suis toujours demandé à quoi cela pourrait bien me servir dans la vie. Eh bien, j'étais loin de me douter que ce processus mathématique s'applique également en amitié. La logique de l'associativité est d'une grande simplicité: si Sonia aime Manon, et que Manon aime Nancy, il est fort probable que Sonia aimera Nancy. Cela s'appelle aussi un syllogisme.
Nous connaissons tous le dicton «Qui se ressemble s'assemble». Celui-ci convient particulièrement bien aux personnes extraordinaires. Ce qui signifie que si nous commençons à en fréquenter, nous finirons inévitablement par en rencontrer d'autres par leur entremise. C'est ce que Lilian Glass appelle «La spirale de l'amitié». Plus nous côtoyons des personnes extraordinaires, plus la spirale prend de l'ampleur. Aussi peu nombreuses soient-elles au départ, nous finirons tôt ou tard par constater qu'il y a de plus en plus de personnes intéressantes qui peuplent notre vie. Ces gens nous ouvriront des portes, en plus de nous faire connaître un monde nouveau, que ce soit sur le plan financier, social, intellectuel, affectif ou culturel.
Cependant, tout cela est possible en autant que nous apprenions, nous aussi, à devenir une
personne extraordinaire pour les autres...
Pour approfondir:
Comment s'entourer de gens extraordinaires, Lilian Glass, Éditions de L'Homme.
Ces gens qui vous empoisonnent l'existence, Lilian Glass, Éditions de l'Homme.
Vous pouvez également consulter un article portant le même titre, publié dans Le magazine Lumière de septembre 1997, Vol. 6, N° 4.
COMMENT S’ENTOURER DE GENS EXTRAORDINAIRES
"Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur, non, notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites. C'est notre propre Lumière et non notre obscurité, qui nous effraie le plus.
Nous nous posons la question suivante : Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ?
En fait, moi je vous demande : qui êtes-vous pour ne pas l'être ?
Vous êtes un enfant de Dieu et vivre petit ne rend pas service au Monde.
L'illumination n'est pas de vous rétrécir pour éviter d'insécuriser les autres, car nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous et elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : elle est en chacun de nous et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres, la permission de faire la même chose que nous.
Ainsi, en nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres ; en nous libérant de notre propre peur, nous rassurons les autres ; en nous libérant de notre propre peur, nous contraignons les autres à nous imiter ; en nous libérant de notre propre peur, nous leur montrons qu'il ne faut pas avoir peur de la Lumière !".
Discours de Nelson Mandela au cours de son investiture à la présidence de la République de l'Afrique du Sud en 1994.
Le Courage selon Mandela
M. François Cheng, ayant été élu par l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de M. Jacques de Bourbon Busset, y est venu prendre séance le jeudi 19 juin 2003, et a prononcé le discours suivant : (...) En 1956, à l’âge de quarante-quatre ans, Jacques de Bourbon Busset prend la brusque résolution d’interrompre sa carrière, alors que, en pleine ascension, il est sur le point d’être nommé ambassadeur dans un grand pays. Ce renoncement, cette rupture, un geste aristocratique en somme, qui frappe son milieu comme un coup de tonnerre, est de fait le résultat d’une révolution intérieure. L’homme préoccupé de réussite sociale fait place à présent à l’écrivain qui cherche à se consacrer à sa création solitaire. Création ? Pour sûr, oui. Solitude ? Certes, non. Car, il peut enfin vivre pleinement l’amour qu’il voue à Laurence son épouse, la figure tutélaire, l’inspiratrice. L’ensemble de son œuvre, qui totalise plus de quarante ouvrages, en témoigne. Son Journal, composé de dix volumes, porte le titre général de Livre de Laurence. Ses romans, récits ou contes comportent également le sous-titre : Pour Laurence. D’autres romans, de caractère plus fantastique, tel Le lion bat la campagne, ont trait aussi à son épouse, lorsqu’on sait que « le lion » n’est autre que le surnom de Laurence. Quant à ses essais, ils sont centrés sur le thème de l’amour durable, intimement lié à celui de sa foi. Laurence est originaire de Saintonge. Son père, officier de marine, étant mort jeune, elle a grandi en fille unique, auprès de sa mère. De son propre aveu, elle a connu une enfance difficile, voire malheureuse. Elle a choisi d’étudier l’économie pour s’établir dans la vie. Après son mariage, d’abord au château du Saussay, en Île-de-France, puis, à partir de 1969, à la Campagne du lion, dans le haut Var, elle révèle son vrai penchant, un amour foncier pour la nature et le travail de la terre. Cet amour chez elle, joint à un caractère passionné et à sa prédilection pour la musique, a fortement marqué son époux, ébranlant l’intellectualisme parfois trop poussé de celui-ci, le forçant à sortir de son habituelle réserve. L’homme pour qui « la fonction de la femme est d’assurer la liaison entre l’être humain et le cosmos » s’ouvre alors à une plus vaste dimension de vie. Il laisse s’épanouir tout le pouvoir du lyrisme et de l’imagination qu’il porte en lui, tout en s’initiant à l’observation des choses vivantes, concrètes. À côté de plusieurs de ses œuvres qui célèbrent la nature et ses éléments, son Journal fourmille de petites notations qui