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A l'école des sans-papiers

Article du Blog : 

A l'école des sans-papiers
Parents d'élèves et enseignants, pour la plupart membres de RESF, racontent le quotidien des enfants de familles sans papiers.


Des années dans une chambre…

Texte élaboré dans un atelier d'écriture de Bron, mené par Denise Bergeron, avec des femmes sans papiers ou récemment régularisées. Ce texte a donné lieu à un spectacle intitulé Paroles partagées, en novembre 2006.
(Transmis par Mireille Peloux, RESF Lyon)

Des années dans une chambre,
A l’hôtel ou hébergés,
exploités, mal traités,
Pas d’intimité,
Pas de liberté,
Tous perturbés.
Enfants, parents,
Stressés, déprimés ;
C’est la vie qu’on a menée
Pendant des années.

Avant on était cachés
on vivait comme des taupes ,
dans l’obscurité,
dans l’attente pendant des années.
ça pousse au désespoir,
à la mort à petits feux.

Sans papiers,
Ligotés,
Pas le droit de travailler,
Mais pas le droit d’être aidés,
Toutes les portes se ferment
On ne sait plus où aller,
On a perdu notre dignité,
Notre espoir d’une vie meilleure.

Nos enfants n’ont pas le droit de jouer,
de manger équilibré,
de partir en vacances,
d’avoir un bureau pour faire leur devoir,
un coin d’intimité.
ils se sentent inférieurs aux autres.

On nous propose des choses humiliantes :
Emmener nos enfants manger avec les SDF !

J’adore la France
et l’Etat français me rejette.

J’aime mon pays l’Algérie,
plus que tous les pays ;
pourtant,
je suis obligée de vivre en France.

J’en ai marre d’être jugée
pour mes choix qui sont incompris ;
parce que je porte le foulard,
ou parce que je ne le porte pas.

On souffre toujours,
On souffre en silence,
On fait les sales boulots,
pour nourrir les enfants
Sans tendre la main.

A côté ,
on voit tout ça ;
on a envie de soutenir,
mais on se sent impuissant.

L’Etat français
devrait penser à nos enfants.
Ce sont des êtres humains,
des enfants comme tous les enfants.
Pourtant,
nos enfants n’ont pas les libertés des autres enfants :
ils vivent dans la peur,
dans l’angoisse,
dans la honte
de ne pas être comme les autres enfants.

On est angoissés,
dans l’attente des réponses,
paralysés.

J’ai découvert des femmes
qui souffrent en silence
depuis plusieurs années ;
qui se battent pour leurs familles,
qui luttent pour être acceptées.
Et pourtant je les voyais souriantes,
au milieu des autres,
comme si de rien n’était,
subissant les épreuves,
sans exprimer de plaintes,
sans même que l’on connaisse
leur situation précaire.

Ça me rend triste ce gouvernement
qui casse le sourire des enfants
et toi Sarko, t’as oublié d’où tu viens.

On veut avancer ;
on se bat ;
on baisse pas les bras.

On veut garder notre fierté
notre dignité,
sans être rabaissés
parce qu’on attend nos papiers,
parce qu’on attend d’être régularisés.

On veut vivre
Comme tout le monde.
On veut avoir les mêmes droits
Que tout le monde.

On veut vivre dans l’intimité,
dans un chez nous.

Les papiers sont un moyen pour être affranchie,
pour avoir ma liberté.
Les papiers me donneraient le droit de travailler
je ne serais plus un poids lourd.

Un peu de chaleur,
grâce aux animateurs
qui nous ont accompagnés
pendant nos heures d’attente à la préfecture.
Dans cette cour insalubre,
grâce à eux,
nos enfants
ont été moins perturbés.

Des gens sympa autour de nous
ça fait un bien fou
ça nous rend heureuses.

Se réunir entre nous,
le groupe de mamans,
ça permet de s’entraider :
ça m’a aidée à sortir de l’ombre,
à mieux m’affirmer.

C’est des endroits comme l’espace famille
qui nous ont permis de nous rencontrer,
de bouger ensemble,
en confiance.

On est rassurés de savoir
qu’il y a du monde autour de nous.

Je suis fière d’être avec vous
aujourd’hui,
je suis fière d’être française,
mais pas des choix que fait mon pays aujourd’hui.

Je veux être une femme libre ;
mais pour l’être il me faut des papiers
ah oui, là d’où je viens
la femme manque un petit peu de liberté ;
paradoxe !
J’avais des papiers mais pas de liberté ;
Alors, nous voudrions enfin,
toutes,
avoir le choix de diriger nos vies,
le choix de penser
dans un pays libre,
que nous considérons comme le nôtre.
c’est dans le choix que nous faisons de nos pensées
que réside notre liberté.

Quand les demandeurs d’asile et les sans papiers
ne sont plus seulement
une cause à laquelle on s’intéresse
mais des personnes que l’on connaît.
quand ces familles vivent cette situation
depuis des années
et que l’on voit,
particulièrement pour les enfants,
ce que cela représente,
on ne se pose plus de question
sur la légitimité absolue de prendre leur défense.

Le collectif est très important à nos yeux ;
ça nous a permis de faire beaucoup de choses :
le parrainage,
des vraies rencontres,
avec des gens importants comme les élus ;
on s’est fait des amis,
on a rencontré des gens généreux du cœur.

On aimerait avoir la joie d’être tous régularisés
pour que la fête soit complète.

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