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Paroles d'une utopiste

Dans la colonne Blog de Libération, un titre attire mon attention "Allez, j'ose vous exposer une de mes utopies ?". Des utopies, je m'en nourris chaque jour, alors les utopies des autres m'appellent aussi. Voilà l'auto-portrait d'une utopiste, comme il en faudrait partout sur la Planète, là, je vous propose des utopies à la française :


Tapage nocturne à l'hôpital

Carnet d'une infirmière de nuit. Anne Perraut Soliveres prend la parole pour s'indigner ou apaiser.

Je suis «cadre supérieur Infirmier», autrement dit surveillante générale selon l’ancienne dénomination. Je travaille dans un PSPH, c’est-à-dire un «centre médical» de la région parisienne, Participant au Service Public Hospitalier, où je suis responsable du service de nuit.
Mon insatisfaction à propos du système de soins date de mon entrée à l’école d’infirmières en 1965.
Depuis, je n’ai cessé de batailler, de tenter de réveiller mes consœurs, de les encourager à prendre une parole confisquée par la médecine d’abord, par le budget ensuite.

Une formation universitaire vagabonde (merci à Vincennes-Saint-Denis de m’avoir offert l’espace de liberté sans lequel je n’aurais probablement pas tenu) a accompagné un quart de siècle de recherche d’équilibre entre vivre et soigner. Cette longue et passionnante balade universitaire s’est conclue par le «Prix Le Monde de la recherche» en l’an 2000, puis par la publication de ma thèse aux Presses universitaires de France en 2001 sous le titre Infirmières, le savoir de la nuit qui interroge la place de la subjectivité dans le savoir, mais aussi le rapport que notre société entretient avec sa nuit.

Membre du comité de rédaction de la revue Pratiques, les cahiers de la médecine utopique depuis une dizaine d’années, je tente de maintenir le cap d’un réveil de la profession infirmière, incroyablement silencieuse dans son marasme, tout en m’adossant à la réflexion critique d’un collectif de médecins (eh oui, il y en a qui partagent mes inquiétudes…) sur la société malade de ses choix.
C’est toujours la souffrance de l’autre qui motive mon parcours mais pas seulement pour tenter de la soulager. Il s’agit bien davantage de résister collectivement à toute forme d’oppression qui use les défenses psychiques des individus et par delà ouvre la porte au désespoir et parfois à la maladie.

Ainsi, j’avais 20 ans en 1968 et je n’ai jamais renoncé aux valeurs qui s’y sont développées et qui ont forgé ma vie. Non, je n’ai pas honte d’en être, bien au contraire, n’en déplaise aux nouvelles arrière-gardes. Je regrette seulement le manque de courage d’une grande partie de mes copains d’alors et me félicite qu’il reste suffisamment d’utopistes pour ouvrir quelques petites fenêtres sur un univers plus réjouissant que celui de la consommation effrénée et anxiolytique…

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