font ressortir la saveur du quotidien et les leçons qu’il dispense. Je vous cite pêle-mêle quelques brefs passages : – « Les corneilles tournoient, jacassent, s’agitent en tous sens. Deux cents mètres plus loin, un hibou. Son immobilité me plaît. Réfléchir sans agir, plutôt qu’agir sans réfléchir. » – « De retour à la maison. Laurence, de très bon matin, se rend à ses restanques. Elle y trouve un lapin broutant ses fleurs. Je ne sais lequel des deux fut le plus scandalisé de rencontrer l’autre. » – « Le vieux berger, les mains posées sur son bâton, me dit : Voyez mon chien. C’est un briard que j’ai dressé moi-même. Vous n’en trouverez plus beaucoup comme celui-là. Dans la région presque tous les bergers sont des Polonais. Alors les chiens ne savent que le polonais. J’en ai eu un, on ne se comprenait pas. On a dû se séparer. » – « La forêt se dérobe à la lumière et c’est ainsi qu’elle dure. Certes elle assimile les richesses du soleil, mais les transforme, les élabore, les conserve. Il y a une grande force dans ce retrait, dans ce recueillement. Je voudrais être un arbre, un arbre qui marche. » – « Quelle joie, chaque année renouvelée, de cueillir ces olives et de les porter au moulin à huile ! » Mais venons-en au thème central de Bourbon Busset. L’amour durable, ou l’amour absolu, une idée qu’il est fier d’avoir remise à l’honneur. De cette idée, d’aucuns peuvent se gausser, surtout à une époque, la nôtre, où l’amour entre homme et femme est plus que banalisé. Il lui a fallu du courage pour exalter non tant cet amour en soi que son caractère absolu, que sa durée. Il ne le fait pas au nom de quelque convention bourgeoise, ou d’une abstraite morale de fidélité ; il se base sur une expérience vécue, et sur l’observation d’une donnée fondamentale de la promesse de Vie, une donnée riche de virtualités et d’implications. Il est convaincu que l’univers vivant n’est pas fait d’un ramassis d’éléments disparates agissant aveuglément dans des rencontres de hasard. Le moteur essentiel de cet univers est une alliance créatrice fondée sur la loi de la différence et de la durée, cela depuis l’existence des particules jusqu’aux consciences les plus élevées. En homme de foi, il n’hésite pas à affirmer que Dieu est désir d’alliance. Dans ce contexte, le couple se présente comme un don miraculeux, incarnant par excellence cette alliance dans la différence et la durée et qui, vécue authentiquement, loin de former un bloc statique, est une puissance créatrice. Il est tendresse inventive, dualité-complicité, processus renouvelant sans cesse la prise de conscience de ce qui advient, accomplissement qualitatif. Fondé sur la confiance et le long terme, le point de vue présent s’enrichit du précédent et enrichit le suivant. Un amour durable naît donc d’un effort constant pour associer stabilité et mouvement. La complicité favorisant le dévouement mutuel, chacun trouve toujours sa joie dans la joie de l’autre. La formule suivante résume sa conception : « Le couple aimant ne recherche pas une chimérique fusion. C’est l’expression de la dualité créatrice, de l’union dans la différence, de l’ardente alliance de deux libertés. » Car pour lui, je le cite encore, « une vraie liberté ne s’éprouve que face à d’autres libertés. Sinon, elle n’est qu’un mot vide. Et l’on ne peut mieux affronter une autre liberté que dans une relation qui engage durablement ». Se référant à Nietzsche qui dit : « Cœur attaché, esprit libre », il l’exprime à sa manière : « La liberté de l’esprit réclame la constance du cœur » ; « La rive est la chance du fleuve ». Par ailleurs, il affirme que « tout comme la liberté, l’absolu se vit aussi à deux ; l’absolu ne saurait s’éprouver que dans la constance. Le véritable absolu, c’est l’absolu d’un amour ». Et enfin, cette affirmation : « Chez un couple aimant, un plus un n’égale pas deux, mais l’infini. » Comment un Chinois n’adhèrerait-t-il pas à cette affirmation, lui à qui l’ancienne pensée chinoise enseigne qu’entre le souffle Yin et le souffle Yang, il y a le souffle du Vide médian qui les entraîne dans le processus d’interaction débouchant sur l’infini de la transformation. À partir de cette conception de base, Bourbon Busset mène toujours plus loin ses réflexions. Pour lui, « ce qui est vrai pour une femme et un homme est vrai pour l’humanité ». Dans cette optique, « l’amour absolu est une vertu sociale. Le dynamisme de l’amour absolu fera régner la justice sociale. Il est le sacré que chacun peut vivre, et seul le sacré peut réellement triompher de l’injustice et de l’oppression ». Notre auteur prône une société qu’il qualifie de « hiérogamique » et qui met en valeur l’idéal du couple, lequel « s’oppose à la fois aux mysticismes de la fusion qui suppriment toute confrontation des différences, et aussi aux idéologies manichéennes qui transforment sans cesse la confrontation en affrontement. La formule de l’alliance dans la différence a ainsi une valeur thérapeutique au point de vue social et politique. Elle substitue la fidélité effective à la parole donnée et le respect de la différence au désir brut de domination ». De cette conception de l’amour découle son point de vue sur la France : « La vraie France est la France invisible. La puissance n’a rien à voir avec la puissance militaire, industrielle ou financière. Elle est intellectuelle et morale. Cette France invisible, la seule réelle, existe