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«A cause de Bush notre société est anéantie»


Redford : «A cause de Bush notre société est anéantie»
Propos recueillis par Emmanuèle Frois et Marie-Noëlle Tranchant
20/11/2007 |
«Bush a pris des décisions catastrophiques pour des jeunes gens courageux, prêts à sacrifier leur vie pour leur patrie», estime Robert Redford, ici durant le tournage (DR).
L’interprète des «Hommes du président» retrouve sa veine politique et son sens de l’engagement.
«Lions et Agneaux», un drame de Robert Redford, avec Tom Cruise, Meryl Streep, Robert Redford. Durée : 1 h 30.

À travers un homme politique (Tom Cruise), une journaliste (Meryl Streep), un professeur nostalgique (Robert Redford), des étudiants engagés ou blasés, Robert Redford réfléchit sur la dégradation actuelle de la démocratie américaine.

LE FIGARO. – Pour vous, qui sont les lions, qui sont les agneaux?

Robert REDFORD. – Les lions devraient diriger les agneaux – vous diriez plutôt les moutons. Mais en 2007, dans mon pays, il existe une véritable ironie et un paradoxe, ce sont les agneaux qui mènent les lions. Ce sont les personnes les moins qualifiées qui conduisent les plus forts. Et, en général, les entraînent vers la mort. Je fais ici référence à un groupe d’hommes, c’est-à-dire au président et à ses conseillers qui n’étaient pas qualifiés pour nous plonger dans une guerre en Irak. À cause d’eux, une grande partie de notre société est anéantie, autant au niveau de nos infrastructures que dans le domaine de l’éducation, de la santé… On ne peut même pas dire qu’ils aient ignoré l’environnement, ils ont tout simplement tenté de le détruire ! Et c’est ce qu’on appelle un gouvernement ! Bush a pris des décisions catastrophiques pour des jeunes gens courageux, prêts à sacrifier leur vie pour leur patrie. Le film montre ce qui leur arrive. Mon personnage dit : «Si je croyais que cette guerre était juste, je serais derrière vous. Mais c’est une pure folie. Ces gens qui ont voulu la guerre ne savaient pas la faire».

Avez-vous des points communs avec ce professeur que vous incarnez à l’écran?
Pas de manière académique puisque j’ai été jeté de l’université du Colorado! Je ne pensais qu’aux filles, au sport et à l’art. En un mot, à m’amuser. Et puis je voulais devenir un artiste et visiter l’Europe. Mon éducation a réellement débuté lorsque j’ai débarqué en France, à 18 ans. Ma conscience politique s’est éveillée à Paris.

De quelle façon ?
Je vivais à Montparnasse avec des étudiants qui parlaient beaucoup de politique, notamment de la guerre d’Algérie. Mais aussi de la crise du canal de Suez, qui créait des tensions entre Français et Américains. Des étudiants m’ont pris à partie, ils voulaient en débattre, mais je ne connaissais rien au sujet. Je me suis senti terriblement humilié. C’est à ce moment que j’ai décidé de m’intéresser à la politique américaine. Et lorsque je suis devenu cinéaste j’ai fait écho de mes engagements dans mes films.

L’engagement fait-il partie de vos antécédents familiaux ?
Durant ma jeunesse, je n’y prêtais pas attention. Mais, effectivement, du côté de la famille mon père il y avait des communistes. Au début du siècle dernier sa tante a fait partie du mouvement anarchiste d’Emma Goldman. Et lorsque cette dernière fut expulsée en Russie, ma grand-tante est partie enseigner à Los Angeles. Mon père, qui appartenait à la working class, était un libéral en politique, mais socialement un conservateur. Nous ne parlions pas de ses idées, car il travaillait très dur.

Votre film montre aussi la relation entre le pouvoir et la presse.
Malheureusement, alors que la presse était un point fort en Amérique, il n’y a plus aujourd’hui de journalistes exigeants, qui vérifient l’information en recoupant les sources. La société a changé, et aujourd’hui l’information est entre les mains de quatre grands groupes. Et est-ce que l’argent a un point de vue, en dehors du profit ? Maintenant, c’est le divertissement qui fait la une.

Qu’est-ce qui s’est passé pour que les choses changent à ce point ?
Il y a d’abord eu, depuis un bon moment, cette dérive commerciale de la société. Et puis le choc du 11 septembre a laissé le peuple américain effrayé, et comme anesthésié. C’est parce que nous dormions que ce pouvoir stupide, dangereux et incompétent a pu s’installer, et abuser de notre patriotisme. Mais maintenant, on commence à se réveiller, à voir la vérité. Le personnel politique actuel est seulement intéressé par le pouvoir, sans avoir aucun sens de l’histoire, aucune culture étrangère. Le film est là pour poser des questions, susciter des réflexions. Je ne donne pas de leçons, je prends la liberté très au sérieux.

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