ƒ Aung San Suu Kyi, une vie dédiée à la paix | Carnet de vie

Aung San Suu Kyi, une vie dédiée à la paix






La "recluse de Rangoun" continue d'incarner l'espoir des Birmans


Il faut l'avoir vue se hisser sur le parapet de son portail, fluette, gracieuse, micro au bout des lèvres, distillant des mots d'espoir que boivent une foule de partisans rassemblés sur la chaussée, pour saisir, l'espace d'un instant, la séduction exercée sur son peuple par la "Dame". C'était un jour de mousson de l'été 1996, à Rangoun, mais la scène s'est reproduite des dizaines de fois, aussi longtemps que la junte militaire a daigné l'autoriser au fil des deux décennies de résidence surveillée imposée à Aung San Suu Kyi.

Son buste dépasse de la grille. Chignon piqué de pétales d'orchidée, vêtue d'une chemisette violette, la "Dame", comme l'appellent affectueusement les Birmans, tient entre ses doigts des feuillets manuscrits. Elle parle, longuement, brûlant d'une ferveur tranquille, sereine, qu'on devine trempée dans une solide foi bouddhiste. Son propos tient plus du cours d'instruction civique et morale que de l'imprécation. Elle disserte sur l'économie et la démocratie, et répond aux questions que lui ont adressé ses partisans sous forme de billets glissés dans sa boîte aux lettres.


Elle est particulièrement prolixe sur la relation du maître et de l'esclave. Les références à Vaclav Havel ou à Nelson Mandela, ses maîtres en dissidence, abondent.

En face d'elle, la foule mêle retraités et lycéens, bonzes équipés de parapluies - gouttelettes de pluie obligent - et touristes bardés d'appareils photo. On repère aussi des gaillards à l'allure de policiers en civil. Des mains tendent des micros. Les cassettes audio circuleront plus tard sous le manteau. Depuis son assignation à résidence en 1989, un an après la sanglante répression d'un mouvement démocratique, Aung San Suu Kyi demeure confinée là, en son domicile du 54, rue de l'Université, une villa à l'architecture coloniale délavée par les pluies tropicales.

UN DÉFI INACCEPTABLE

Dans une pièce fraîche aux murs tapissés des portraits de son père - Aung San -, héros national assassiné à la veille de l'indépendance en 1948, elle a aménagé une manière de salon. Quand elle peut recevoir des visiteurs étrangers, elle s'exprime dans l'anglais cristallin d'Oxford, où elle étudia à la fin des années 1960 la philosophie et l'économie. Une véranda donne sur un étang couleur de plomb et, dans le jardin coiffé manguiers et cocotiers, se dresse une sorte de kiosque en bois de teck où se réunissaient naguère les membres l'état-major de la Ligue nationale de la démocratie (LND).

Vingt ans de liberté limitée, surveillée, souvent muselée. Peut-on imaginer la vie qui s'y consume ? Elle lit Tchekhov - entre autres - et joue du piano tandis que du dehors filtrent bonnes et mauvaises nouvelles. C'est de cette retraite forcée qu'elle apprit sa consécration par le prix Nobel de la paix (1991) ou la mort de son mari, le tibétologue Michael Aris, décédé d'un cancer en 1999 alors qu'elle n'avait pu le revoir qu'à cinq reprises depuis le début de sa réclusion.

La séparation avec sa famille fut, à n'en pas douter, sa plus grande souffrance. Elle n'aura pu accompagner l'adolescence de ses deux garçons, Alexander et Kim, aujourd'hui âgés de 36 et 32 ans.

Bien sûr, elle aurait pu se résoudre à l'exil pour retrouver la chaleur de siens. La junte n'attendait d'ailleurs que cela. Cruel dilemme. Elle serait infiniment plus inoffensive en Occident qu'au coeur même de Rangoun, derrière son portail de la rue de l'Université où les Birmans savent que l'espoir bat encore. Aung San Suu Kyi a fort bien compris le piège. Alors, elle a posé des conditions à son départ : formation d'un gouvernement civil, libération des prisonniers politiques. "Je ne laisserai jamais tomber la population", a-t-elle maintes fois lancé. Un défi inacceptable pour les militaires. La "Dame" en paie aujourd'hui le douloureux prix.

Frédéric Bobin




18 mois de trop
LE MONDE | 11.08.09 | 14h24 • Mis à jour le 11.08.09 | 18h39

Ang San Suu Kyi s'attendait "au pire", selon ses propres termes. Et beaucoup, dans le monde, le craignaient pour elle. Emprisonnée ou assignée à résidence pendant la majeure partie des vingt dernières années, la figure emblématique de l'opposition démocratique à la junte birmane était à nouveau incarcérée depuis le 14 mai et risquait cinq ans d'emprisonnement.




Depuis quelques semaines, en effet, les pressions s'étaient multipliées pour obtenir la remise en liberté de Mme Suu Kyi. Début juillet, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait fait un déplacement à Rangoun pour plaider sa cause, sans toutefois pouvoir la rencontrer. A la mi-juillet, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, avait exigé sa libération et laissé entrevoir, en échange, un dégel des relations avec la Birmanie, soumise depuis des années à de sévères sanctions économiques. L'Union européenne, également, avait exprimé sa vive inquiétude et mis en garde la junte contre un verdict négatif. Sans parler d'innombrables soutiens apportés, notamment, par des organisations comme Amnesty International.

Ces efforts ont échoué. Moins lourde qu'on pouvait le craindre, la condamnation de l'opposante birmane n'en reste pas moins inacceptable. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a immédiatement exprimé sa "colère" contre "le mépris total du droit et de l'opinion internationale" dont vient à nouveau de faire preuve le régime birman. Quant à l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), elle a convoqué une réunion d'urgence : "Avec cette condamnation, Aung San Suu Kyi n'a aucun moyen de participer à l'élection générale de l'année prochaine, qui devrait être juste et libre", a-t-elle souligné.

C'est en effet l'enjeu pour les militaires au pouvoir en Birmanie : museler une nouvelle fois celle qui avait largement remporté les élections législatives de 1990 et contre laquelle ils avaient, alors, pris le pouvoir et imposé au pays dictature, isolement total et sous-développement accru. Bref, museler la démocratie. Ces dix-huit mois de condamnation sont dix-huit mois de trop.



Soutien à Aung San Suu Kyi


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