dans la mesure où elle défend les droits de l’esprit et, en premier lieu, la liberté de l’esprit, cela dans le respect absolu des valeurs communes. C’est la France de Hugo, de Péguy, de Zola et de Bernanos. Au moment de l’affaire Dreyfus, le chrétien Péguy et l’athée Zola étaient du même bord. Quand les Français renient cette France-là, il n’y a plus de France. » Et puis, dans son Journal, ce passage : « Il est temps pour la France de redevenir fidèle à sa vocation universelle. Elle n’est plus une grande puissance, mais le pire calcul serait la déchéance orgueilleuse du nationalisme. Elle doit militer pour l’instauration d’une autorité mondiale. » Ici, il nous faut revenir à l’être intime de Jacques de Bourbon Busset. À écouter ce qui vient d’être dit, certains peuvent supposer qu’ils sont en présence d’un pur idéaliste. Or, personne n’est plus lucide, ni plus doué de sens critique. Il sait que, si la capacité d’un amour absolu est donnée à tous, bien peu savent le vivre. Lui-même dans sa jeunesse a fait montre de légèretés qu’il qualifiera plus tard de cyniques. « Je me croyais un petit don Juan. Je jouais au surhomme, alors que je n’étais qu’un grand niais. » « La dissociation entre plaisir et amour, je l’ai vécue à fond et y trouvais une âpre et âcre satisfaction. » Ici notre auteur parle sur un ton de repentance. Reste indéniable le fait qu’avec sa barbe finement taillée, frappant de ressemblance avec Henri IV, sa figure dégage un charme propre à remuer les cœurs féminins. Même au début de sa rencontre avec Laurence, ce n’était pour lui qu’une conquête parmi d’autres. Grâce à la passion sincère et entière de celle-ci, il a eu un jour la révélation que cette rencontre était la chance de sa vie. Au cours de plus de quarante ans de vie commune, une communion féconde et perpétuellement approfondie. Dans son Journal, il ne cache rien non plus des rares moments de tension ou de heurt. Ce qui lui fait dire que « dans l’amour d’un couple, trouver la distance juste est essentiel. Cela demande beaucoup de patience, de perspicacité et d’imagination, en un mot, d’esprit ». Il exalte le principe féminin caractérisé selon lui par l’esprit de la réceptivité, de la compréhension et de la capacité à relier. Écoutons cet aveu contenu dans le premier tome de sonJournal, La nature est un talisman : « En livrant mes sentiments, j’ai peur de paraître « bébête ». Peur de bon élève, d’enfant docile, persiflé par les malins. Pour me protéger de leur ricanement condescendant, je m’étais fait ironique. Je redoutais une étiquette. Elle tient en un mot : sensiblerie. J’ai passé une grande partie de ma vie à lutter contre cette apparence. J’ai affecté l’indifférence, la sécheresse, le cynisme, la brutalité. Maintenant, je n’ai plus de compte à rendre à personne, je n’ai plus de personnage à jouer. Je puis me laisser aller à mon penchant, sans craindre d’être taxé de faiblesse. Pourquoi ne pas le dire ? J’ai pitié, voilà le mot lâché. Le mot impardonnable. Et si j’aime Laurence, c’est aussi qu’à certains moments ses yeux me paraissent chargés de toute la souffrance innocente du monde et que je voudrais les consoler... Ce qui pousse un homme engagé dans le siècle à sortir de lui-même, à aller aux autres, à tous les autres, c’est d’avoir saisi, sur un visage, l’instant où le masque chavire et où surgit, dans un regard, le cortège immémorial des opprimés. » Oui, aller vers les autres. Il dira dans L’Audace d’aimer : « C’est dans le métro que je sens le plus profondément mon désir d’aller au secours. Debout, serré entre deux voyageurs, je lis dans les regards la détresse, la solitude, la peur. Le wagon éclairé nous emporte à travers le tunnel noir, vers un destin qui ne peut être que l’écrasement sur le mur ultime. Personne ne parle, chacun écoute le frémissement de la tôle, le fracas des roues, le battement de son propre cœur. Je voudrais libérer un de ces condamnés de son angoisse. Une pudeur stupide me fait garder le silence et j’ai honte de ma lâcheté… Grandit en moi un personnage qui désire prendre toute sa place. Je pense qu’être homme, c’est entendre les appels et leur répondre, si on peut. » On sait que Jacques de Bourbon Busset est mort accidentellement dans le métro. À présent, je ne peux pas être dans un wagon de métro sans penser à lui. Puisque nous sommes devenus frères en esprit, si je le voyais dans la foule, j’irai vers lui et, d’emblée en connivence, nous causerions indéfiniment. Je me rappelle une phrase de lui contenue dans l’émouvante Lettre à Laurence, écrite après la mort de celle-ci : « J’ai compris qu’il ne dépendait que de moi de te laisser t’éloigner ou de te faire vivre. » Je suis persuadé aussi que tant que je communie avec l’esprit de mon prédécesseur, comme je le fais ici maintenant, il ne mourra pas. Telle est d’ailleurs la leçon de l’Académie même, dont l’immortalité est fondée sur cet esprit de transmission les uns par les autres, une transmission qui, depuis son fondateur, le cardinal de Richelieu, ne s’est jamais interrompue et qui ne saurait connaître de fin. | |||
L'Amour Absolu
L'Offrande à la nature
Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n'aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L'eau luisante et la terre où la vie a germé.
La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains.
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains.
