ƒ Abbé Pierre | Carnet de vie

Abbé Pierre

Le rebelle, le résistant, l'insurgé de la bonté, le pourfendeur de la misère, l'apôtre des sans-logis, le saint homme, le "saint Vincent de Paul du XXe siècle" ... La liste de tous les honneurs qui lui reviennent est bien longues.

Peut-on croire aux miracles ? Ils existent bien. Un homme sur Terre les a incarné. LUI ! L'abbé Pierre était à lui tout seul mille miracles.

J'ai bien aimé ce témoignage d'un de ses proches, qui a eu la chance de le connaître. Voici son interview :

Rendez-vous avec Dieu



La mort en face

Il est parti en psalmodiant « Je vous salue Marie ». Proche d'Einstein, passionné de biologie, l'abbé Pierre attendait la mort depuis l'âge de... 17 ans

Le Nouvel Observateur. - Comment vivait le vieil homme avec lequel vous avez écrit un dernier livre (1) ?
Frédéric Lenoir. - C'était un très vieux monsieur fatigué, perdu dans sa robe noire, et qui n'avait plus de solides que ses grosses et belles mains et son intelligence. Un être qui ne riait ni ne pleurait jamais, mais pratiquait l'humour, enfantin parfois. Il vivait très entouré dans un deux-pièces d'une communauté Emmaüs de la banlieue parisienne, à Alfortville, au siège international d'Emmaüs. Sa vie était très réglée. Matin et après-midi, il recevait des gens et lisait beaucoup de livres et de journaux. A midi, il faisait une sieste. Le soir, à 18 heures, il disait la messe dans sa chambre et dînait. Ensuite il regardait la télé, en zappant souvent d'un journal télévisé à un autre. Il dormait mal et priait souvent. Il s'était résigné à devoir vivre aussi vieux. Il le faisait le mieux possible, avec courage. Je l'ai rencontré à Noël. Il paraissait en pleine forme. Il était fatigué physiquement, mais intact intellectuellement. Il m'a surpris par son acuité. Il a par exemple lu deux fois mon roman « l'Oracle della Luna ». Il l'avait annoté et me posait des questions très précises, sur le destin, l'astrologie, et aussi sur l'Algérie. A un moment, je cite Cap Matifou, sur le littoral à Alger. Il connaissait très bien cet endroit. Il m'a alors signalé une imprécision dans la localisation de quelques kilomètres. J'étais impressionné par son exigence. Il ne lâchait rien...


N. O. - Selon vous, avait-il peur de la mort ?
F. Lenoir. - Pas du tout. Il est mort en psalmodiant en boucle le « Je vous salue Marie ». Il était très serein. Dans les dernières heures, le son ne sortait plus de sa bouche, mais ses lèvres continuaient de bouger. La mort, il l'attendait sans la moindre crainte, il l'espérait depuis si longtemps ! A 17 ans, peu après sa conversion, il voulait rencontrer Dieu. Ce désir lui avait valu sa seule expérience mystique de sa vie. « Tu resteras », avait-il entendu une voix lui souffler. La dernière année, quand je lui demandais en arrivant chez lui : « Père, ça va ? », il soupirait : « Quand va-t-Il venir me chercher ? » A chaque fois qu'il a perdu un proche, y compris sa secrétaire et vieille amie,Mlle Coutaz, il était plus joyeux que triste. Pour lui, ils étaient tous « en Dieu »... Je n'ai supporté de vivre si longtemps, disait-il, que par cette certitude en moi : Mourir est, qu'on le croie ou non, la rencontre avec l'Eternel, qui est Amour.Il disait que la vie est comme une tapisserie, qu'on ne voit que les mauvaises choses à la surface. Après la mort, on verra l'envers de cette tapisserie, c'est-à-dire la lumière, la beauté du monde. Pour le moment, répétait-il, « cette beauté m'est cachée par la souffrance d'un enfant ».
N. O. - Etait-ce la foi du charbonnier ?
F. Lenoir. - C'était une foi entière et absolue en Dieu. Elle lui fut donnée par une sorte de révélation intérieure. Mais l'homme de foi n'était pas un naïf ou un obscurantiste, c'était aussi un type intelligent qui a passé sa vie à se poser la question du Mal. Quand je mourrai, disait-il, la première chose que je demanderai à Dieu, c'est : « Pourquoi le Mal ? Pourquoi tant de souffrance ? » C'était aussi quelqu'un de moderne, proche d'Einstein, qu'il a bien connu et qui n'a cessé de passer la foi au crible des avancées scientifiques. Livres de biologie, ouvrages sur l'évolution des espèces, je l'ai vu tout lire. Selon lui, les chrétiens ne devaient pas avoir peur des travaux sur l'origine du monde ou de bâtir des ponts avec d'autres religions. Cet homme de conviction s'interrogeait sur tout.

(1) « Mon Dieu... pourquoi ? », par l'abbé Pierre, avec Frédéric Lenoir, Plon, 2005, 112 p., 13 euros.

(*) Frédéric Lenoir, directeur du « Monde des religions », philosophe, sociologue et historien des religions, est chercheur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Il a publié de nombreux essais. Dernier ouvrage paru, un roman initiatique, « l'Oracle della Luna ».

Anne Fohr
Le Nouvel Observateur

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