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Les enfants font grandir les parents

Parfois la vie ne va pas dans le sens que l'on croit. Les parents font des enfants et les aident à grandir, mais parfois ce sont les enfants qui font grandir les parents.

Merci à Libération, qui nous rappelle qu'en chaque enfant subsiste cet amour qui donne la force d'espérer et de croire en l'avenir à tout prix.

Des groupes donnent la parole aux enfants de dépendants. Témoignages.
«Son alcoolisme, ce n'est pas moi qui vais en crever»
Par Julie LASTERADE
QUOTIDIEN : mardi 5 décembre 2006


Ils sont en bonne santé, en général ils travaillent très bien à l'école, ils on entre 7 et 17 ans et un secret. Tous le même. Leur père ou leur mère «a un problème avec l'alcool». Depuis quelques années, des groupes de parole pour enfants d'alcooliques se sont mis en place. Ils sont encore rares. Mais deux fois par mois, pendant deux heures, ils permettent à ces enfants de se retrouver, d'échanger, de réfléchir et de parler de leur souffrance. Laure, Diane, Olivier ou Natacha (1), tous bluffants de maturité, y viennent depuis des mois ou des années. A leur demande, jamais contraints, se sentant souvent «mieux en sortant qu'en arrivant».
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«Tabou». Samedi 2 décembre, 14 heures, au premier étage de l'hôpital Beaujon, Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Cinq enfants autour de tables en U, des peluches et des figurines à un bout, deux animatrices. Parmi eux : Laure, 16 ans. Sa mère est abstinente depuis quatre mois, et Laure a du mal à y croire. Elle doute, dit qu'elle a cru entendre un bruit de bouchon dans la salle de bains. C'est là que sa mère cachait les bouteilles quand elle buvait. Alors Laure ne peut pas s'empêcher d'écouter. «On ne parle plus du tout de l'alcool depuis que Maman est revenue de l'hôpital, raconte-t-elle, ça m'étonne, c'est comme si c'était devenu tabou.» Laure avoue qu'elle n'est «pas sûre d'être contente» de l'abstinence de sa mère. Elle a plus d'activités extrascolaires qu'avant, car ce n'est plus elle qui prépare le repas du soir, qui s'occupe de ses frères et soeurs, qui conseille à sa mère d'aller se coucher. «J'ai du mal à vivre avec Maman qui revient sur le territoire», analyse-t-elle. Elle a pensé aller en internat, puis a renoncé. Elle explique que ce n'est «pas le moment de quitter la maison, même si Maman ne boit plus. On vient de vivre deux ans difficiles, il faut que la famille se regroupe, et puis je suis dans un bon lycée».
«Sérénité». Diane, 9 ans, est une petite fille à couettes qui parle comme si elle en avait dix de plus et se demande «quelle est la différence entre "donner à boire" et "pousser à boire"». Son père a commencé une cure, et Diane a «l'impression que ça lui plaît. Il fait du sport, des tas d'activités, il se repose, et le week-end il revient en pleine forme». Mais Diane est triste quand même. Lorsqu'une animatrice lui demande de représenter tout ça avec des figurines, elle s'incarne en petite poupée, choisit un marin en plastique pour désigner son père, et un gorille pour symboliser le centre de soins. La dernière fois, elle a dit qu'elle ne comprenait pas pourquoi ils arriveraient là-bas à empêcher son père de boire, là où elle croit avoir échoué. Sa mère lui a interdit d'en parler à sa grand-mère de peur qu'elle ne veuille plus les voir, mais sa meilleure amie est au courant. Elle lui a dit : «Tu devrais dire à ton père d'arrêter.»
Vendredi 17 novembre, 20 h 30, dans une salle municipale en préfabriqué de la commune de Versailles. Cinq enfants membres des Alateen (un groupe dérivé des Alcooliques anonymes) autour d'une table, une «guide» adulte et des rituels : la lecture d'une phrase «d'entrée dans la sérénité» en préambule, une autre à la fin. Et une boîte en fer pleine de bonbons au milieu.
Jérôme, 17 ans, vient depuis quatre ans. C'est lui qui a choisi le thème de la réunion de ce soir, «les enfants d'alcooliques et l'alcool». Cet été, il a bu «un peu, raconte-t-il. Le verre de rouge était compris dans le menu. Je l'ai pris, comme pour lancer un défi à mon père». Pour goûter, aussi. Il a détesté. Il ne veut plus y toucher. «Je ne veux pas devenir comme mon père», dit-il. Non, cette expérience ne l'a «pas rapproché de [son] père». «Tout ce que je lui demande, c'est que lorsqu'il me conduit en voiture je sois en vie à l'arrivée. Pour le reste, je souffre psychologiquement de son alcoolisme, mais ce n'est pas moi qui vais en crever physiquement.»
«Maladie». Il a «trouvé une tactique» pour passer des bons moments avec lui, et la conseille aux autres : «Tu as une discussion sérieuse avec lui, et ça marche. Par exemple, tu le branches sur un sujet de ta vie.»
Natacha, 11 ans. Elle a remarqué que son père, alcoolique, s'énervait plus les jours où elle devait venir à ces réunions. Tant pis, elle insiste pour que sa mère les y amène. Parce qu'elle n'en parle jamais ni avec sa petite soeur ni avec d'autres et que «ça fait du bien de sentir qu'on peut se confier et que ce que l'on dit restera là». Là, elle mange des bonbons, hausse les épaules parfois, écoute la guide qui lui dit que «c'est une maladie dont on peut sortir». Là, elle dit que son père lui a déjà fait goûter de l'alcool, qu'elle a aimé, et que lorsqu'il commence à boire, «à nous énerver, on sort, on va faire de la trottinette».

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