J'ai porté vos soleils ainsi qu'une couronne
Sur mon front plein d'orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l'automne
Et j'ai pleuré d'amour aux bras de vos étés.
Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d'animal.
Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.
Soumise ainsi que l'onde où l'arbre se reflète,
J'ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.
Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature!
Ah! faut-il que mes yeux s'emplissent d'ombre un jour,
Et que j'aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l'amour...

by `superkev
Exaltation
Le goût de l'héroïque et du passionnel
Qui flotte autour des corps, des sons, des foules vives,
Touche avec la brûlure et la saveur du sel
Mon coeur tumultueux et mon âme excessive...
Loin des simples travaux et des soucis amers,
J'aspire hardiment la chaude violence
Qui souffle avec le bruit et l'odeur de la mer,
Je suis l'air matinal d'où s'enfuit le silence;
L'aurore qui renaît dans l'éblouissement,
La nature, le bois, les houles de la rue
M'emplissent de leurs cris et de leurs mouvements;
Je suis comme une voile où la brise se rue.
Ah! vivre ainsi les jours qui mènent au tombeau,
Avoir le coeur gonflé comme le fruit qu'on presse
Et qui laisse couler son arome et son eau,
Loger l'espoir fécond et la claire allégresse!
Serrer entre ses bras le monde et ses désirs
Comme un enfant qui tient une bête retorse,
Et qui mordu, saignant, est ivre du plaisir
De sentir contre soi sa chaleur et sa force.
Accoutumer ses yeux, son vouloir et ses mains
A tenter le bonheur que le risque accompagne;
Habiter le sommet des sentiments humains
Où l'air est âpre et vif comme sur la montagne,
Etre ainsi que la lune et le soleil levant
Les hôtes du jour d'or et de la nuit limpide;
Etre le bois touffu qui lutte dans le vent
Et les flots écumeux que l'ouragan dévide!
La joie et la douleur sont de grands compagnons,
Mon âme qui contient leurs battements farouches
Est comme une pelouse où marchent des lions...
J'ai le goût de l'azur et du vent dans la bouche.
Et c'est aussi l'extase et la pleine vigueur
Que de mourir un soir, vivace, inassouvie,
Lorsque le désir est plus large que le coeur
Et le plaisir plus rude et plus fort que la vie...
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by ~lciam
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L'Empreinte
Je m'appuierai si bien et si fort à la vie,
D'une si rude étreinte et d'un tel serrement
Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s'échauffera de mon enlacement.
La mer abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.
Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l'épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.
Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressées.
La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l'air ma persistante ardeur,
Et sur l'abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon coeur.

by ~sokoolka
LA VIE PROFONDE
Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !
Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !
Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.
Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Autres poèmes :
CPerry
Libres Rimes
Le 30 mai 1901, récitation poétique : Anna de Noailles est à l’honneur chez Robert de Montesquiou (Paris, 9 mars 1855 - Menton, 11 décembre 1921), Pavillon des Muses à Neuilly, où le maître de céans organise pour elle un grand dîner.
Sarah Bernhardt, qui a découvert Le Cœur innombrable grâce à Reynaldo Hahn, déclare dans une lettre adressée à Marcel Proust qu’Anna est « le plus grand des poètes, un grand génie… ». Enthousiasmée par la lecture du recueil poétique, la tragédienne est conviée à réciter le poème « L’Offrande à la Nature ».
Très admirée de ses contemporains, Anna Élisabeth de Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles (Paris, 1876-1933), occupe une place importante dans la vie littéraire et mondaine du début du XXe siècle. Marcel Proust voit en elle « une femme-mage », tandis que Jean Moréas la nomme « L’Abeille de l’Hymette ».
Sorti en librairie le 8 mai 1901, son recueil poétique Le Cœur innombrable est accueilli avec un succès qui dépasse de beaucoup les espérances de la « divine ». Anatole France déclare un mois plus tard :
« Votre poésie, jeune et charmante comme vous, est auguste et vieille comme la terre, dont elle a les âcres senteurs. Vous exprimez avec une force incroyable la délicieuse nouveauté de la vie et la joie de découvrir l’antique univers. Vous êtes jeune comme la poésie grecque. […] Ces vers candides, étonnés et farouches sont d’une nymphe des eaux, des bois et des montagnes. Vous m’inspirez une amitié craintive et comme une sainte terreur. Car je ne crois pas, Madame, que vous soyez une simple mortelle. »
Anna de Noailles n’est pourtant pas une révolutionnaire de la forme poétique. Elle ne se pose nullement dans la lignée de Mallarmé, mais plutôt dans la veine lyrique de Ronsard et, plus proche d’elle, celle d’André Chénier. Et puise son inspiration dans la poésie grecque, dont elle est une fervente lectrice. Dans ses poèmes, Anna de Noailles chante l’amour, la nature et la mort. Mais son « cœur », qu’elle compare à « un palais plein de parfums flottants », y occupe la place privilégiée d’un « cœur innombrable ».
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
(Source Terre de Femmes)
Le Coeur Innombrable - Anna de NOAILLES
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| 1902 - Portrait de Rainer Maria Rilke par Helmut Westhoff. |
En 1903, un poète de vingt ans, Franz Xaver Kappus, alors étudiant à l'Académie militaire de Wiener-Neustadt, décide d'envoyer à Rainer-Maria Rilke, ses premiers essais poétiques accompagnés d'une lettre dans laquelle il lui avoue douter de sa vocation.
Il ne pouvait espérer plus belle écoute et plus juste accueil à ses incertitudes. Pendant 5 ans, de 1903 à 1908 , avec une extrême délicatesse, Rilke répondra régulièrement à ce jeune homme qu'il ne rencontrera jamais Humble et magistral à la fois, Rilke aborde tous les grands sujets de l'existence : l'amour, la mort, Dieu, la solitude . Il dévoile également ses influences : l'écrivain danois Jacobsen, le sculpteur Rodin... Trois ans après la mort du maître, en 1929 , Franz Xaver Kappus édite dix courriers que lui a envoyés l'auteur des Elégies de Duino et les accompagne d'une courte et respectueuse préface. Il décide simplement d'intituler ce recueil : Lettres à un jeune poète. Ce « guide spirituel » connaîtra un succès éditorial mondial qui ne s'est jamais démenti depuis. (Source ALaLettre)
Rilke écrivait à un jeune poète pour lui conseiller d'être grand, et le consoler d'être seul. Parmi les compagnons prêts à peupler nos solitudes, il énumérait Dieu, et le printemps, et l'enfance, et le vent surtout, "qui a passé par-dessus les arbres de beaucoup de pays". (Source PierdeLune)
Résumé :
Lettres à un jeune poète ("méditation sur la solitude, la création, l'accomplissement intérieur") est l'une des oeuvres les plus connue et les plus accessibles de Rainer Maria Rilke. L'aventure poétique de Rainer Maria Rilke n'est pas limitée à la seule création, elle recèle également une réflexion sur l'acte littéraire.Dans les Lettres à un jeune poète, l'auteur révèle ses doutes tout autant que ses joies de créateur. Il répond à une longue missive qui lui fut envoyée par Franz Xaver Kappus, âgé de 20 ans, dans laquelle le jeune homme se confiait entièrement à lui. Les dix lettres qui constituent ce recueil ont été écrites par Rilke entre 1903 et 1908. Elles retracent le processus de maturation de l'auteur tout autant qu'elles portent en germe les thèmes centraux des Élégies de Duino et Sonnets à Orphée, ses oeuvres maîtresses. Rilke endosse à l'égard de Kappus le rôle de guide, cherchant à clarifier les enjeux essentiels de la poésie. Il lui fait part de la solitude nécessaire à toute entreprise littéraire, de la confrontation vitale avec la réalité crue, et lui fait pressentir le bonheur des "aubes nouvelles", ces extases fugaces qui compensent la douleur de l'enfantement poétique. Un voyage aux sources de la création. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot
Critique/Presse :
Les lettres à un jeune poète sont tout autant des lettres écrites par un jeune poète –Rilke a vingt-sept ans lorsqu'il répond pour la première fois , trente-deux ans lorsqu'il écrit la dernière lettre publiée- à un jeune homme dont la figure précise reste dans l'ombre de sorte qu'il devient, pour ainsi dire, l'éponyme, moins d'un âge, que d'une période de la vie, définie par un type de dilemmes. La force de ces lettres et leur très vaste lectorat tient d'abord à ceci que ce qu'on lit dans les réponses de Rilke prend un tour quasi universel en même temps qu'il y a suffisamment d'indications particulières pour ancrer la personne de Franz Kappus dans une réalité individuelle. C'est que ce dernier traverse ce moment inévitable, mais irréductiblement singulier dans l'expérience, au cours duquel chacun s'efforce de "passer" vers le monde adulte et de parvenir à être enfin vraiment soi-même. La poésie bien sûr n'est pas absente de ces lettres, mais c'est d'abord parce qu'elle est recherche d'une vérité intime. Il s'agit tout autant d'écriture en général, de création artistique, que, pour finir, de la raison intime qui détermine le choix d'existence que tout un chacun peut vouloir découvrir en soi. (Extrait de la préface du traducteur) "Paresse ou incompréhension, j'ai souvent eu de grandes difficultés à lire. Les lettres que Rainer Maria Rilke (alors âgé de 28 ans) adressait au jeune poète Franz Kappus, me sont apparues comme une eau claire. J'ai plongé dans cette lecture sans reprendre mon souffle. Ma rencontre avec ces lettres reste un choc; une émotion au bord des larmes. J'aimerais vous faire partager cette émotion, et vous faire entendre toute la grandeur, toute la beauté de cette méditation intérieure." Barbara (Courant octobre 1991, Barbara, pour les éditions Claudine Ducaté enregistre Les lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Dix lettres plus un sonnet de Franz Kappus sont lues. L'enregistrement a été commercialisé uniquement en cassette audio.) Ce sont les Lettres à un jeune poète qui sont aujourd’hui l’œuvre la plus connue de Rainer Maria Rilke, celle qui semble résonner de la façon la plus contemporaine. Stan Neumann. (Source Mondalire)
INTRODUCTION :
(Lettre de Franz Xaver Kappus)
C'était la fin de l'automne 1902, j'étais assis dans le parc de l'École militaire, à Wiener Neustadt, sous de séculaires marronniers, et je lisais un livre.
J'étais si profondément absorbé par ma lecture que je remarquai à peine le seul de nos professeurs à n'être pas officier, l'aumônier de l'École, le savant et bon Horacek, s'approcher de moi. Il me prit le volume des mains, contempla la couverture et hocha la tête. « Poésies de Rainer Maria Rilke? » interrogea-t-il, songeur. Il feuilleta le livre, ouvrant çà et là, parcourut quelques vers; son regard se perdit au loin, songeur, puis il finit par incliner la tête: « Eh bien, l'élève René Rilke est donc devenu poète. »Et j'appris que ce garçon fluet, pâle, avait été inscrit par ses parents, plus de quinze ans auparavent, à l'École militaire élémentaire de Sankt Pölten afin qu'il devienne officier.
À l'époque, Horacek y avait été aumonier et il se souvenait encore très nettement de cet ancien élève. Il le décrivit comme un jeune garçon très doué, calme et sérieux, qui se tenait volontiers à l'écart, supportant avec patience les contraintes de la vie d'internat, et qui, au bout de la quatrième année, passa, en même temps que les autres, à l'École militaire supérieure qui se trouvait alors à Mährisch-Weisskirchen.
Mais sa constitution s'y révéla trop fragile, voilà pourquoi ses parents le firent sortir de l'école et le laissèrent poursuivre des études, chez eux, à Prague.
Horacek ignorait à quel cours avait ensuite obéi son existence concrète.On comprendra que, après cela, je résolu dans l'heure d'envoyer mes tentatives poétiques à Rainer Maria Rilke et de solliciter son jugement.
Je n'avais pas encore vingt ans et j'étais sur le point d'embrasser un métier que je ressentais exactement contraire à mes inclinaisons; si j'espérais quelque compréhension c'était précisément de la part de quelqu'un comme le poète qui avait signé le livre Mir zu Feier 1.
Et sans que je l'ai vraiment prémeditée, une lettre finit par accompagner mes vers; je m'y livrais sans réserve, comme jamais je ne l'avais fait auparavent, et comme jamais non plus, par la suite à qui que ce soit d'autre.Bien des semaines passèrent avant que ne vînt la réponse.
La lettre, cachetée de bleu, avait été postée à Paris; elle pesait lourd et l'enveloppe portait la même belle écriture, nette et assurée, que le texte, de sa première à sa dernière ligne.
C'est ainsi que débuta ma correspondance régulière avec Rainer Maria Rilke, qui dura jusqu'en 1908, et qui peu à peu se raréfia, car la vie me fit dériver vers des domaines dont la chaleureuse, la douce et touchente attention du poète eût précisément voulut me tenir éloigné.
Mais ce n'est pas ce qui est important. Seules importent les dix lettres qui suivent; elles sont importantes pour la connaissance du monde au sein duquel à vécu, à créé Rainer Maria Rilke, et elles importent aussi pour nombre de ceux qui, aujourd'hui et demain, prennent leur essor et se développent.
Lorsque parle une grande figure originale, les petits doivent se taire.
Berlin, juin 1929
Franz Xaver Kappus
Extraits
Borgeby Gård, Flädie, Suède, le 12 août 1904 Je tiens de nouveau à vous parler un instant, cher monsieur Kappus, bien que je ne puisse rien dire qui fût de quelque secours, et soit à peine en mesure d'écrire quelque chose d'utile. Vous avez eu de nombreuses et grandes tristesses qui sont passées. Et vous dites que même le fait qu'elles aient passé vous a été pénible et fut délibitant. Mais demandez-vous, je vous en prie, si ces grandes tristesses ne vous ont pas traversées plutôt qu'elles n'ont passé? Si bien des choses en vous ne se sont pas transformées, si vous-même quelque part, en quelque endroit de votre être, vous n'avez pas changé tandis que vous étiez tristes? Seules sont dangereuses et mauvaises ces tristesses que l'on porte avec soi parmi les gens afin de couvrir leurs propos. Telles des maladies traitées superficiellement et de manière aberrante, elles ne font que reculer pour faire d'autant plus irruption après une courte rémission; et elles s'accumulent en vous, constituent une forme de vie non vécue, méprisée, gâchée, une forme de vie dont on peut mourir. S'il nous était possible de voir au-delà des limites où s'étend notre savoir, et encore un peu plus loin au-delà des contreforts de nos intuitions, peut-être alors supporterions-nous nos tristesses avec plus de confiance que nos joies. Elle sont, en effet, ces instants où quelque chose de nouveau a pénétré en nous, quelque chose d'inconnu; nos sentiments font silence alors, obéissant à une gêne effarouchée, tout en nous se rétracte, le silence se fait, et ce qui est nouveau, que personne ne connaît, se tient là, au centre, et se tait.
Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté qui est entrée en nous; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui est habituel nous est ravi; nous sommes, en effet, au coeur d'une transition où nous ne savons pas nous fixer. C'est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère: ce qui est nouveau en nous, l'adjuvant de ce que nous étions, est allé jusqu'à notre coeur, a pénétré son lieu le plus intime, mais n'y est pas non plus resté: il a été passé dans le sang. Et nous ne savons pas ce que c'était. Il serait facile de nous persuader qu'il ne s'est rien passé; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré. Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans doute jamais, et pourtant bien de signes témoignent du fait que c'est ainsi que l'avenir pénètre en nous pour s'y modifier longtemps avant qu'il n'arrive lui-même. Voilà pourquoi il est si important d'être solitaire et attentif lorqu'on est triste: l'instant apparemment immobile où, semble-t-il, rien ne se passe, cet instant où l'avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie que cet autre moment arbitraire et patent où l'avenir nous arrive pour ainsi dire de l'extérieur.
Plus nous sommes silencieux, patients et disponibles lorsque nous sommes tristes, et plus ce qui est nouveau pénètrera profondément et sûrement en nous, mieux nous le ferons nôtre; il sera d'autant plus notre destin propre, et, plus tard, lorsqu'il «se produira» (c'est-à-dire lorsqu'il surgira de nous pour passer aux autres), nous nous sentirons profondément intimes et proches. Et c'est nécessaire. Il est nécessaire — et c'est vers cela que peu à peu doit tendre notre évolution — que nous ne nous heurtions à aucune expérience étrangère, mais que nous ne rencontrions que ce qui, depuis longtemps, nous appartient. Il a déjà fallu repenser tant de conceptions du mouvement qu'on saura peu à peu admettre que ce que nous appelons destin provient des hommes et ne vient pas de l'extérieur. C'est uniquement parce que nombre d'entre eux ne se sont pas imprégnés de leur destin quand il vivaient en eux, ne l'ont pas transformé en ce qu'il sont eux-même, qu'ils n'ont pas su reconnaître ce qui provenait d'eux; cela leur était si étranger que, dans leur crainte confuse, ils ont cru qu'il venait à l'instant de les atteindre car ils juraient n'avoir jamais auparavent rien trouvé de pareil en eux. De même qu'on s'est longtemps abusé à propos du mouvement du soleil, on continue encore à se tromper sur le mouvement de ce qui est à venir. L'avenir est fixe, cher monsieur Kappus, mais c'est nous qui nous nous déplaçons dans l'espace infini.
[...]
Actuellement à Worpswede près de Brême, le 16 juillet 1903
[...]
Mon bien cher monsieur Kappus, j'ai laissé longtemps sans réponse une lettre de vous, non que je l'eusse oubliée, au contraire, elle était des lettres qu'on relie lorsqu'on les retrouve parmi la correspondance, et je vous y ai reconnu comme si vous étiez tout proche. [...] Ici, que je suis entouré d'une vaste contrée parcourue par les vents venus des mers, je sens qu'aucun homme ne saura jamais répondre aux questions et aux sentiments qui ont leur vie propre au coeur de votre intimité; car même les meilleurs se perdent dans les mots lorsqu'ils ont à faire entendre ce qui est le plus ténu et qui est presque indicible. Mais je crois pourtant que vous n'êtes pas voué à rester sans réponse si vous vous en tenez à des choses qui ressemblent à celles qui actuellement reposent mes yeux. Si vous vous en tenez à la nature, à ce qu'elle recèle de simple, à ce qui est réduit, qu'à peine quelqu'un remarque et qui, de manière inaperçue, peut parvenir à la grandeur et à l'incommensurable, si vous avez cet amour pour ce qui est infime, et si, en toute simplicité, vous cherchez à gagner, pour le servir, la confiance de ce qui semble indigent, tout vous sera plus facile, tout sera plus cohérent et en quelque manière plus harmonieux, non sans doute pour l'entendement qui, étonné, observe une certaine réserve, mais pour votre conscience la plus profonde, pour votre lucidité et pour votre savoir.
Vous êtes si jeune, en quelque sorte avant tout début, et je voudrais, aussi bien que je le puis, vous prier, cher Monsieur, d'être patient à l'égard de tout ce qui dans votre coeur est encore irrésolu, et de tenter d'aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l'instant des réponses, qui ne sauraient vous être données; car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s'agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions. Peut-être vivrez-vous par la suite et petit à petit sans, vous en aperçevoir, en ayant, un jour lointain, pénétré au sein des réponses. Peut-être recelez vous la possibilité de former et de structurer comme une modalité de la vie particulièrement heureuse et pure; éduquez-vous à cela, mais acceptez ce qui arrivera en toute confiance ; et si cela ne provient que de votre seule volonté, d'une quelconque nécessité de votre intériorité, accueillez-le et ne haïssez rien. Ce qui est sexuel est difficile, en effet. Mais ce qui nous a été enjoint est grave, et presque tout ce qui est sérieux est grave, or tout est sérieux. Si seulement vous prenez conscience de cela, et si vous parvenez, à partir de vous-même, de vos dispositions, à votre manière, en puisant dans votre propre expérience, dans votre enfance et dans vos forces, à nouer un rapport tout à fait personnel (que n'influencent ni les convictions ni les moeurs) à la sexualité, vous n'aurez plus à craindre désormais de vous perdre ni d'être indigne de ce qu'il y a de meilleur en vous.
[...]
Ne vous laissez pas abuser par les surfaces; en profondeur, tout est loi. Et ceux qui vivent le secret mal et à faux (ils sont fort nombreux) ne fourvoient qu'eux-mêmes tout en continuant de le transmettre sans le savoir, comme une lettre cachetée. Et ne soyez pas trompé par la multitude des noms ni par la complexité des cas. Sans doute y a-t-il par-dessus tout un grand principe maternel, désir commun à tout. La beauté d'une vierge, d'un être «qui n'a rien encore accompli» (comme vous le dites si joliment) est maternité qui se pressent et se prépare, s'inquiète et languit. La beauté de la mère est maternité qui se dévoue, et, chez la vieille femme, on trouve une grande mémoire. La maternité est chez l'homme aussi, me semble-t-il, charnelle et spirituelle; la création masculine est elle aussi une sorte d'accouchement, et c'est un enfantement lorsqu'il crée à partir de sa plénitude la plus intime. Et peut-être les sexes sont-ils plus proches qu'on ne le pense; la grande innovation mondiale consistera sans doute en ce que l'homme et la femme, affranchis de tous les sentiments erronés et de toutes les répugnances, ne se chercheront plus comme des contraires s'attirent, mais comme des frères et des soeurs, des voisins qui s'uniront comme des êtres humains pour simplement, gravement et patiemment assumer en commun cette sexualité difficile qui leur échoit.
Mais tout ce qui, un jour, deviendra peut-être possible pour beaucoup, le solitaire peut déjà le préparer et l'élaborer de ses propres mains qui se trompent moins. C'est pourquoi, cher Monsieur, il vous faut aimer votre solitude, et supporter, à travers des plaintes aux beaux accents, la souffrance qu'elle vous cause. Car ceux qui vous sont proches se trouvent au loin, dites-vous, ce qui révèle qu'une certaine ampleur est en train de s'installer autour de vous. Et si ce qui vous est proche est déjà lointain, votre ampleur confine alors aux étoiles, et elle est fort vaste; réjouissez-vous de votre croissance où vous ne pouvez bien sûr vous faire accompagner par personne; soyez gentil à l'égard de ceux qui restent en arrière, soyez calme et sûr de vous face à eux, ne les tourmentez pas de vos doutes ni ne les effrayez de votre assurance ou de votre joie qu'ils ne pourraient saisir. Cherchez à nouer avec eux quelques liens simples et fidèles qui n'auront pas à se modifier nécessairement lorsque vous-même vous transformerez toujours davantage; aimez en eux la vie sous une forme étrangère, et faites montre d'indulgence à l'endroit des personnes qui vieillissent et qui redoutent cette solitude qui vous est familière. Évitez de nourrir ce drame toujours ouvert entre parents et enfants: il gaspille tant de force chez les enfants et consume l'amour des parents qui agit et réchauffe même lorsqu'il ne comprend pas. N'exigez aucun conseil d'eux et ne comptez pas sur la moindre compréhension, mais croyez à leur amour qui vous sera conservé comme un héritage; et soyez persuadé qu'il y a, dans cet amour, une force et une bénédiction que vous n'aurez pas à abandonner pour aller fort loin!
[...]
Votre
[...]
Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.
[...] Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personalité s'affirmira, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres.
Nous savons peu de choses, mais qu'il faille nous tenir au difficile, c'est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. Il est bon d'être seul parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir.
Il est bon aussi d'aimer ; car l'amour est difficile. L'amour d'un être humain pour un autre, c'est peut-être l'épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c'est le plus haut témoignage de nous-mêmes ; l'oeuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C'est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur coeur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer. Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L'amour, ce n'est pas dés l'abord se donner, s'unir à un autre. Que serait l'union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ?
L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large. Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir. Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s'unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d'abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi-même est un achèvement : l'homme en est peut-être encore incapable."
[...]
"Il est bon d'être seul, parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus pour l'entreprendre.»
(Es ist gut, einsam zu sein, denn Einsamkeit ist schwer ; daß etwas schwer ist, muß uns ein Grund mehr sein, es zu tun.)
[...]
Le partage total entre deux êtres est impossible et chaque fois que l'on pourrait croire qu'un tel partage a été réalisé, il s'agit d'un accord qui frustre l'un des partenaires, ou même tous les deux, de la possibilité de se développer pleinement.
Mais lorsque l'on a pris conscience de la distance infinie qu'il y aura toujours entre deux êtres humains, quels qu'ils soient, une merveilleuse "vie côte à côte"devient possible:
Il faudra que les deux partenaires deviennent capables d'aimer cette distance qui les sépare et grâce à laquelle chacun des deux aperçoit l'autre entier, découpé dans le ciel.
Lettres à un jeune poète - Rainer Maria RILKE
Être aussi simple
Aussi muet
Que tout le blé qui pousse au vent d'aimer
Simplement être...
La vie nous blesse
Elle nous assèche
J'attends que quelque chose fonde en moi
J'attends tout... "d'être"
Tous ces combats
Qui brisent insouciance
Mordent l'existence,
J'ai la mélancholia
Qui rend l'âme à nue
Qui me constitue
Tous ces combats
Alors que la rage
Que tout fait naufrage
J'ai dans mon autre moi
Un désir d'aimer
Comme un bouclier
Aux jours livides
Qui semblent me dire :
"je voudrais t'immerger dans un silence"
Je crains qu'ils dansent !
Beauté du doute
Oser un souffle
"Vivre" est ce qu'il y a des plus rare au monde
Pourtant les ombres...
Paroles : Mylène Farmer
Aussi muet
Que tout le blé qui pousse au vent d'aimer
Simplement être...
La vie nous blesse
Elle nous assèche
J'attends que quelque chose fonde en moi
J'attends tout... "d'être"
Tous ces combats
Qui brisent insouciance
Mordent l'existence,
J'ai la mélancholia
Qui rend l'âme à nue
Qui me constitue
Tous ces combats
Alors que la rage
Que tout fait naufrage
J'ai dans mon autre moi
Un désir d'aimer
Comme un bouclier
Aux jours livides
Qui semblent me dire :
"je voudrais t'immerger dans un silence"
Je crains qu'ils dansent !
Beauté du doute
Oser un souffle
"Vivre" est ce qu'il y a des plus rare au monde
Pourtant les ombres...
Paroles : Mylène Farmer






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